‹ La science du langageChapitre 1 sur 4 · CHARLES DOUNIOL, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CHARLES DOUNIOL, LIBRAIRE-ÉDITEUR

Rue de Toumon, 29

Le langage, dans la plus haute signification du mot, n'est pas simplement cette expression que la pensée emprunte à un organisme humain. On a cru reconnaître dans la langue d'un peuple le trait véritablement caractéristique et quelquefois le seul Irait caractéristique de son génie (i). Ce qui mon* tre que par delà l'organisme humain, le langage

(1) La langue, dit Balbi [Abrégé de géographie^ 3® édil. Paris, 48»2, p. €4), est le véritable trait caractéristique qui distingue une nation d'une autre; quelquefois même elle en est le seul, p\iisque toutes les autres différences provenant de la diversité de race, de gouvernement, des usages, des mœurs, de la religion et de la civilisation, ou n'existent pas, ou bien offrent des nuances presque imperceptibles. Quelle différence essentielle présentent maintenant entre elles les principales nations de l'Europe, si ce n'est celle de la langue? — La grammaire, dit ÀbelRémusut {Recherches sur les langues iartares^ p. xvi] contribue plus qu'aucun art à faire connaître Tesprit d*une nation qui y est empreint, pour ainsi dire, et s'y montre à découvert. ^ Et, p. xx : Tout ce qui constitue ce qu'on appelle le génie de la langue, serait aussi bien nommé le génie de la nation.

trouve sa raison d'être et son mode d'existence. L'organisme même ne sera pas toujours la condition €ssentielle de sa production : nos dictionnaires ont •consacré l'expression : langage ou éloquence des faits. Et d'ailleurs, il est des circonstances dans la "vie des peuples où on lesvoitparler à d'autres peuples, comme un homme parle à un autre homme.

(Chose particulièrement remarquable, leur élo- >c|uence a des triomphes que connaît rarement l'éloquence des individus. L'histoire, en effet, nous -montre des nations dont la parole subjugue des ^nations à leurs pensées. Nous voyons la civilisation /passer d'un pays à un autre, portant l'empreinte du génie d'un peuple dont elle suit les conquêtes ântellectuelles.

Le peuple nouveau entre, sans le vouloir quel- -ijuefois, en communauté d'idées avec le peuple ancien son vainqueur. On dirait que les nations •gont constituées comme les individus : elles s'é- «leuvent nécessairement à la voix d'un peuple qui parle; elles s'émeuvent à ses idées et s'en laissent ^compénétrer insensiblement. Pour nous, les hommes des temps nouveaux^ l'étude de ces pérégrinations des idées est une des plus intéressantes que nous puissions faire. On peut la concevoir de bien xles manières, mais la plus sérieuse et la plus élevée,

k notre avis, est de considérer, au milieu d«s courants d'idées qui sillonnent Thumanité, celles dont influence intellectuelle, morale et civilisatrice, a été la plus grande, celles dont le retentissement se prolonge encore. Ces idées sont certainement les idées religieuses. On les trouve au berceau de tous les peuples sous des formes diverses. Ici, c'est le polythéisme avec ses variations innombrables; là, c'est le panthéisme, masque brillant et plein de séduction de l'athéisme qui ne peut vivre qu'en se déguisant; ailleurs, dans un point presque ignoré du globe, nous trouvons le monothéisme avec ses conséquences de moralité, de vertu, d'intelligibilité, de perfection, toutes choses qui se résument en un mot, la sainteté. Or, quel a été le destin de ces diverses idées religieuses ? Le polythéisme parait avec quelque éclat dans l'histoire ; il fonde même des écoles philosophiques. Le panthéisme prend des formes épurées de symbolisme, des attitudes mystiques et légendaires. Néanmoins, les peuples sur lesquels ne se lève pas de lumière plus pure se perdent dans de stériles aspirations, dans des recherches infructueuses : les écoles philosophiques n'ont qu'une vie éphémère et sans activité : l'influence des peuples polythéistes n'est qu'une préparation nécessaire au mouvement vigoureux qui

i PRÉFACE.

doit partir des plaines de TAssyrie; elle ouvre la voie par où le monothéisme s'élance à la conquête du monde. Effectivement^ le monothéisme établit peu à peu sa domination universelle ; il devient la loi générale des peuples qui parlent : les peuples monothéistes sont en déOnitive seuls à parler^ à régner, à gouverner.

