‹ La science du droit en Grèce: Platon, Aristote, ThéophrasteChapitre 8 sur 40 · INTERDICTION DE IJ^ MONNAIE D OR ET D ARGENT · texte numérisé non relu

INTERDICTION DE IJ^ MONNAIE D OR ET D ARGENT

Un autre trait essentiel de la coDstitution de Sparte était l'ioterdictioQ des métaux précieux. Comme tous les anciens Grecs, les Spartiates avaient une monnaie de métal grossier, qui servait à parfaire les échanges*. Dans un pays qui n'avait ni commerce ni industrie, cette monnaie resta longtemps suffisante pour les relations des citoyens entre eux, mais quand Sparte commença à jouer dans la Grèce un rôle politique, elle eut besoin d'un trésor, qui ne tarda pas à devenir très riche *. Après les victoires de Lysandre, î'or et l'argent affluèrent. On voulut d'abord les réserver pour l'État, et ame loi interdit aux particuliers de garder chez eux des métaux précieux, sous peine de mort, mais cette loi ne fut pas exécutée. Il était trop facile de l'éluder en déposant des espèces d'or et d'argent hors du territoire lacédémonien, par exemple en Arcadie.

Ici encore Platon veut lutter contre le courant. 11 ne permet aux particuliers qu'une monnaie grossière qui ne sera pas reçue hors du pays. Toutefois, cette interdiction de posséder de l'or et de l'argent ne s'applique pas à l'État, lien faut pour les expéditions militaires, pour les ambassades et pour toutes les missions à l'étranger. L'État aura donc toujours à sa disposition une certaine quantité de monnaie ayant cours dans toute la Grèce. Comme l'ancienne Sparte, Platon interdit aux citoyens le séjour à l'étranger. C'est le seul moyen de protéger la République contre l'invasion des idées étrangères ^ Nul ne pourra

* V. le petit dialogue faussement attribué à Platon et intitulé : Eryxias, ou de la richesse.

* V. la Politique d'Arislote, livre II, et Platon, Premier Alcibiade, C. 18: XpuaCov Se xa\ dp^upiov oùx eoriv Iv Tra^tv "^EXXTjdiv 5aôv Iv AaxeSaijjLovt îSiot... XP^^Ç ^^^^ apyopco ot IxeT TcXouditoTaTot elat tSv *EX- XiQV(i)V xa\ auTcov £X£iVb)v ô ^aaiXEuç.

' Même loi à Sparte, Plutarque, Inst, Lac, 19 : dTcoSrifxeîv Si oùx l$9)v auTOÎç tva p.^ Çsvexôîv èôwv xal ptwv (XTcaiSEUTwv yLSTdfr/jtaai, Cf. Har-

pocration, v° Kal yip to [AYjSeva, etc., d'après Isocrate et Aristote. Même loi en Crète, Platon, Protagoras, c. 28.

42 LA RICHESSE MOBILIÈRE. — LES CLASSES (lOIS V, i3).

nomme pas une seule, et une assertion aussi peu vraisemblable ne saurait être admise sans preuve positive. Platon lui-même, dans sa législation idéale n'ose pas aller jusquelà. Il admet donc des riches et des pauvres, mais dans les limites d'un minimum et d'un maximum. Le minimum de la fortune privée sera le lot de terre primitif; en outre, il est permis de posséder jusqu'à quatre fois la valeur de ce lot en objets mobiliers. Au delà de cette mesure toute richesse doit être abandonnée à l'État. Toute dissimulation est punie de la confiscation de la valeur dissimulée, et en outre d'une amende égale à cette valeur, dont la moitié au profit des dieux. Toute personne pourra dénoncer le coupable et recevra en récompense la moitié de la somme confisquée. Au reste, tous les biens mobiliers sont portés sur des inventaires qui sont publiés et conservés par les soins des magistrats.

L'inégalité des fortunes a pour conséquence ordinaire dans les villes grecques la division de la population en un certain nombre de classes , d'après le cens. Cette division a un grand intérêt au point de vue des droits politiques, et spécialement du droit électoral, au point de vue des contributions publiques, et enfin au point de vue des amendes qui doivent être proportionnées à la fortune moyenne de chaque classe. Platon établit quatre classes, et il suit en cela la constitution de Solon. Au temps de Platon, les privilèges des classes supérieures à Athènes avaient disparu, la distinction des classes ne subsistait plus que comme un moyen ordinaire de répartition des charges financières et militaires. Platon revient à l'institution primitive, qui attache à la richesse certains avantages politiques.

Toutes ces lois économiques ont un même but. Porter les citoyens à la vertu, leur assurer une vie honnête et frugale, les tenir éloignés du désir immodéré de s'enrichir, les préserver du commerce et de toute occupation purement mécanique. En cela, sans doute, Platon s'est trompé. Il a méconnu les bienfaits de la liberté, mais, n'oublions

On TdToir qu'il reproduit en grande partie l'orgaoïsatioa athénienne. La cité sera construite autant que possible' au centre du territoire. Au centre de ia cité on marquera un emplacement qui sera consacré à Hestia, à Jupiter et à Alhéné, Ce sera l'acropole. On reconnaît ici le culte athénien. Hestia, c'est le foyer de la cité; l'édifice qui le protège est le prytanée. Jupiter et Alhcné sont les divinités nationales des premiers habitants de l'acropole athénienne. Autour de ce centre rayonneront douze divisions du territoire, allant chacune du centre à l'extrémité; ce seront les tribus. Chacune d'elles sera placée sous l'invocation d'une divinité particulière, désignée par le sort, et toute la population sera répartie entre les douze tribus, de la manière la plus propre à maintenir entre elles l'égalité. Le lot de chaque citoyen se composera de deux terrains, avec deux babitations , l'une à la ville , l'autre à la campagne , et ces deux portions ne feront qu'un seul tout indivisible. Au centre de chaque tribu il y a un bourg, petite cité faite k l'image de la grande, ayant aussi ses temples consacrés à Hestia, Jupiter et Athéné, et ensuite à la divinité particulière de la tribu. Le bourg a aussi son acropole, et au sommet une caserne pour les gardes ou gendarmes dont nous parlerons tout à l'heure. La tribu est elle-même subdivisée eQ douze phratries', en dèmes, en bourgades. II y a aussi des cantons pour la répartition du service militaire. C'est toujours l'organisation athénienne, avec cette différence toutefois que les tribus athéniennes ne formaient pas de territoires continus. Chacune d'elles se composait d'un

' Chaque tribu comprend 420 chefs de famille, chaque phratrie 35.

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