‹ La science du droit en GrèceChapitre 56 sur 61 · PROBLÈMES (XXIX · texte numérisé non relu

PROBLÈMES (XXIX

Pourquoi devant le tribunal le défendeur ou l'accusé estil placé à droite? Aristote répond que la droite est la place d'honneur et que Tattribution de cette place est une faveur due à la défense, l'accusé étant présumé innocent. 11 ajoute une autre raison plus pratique. C'est que l'accusé étant ordinairement gardé à vue, les surveillants seront mieux placés pour lui saisir la main droite.

Pourquoi lorsque les votes se partagent également entre l'accusé et l'accusateur, prononce-t-on en faveur de l'accusé? La réponse est curieuse. D'abord, dit Aristote, l'accusateur a pu préparer à loisir son attaque et ses moyens de preuve. L'accusé, au contraire, ne connaît qu'à l'audience les griefs de l'accusation, et les faits sur lesquels il doit se justifier. C'est là une cause d'infériorité qui mérite une compensation. L'accusé court bien plus de risques que son adversaire. L'émotion qu'il éprouve peut nuire à sa défense. 11 faut lui tenir compte de cette circonstance.

En second lieu il vaut mieux sauver un coupable que de condamner un innocent. Dans le doute, il faut rendre la décision qui expose à la moindre erreur.

Au civil comme au criminel les choses restent en l'état jusqu'au jugement, or il n'y a pas jugement lorsqu'il y a partage.

Dans les affaires capitales , il y a une raison de plus, c'est que l'erreur d'une condamnation serait irréparable. Au contraire, l'erreur de l'acquittement est réparable, en ce sens que la récidive peut être punie avec plus de sévérité. Il en est de même dans les affaires où l'accusé a agi sous l'empire d'une passion, sans préméditation. En ce cas il est plus favorable que l'accusateur, qui agit toujours et nécessairement avec préméditatioQ.

Enfin il y a des affaires où l'accusé a pu penser que sa victime ne s'apercevrait pas du tort à elle fait. L'accusateur injuste ne peut avoir cette pensée. 11 est donc plus coupable.

La question la plus intéressante est celle-ci : Pourquoi le vol commis dans un bain public, dans une palestre.

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sur le marché , ou dans un autre lieu du même genre estil puni de mort, tandis que le vol commis dans une maison entraîne seulement la restitution au double de la valeur de la chose volée ?

Aristote en donne jDlusieurs raisons. D'abord le vol dans les maisons est plus facile à éviter, tandis que dans les lieux publics la surveillance est presque impossible. On n'est pas tenu de recevoir quelqu'un dans sa maison, tandis qu'on est forcé de subir son contact au dehors.

A cette raison principale, se joignent des raisons accessoires : — Le voleur qui se cache pour entrer dans une maison éprouve une sorte de honte de son action. S'il est pris , il demande pardon et offre de réparer pour n'être pas poursuivi. Au contraire, celui qui vole dans un lieu public sait très bien que s'il est pris il ne peut échapper. Il brave tout et par conséquent il est plus pervers. — Les vols commis dans les lieux publics déshonorent la cité tout entière, chargée de maintenir le bon ordre. — Celui qui est volé dans un bain est exposé à se retirer nu, et à se voir en butte aux moqueries des passants. Celui qui est volé dans sa propre maison, ne court pas ce danger.

Ce n'est pas le seul cas oii la peine soit aggravée à raison d'une circonstance particulière. Ainsi l'injure adressée à un magistrat est punie plus sévèrement que l'injure adressée à un simple citoyen. Dans le premier cas, ce n'est pas seulement l'homme qui est outragé, c'est l'Etat lui-même.

On pensera peut-être qu'il n'était pas sans intérêt de relever les questions ainsi posées et les réponses faites par Aristote. Les raisons qu'il donne ne sont pas toujours justes. Quelques-unes peuvent paraître subtiles. Mais il est bon de savoir comment les Grecs s'y prenaient pour étudier leurs propres lois, et quel esprit ils apportaient dans cette étude.

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