Lisons ces choses dans l'histoire.

L'Egypte et la Chaldée offrent, à divers moments de leur existence, une des plus grandes manifestations du polythéisme. Elles apparaissent avec une grandeur incontestable dans les âges les plus re-^ culés de riiumanité. On dirait que l'univers entier doit subir leur joug, que leurs mains puissantes tiennent à jamais le sceptre de la civilisation. £t cependant, à l'heure la plus radieuse de leur prospérité, la voix d'un peuple se fait entendre qui n'est pas la leur : le monothéisme parle par la bouche d'Abraham, de Moïse, de Daniel et des Machabé^s f c'est à lui seul qu'appartient le retentissement et l'effet ; car, non-seulement le monothéisme témoigne de son existence, mais il est assez fort pour contraindre à compter avec lui, pour se faire reconnaître et accepter. Il n'entre pas dans nos vues de refaire toute cette histoire : nous rappelons des faits certains.

Ces destinées du polythéisme se sont renouvelées dans des temps et dans des lieux plus rapprochés de nous. On le voit fonder des écoles au sein de la nation la plus savante et alors la plus puissante du monde; on suit avec le temps ses doctrines philo* sophiques dans la capitale d'un empire immense, et du milieu des vainqueurs, on entend la voix d'un poète célébrer la victoire de la nation vaincue (i). Mais, c'est Theureoù le monothéisme doit faire son entrée triomphante dans le monde, et deux siècles sont à peine écoulés qu'un de ses plus grands orateurs célèbre à son tour les funérailles de la philosophie et de la civilisation grecques (2).

Quant au panthéisme et à l'athéisme, le mono-

(1) Horat., Ep.,\. II, pp. 1, 156:

Graecia capta ferum yictorem ccplt, et artes Intulit agresti Laiio.

Id. Ep.f 1. II, ep. II, 6 :

Vema ministeriis ad notus aptos heriles, Litterulis Grxcis imbutus, Idoneus arti Cuilil)et, etc.

Juvénal, Sa</r.,VI, 184.

(2) Tertullien, ApoL, cap. xxxvu : < Heslerni sumus H vo&tra omnia implevimus, urbes, insulas, castella, municip'a, conciliabule, castra îpsa, tribus, decuria^, palatium, senalum, forum. »

ê PRÉFACE.

théisme n'a pas eu à les vaincre : il n'a jamais rencontré leur puissance. On connaît» en effet, le si*' lence de l'Inde et de la Chine. Là un peuple vit et nfeurt tous les jours sans laisser la moindre trace de son passage dans le monde. Ce seront à jamais des nations inutiles, quels que soient d'ailleurs les efforts d'une science aveugle pour faire croire à une domination que le monde n'a jamais connue. De remarquables particularités accompagnent cette victoire universelle du monothéisme.

Abraham quitte la Chaldée emportant avec lui la doctrine et les promesses ; arrivé dans le pays de Chanaan, il accepte la langue du pays. Nous n'avons pas de documents qui nous permettent de supposer qu'il l'ait modifiée. Plus tard , Moïse parle en Egypte sa propre langue, et il y a de cela une raison : c'est qu'il n'est pas seul sur cette terre de préparation ; il a tout un peuple avec lui qu'il doit contenir dans l'unité, et le moyen d'arriver à ce résultat est une langue propre et particulière. Lorsqu'il conduit son peuple à travers le désert, il lui parle encore sa langue, et Josué son successeur entre dans la terré de Chanaan' en chantant des cantiques hébreux.

En Egypte comme au retour dans la Terre promise, le peuple hébreu ne devait pas viser à faire

PRtFA€E. r

des conquêtes spirituelles en communiquant ses* idées aux peuples qui l'entouraient. Ce n'était pasle moment de propager la révélation : il fallait avant tout la conserver dans le sein du peuple auquel elle avait été confiée. Le peuple monothéiste ne devait donc point parler à cette époque. Il devait^ au contraire, se recueillir en lui-même : ses con» ducteurs devaient le contenir par les liens de l'unité; il n'était pas prêt à la propagande; la diffusion de la révélation n*était pas dans les desseinsdcDieu; elle eût été un mal, semble-t-il, plutôt qu'un avantage. Lorsque les Juifs furent emmenés captifs à Babylone, leurs maîtres réalisaient à leur égard le plan divin ; cette servitude devait avoir pour effet d'épurer le peuple, de ranimer sa foi dans lespromesses, de resserrer les liens de sa nationalités Dieua-t*il voulu récompenser une nation qui accom«> plissait son œuvre? A- t-il permis que la révélation ait tenté de se faire jour au milieu de ces peuples devenus ses instruments dociles? Nous connaissons deux ordres de faits qui pourraient jusqu'à un certainpoint nous autoriser à le penser. D'abord des miracles se produisent qui sont de nature à ouvrir lesyeux des Chaldéens. Puis la langue est changée en* partie : Daniel adopte en certaines circonstances le chaldéen; cet idiome devient populaire, Esdras-

s PRËFACK.

introduit les caractères chaldéms dans la traiis* cription des monuments de la révélation ; on sent Tiofluence de cette littérature étrangère jusque dans les prophètes venus après la captivité (i).

Ce changement se reproduit encore à l'époque des grandes conquêtes du monothéisme sur la civilisation grecque et sur la civilisation romaine. Ici les détails sont pleins d'intérêt. Le goût littéraire d*un Ptolémée aussi bien que le respect qu'il pro* fesse pour les croyances monothéistes (2), lui donnent ridée de posséder les livres des Jui& dans la langue que Ton parlait en Egypte et sur presque tout le littoral de la Méditerranée. La traduction des Septante parait, et le grec entre ainsi en possession de la révélation. Toutefois, l'hébreu ne cesse pas encore d*étre la langue de la vérité divine. Les Juifs hellénistes liront bien la Bible dans la traduc-

(4) Hier., Prol. gai. : « Cerlum esl Esdram... alias litteras repcrisse, quibus nunc utimur. Cum ad illud usque tempus iidem Samaritanorum et Hebrasorum characteres faeriot. » (Confer. Orig. iu Ezech. 9, 4.) — Gemara, Sanh. fol. 92 : a Mutata est per manum 'Eâdrs scriptura, cum vocetur nomen ejus assurith, quia ascendit eum eis ex Assur.» — La suite de la démonstration fera comprendre rimporlaoce de ce changement et la valeur de notre conjecture.

(2.^ « Quos (Judaeos) ille (Pto!emaeuO,PIatoni8 sectator magni, iJcirco faciebat, quia unum Deum colère dicerentur. » (Hier., Prœf. quaeât. b<-br.}

tioD nouvelle, mais Jérusalem instituera un jour de jeûne commémoratif de ce qu'elle tiendra pour une profanation : la synagogue expiera ce crime supposé dans le deuil et dans les larmes (i). Le bandeau qui devait un jour lui couvrir les yeux commençait-il déjà à descendre sur son front ? On le croirait, car la traduction grecque de la Bible, œuvre d'ambition peut-être et de pure curiosité, a tout Tair d'un fait divin. Les Grecs avaient développé leurgénieoriental jusqu'aux dernières limites où pouvait prétendre une civilisation purement humaine. I^ur langue tenait de l'activité intellectuelle de ce peuple un développement, une finesse, une propriété d'exprimer toutes les modifications de la pensée qu'aucune autre langue avant elle n'avait atteints. Les victoires des Grecs, qui amenèrent la dissolution de l'empire médo-perse, les mirent en rapport avec les Juifs de Syrie et d'Egypte, et tandis que les Juifs étaient initiés par là à la civilisation grecque, la langue grecque entrait en possession des idées révélées. Le grec se trouvait ainsi comme frappé pour la révélation de l'Ancien Testament. Une fois parvenu à exprimer la pensée hébraïque.

(4) Philo, De vita Mosis^ éd. Genev., 1643, p. 500 seq. : • i^v/n vv; àvà w5v freç lopTii xxl wavr.-yupi; à-virai. «

t^ PRËFAGE.

depuis la forme ordinaire de la prose jusqu'à celle de l'hymne, il pouvait se prêter avec cette facilité acquise (ce n'était plus qu'ui^ développement) à exprimer les idées nouvelles et plus élevées que le chri$tianisme allait apporter au monde (i).^

Il parait indubitable que le premier Évangile fut écrit en araméen. Mais c'est dans l'idiome nouveau que sont écrits lés autres Évangiles et les Épitres; c'est le grec des Septante, la xoivtî 3i<xXéKZoç qui sert d'organe à la révélation. Pour se propager en s'imposant à de nouveaux peuples , le monothéisme parle donc une langue nouvelle. Celte langue ellemême n'est qu'une langue de transition. Une fois implanté dans l'empire latin, le monothéisme adoptera, pour la sauver en la modifiant, la langue du peuple chez lequel il a trouvé asile, et qui, selon le mot de saint Léon, devait devenir le disciple de la vérité après avoir été le maître de l'erreur.

Ce fait de l'adoption et de la transformation de la langue latine par le monothéisme et par l'Église, qui doit être sa dernière forme et sa dernière expression sur la terre, mérite une attention spéciale. Le philologue qui étudie les langues dans

(1) Reilhmayr, Einleitung, Eigenheiten der neuiestamentlichen Sprache.

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les rapports qu'elles ont avec les peuples et les sociétés qui les parlent, doit se demander s'il n'existe pas une raison intime de Tadoption et de la transformation du latin par rÉgIise« Il ne peut d'abord s'empêcher de reconnaître gu'un progrès réel a été accompli dans le sein de la latinité, au moment où elle se préparait à devenir l'expression de la pensée divine. Le siècle littéraire de Cicéron est marqué comme l'apogée de la littérature clas-^ sique chez les Latins. On se forme à l'école des Grecs aussi bien pour perfectionner la langue^ la rendre plus souple, plus subtile et même plus harmonieuse, que pour enrichir, il serait aussi juste de dire, pour enter la philosophie latine sur la philosophie grecque. De ces mouvements, l'un uniquement littéraire et l'autre philosophique, le premier pouvait paraître un accident de peu d'importance : on ne saurait, au contraire, en vou-loir aux Latins d'avoir pensé que le second dût avoir une influence plus réelle sur leur vie pratique et sur la vie scientifique des écoles* Et cependant, c'est le mouvement littéraire qui est le plus important dans l'ordre des faits qui vont s'accomplir. Par ces modifications, la langue d'Athènes et la langue de Rome se compénétraient; l'esprit grec passait ainsi dans l'expression de l-es-

prit latin. Ce rapprochement devait porter ses fruits. Mais le génie de la Grèce trouvait un autre véhicule dans sa marche vers le Latium. Une fois qu'il avait acquis comme son droit de cité, il pouvait se produire à la faveur de ces Grecs nombreux qui envahissaient la capitale de lempire, et qui étaient porteurs d*un esprit nouveau caché sous le voile de l'esprit national. Car ils n'arrivaient pas «euls à Rome, et les portes de la ville, en s'ouvrant devant ces hôtes, ne donnaient pas droit d'asile aux fils du Portique ou de XAgora^ mais aux habitants de la Galilœa gentium^ réunion de mots qui est tout un symbole. Ils entraient dans Rome parlant grec, il est vrai, mais parlant aussi chrétien; et lorsqu'ils parlaient chrétien, ils parlaient la langue du monothéisme : sous leurs accents on découvrait tout l'esprit de cette grande institution restant toujours la même dans son essence, et re« montant par des transformations successives de Jésus-Christ à David, aux patriarches, à l'origine des choses. Si donc les lettres grecques étaient en faveur à Rome, c'était dans un but de direction providentielle, et Dieu amenait ainsi dans la capi* 4ale de l'empire l'esprit hébreu et l'esprit grec tout ensemble*

D'ailleurs, ces trois génies, hébreu, grec et ro-

main, correspondaient aux trois principales manifestations du génie humain et de la pensée divine. Le symbolisme, qui avait été le propre du génie hébreu, la spéculation, qui caractérisait surtout l'esprit grec, Faction, qui marquait tout l'ensemble de rhistoire des développements romains, devaient se réunir dans l'Église et dans l'esprit chrétien. L'Église de la terre est une image de l'Église du ciel, de même que le peuple hébreu était une image et un symbole de l'Église future. Elle est aussi le principe des spéculations rationnelles perfectionnées par les révélations divines. Elle est enfin une activité, une action toujours permanente, nécessitée par un principe supérieur a l'extension de sa vie. Les trois mobiles par lesquels elle conduit le monde, les trois dons qu'elle communique à ses enfants, répondent eux*mémes aux trois instincts de la société antique, comme ils répondent aux trois facultés de Tesprit humain. La foi est un symbole, et elle est un perfectionnement de Tintelligence. L'espérance est une spéculation, et elle est le perfectionnement de la mémoire. La charité est une activité, et elle est le perfectionnement de l'amour. Il suit de là que l'esprit chrétien doit se manifester sous ces trois aspects, et se produire sous les trois formes dont il est la concen*

44 PRËFACE.

tration eile principe. On voit dès lors comment la Providence a pu permettre qu'il se formât et se produisît dans une langue qui n'était elle-même dans ses modifications que la concentration et la reproduction des trois génies.

Cette langue, toutefois, ne s'est pas formée tout d'un coup. Lorsqu'on cherche ses types, on les trouve sans doute dans l'ancienne traduction latine des Écritures ; mais cette œuvre se rapproche trop des origines pour être pleinement caractérisée. Elle est comme informe : c'est une période et une langue de transition. L'œuvre de saint Jérôme, qui lui succède et que l'Église adopte bientôt, offre au contraire le vrai type de la nouvelle littérature latine. Son auteur est lui-même en possession des trois génies qu'il doit exprimer et fixer dans la langue de l'Église. Son éducation littéraire et scientifique, ses études et ses voyages, son esprit d'ailleurs éminent et ferme, donnent à son œuvre un caractère parfaitement tranché, qui la rapproche de tout et qui empêche cependant qu'elle ressemble trop aux types qui l'ont précédée. Sa traduction n'est sans doute que la reproduction des idées contenues dans les ouvrages qu'il traduit : mais la langue, la forme extérieure dont il revêt ces idées ne tient que par des analogies vagues à la

forme ordinaire de la littérature classique, taddîs qu'elle est en elle-même une manifestation spontanée, une création nouvelle tout à fait indépendante. Aussi dès que Tœuvre de saint Jérôme paraîty elle devient comme le type très-caractérisé de la langue de l'Église (i). La consécration que cette langue a reçue de la société qui la parle et qui l'appelle sa propre langue, nous permet de considérer le latin de la Yulgate comme la langue du monothéisme dans sa dernière transformation.

Telle est l'histoire ahr^ée du triomphe du monothéisme et des j^énomènes qui s'y rattachent. Elle nous montre : i"" que les peuples qui ont parlé et qui ont été écoutés sont les peuples monothéistes; 2^ qu'on peut distinguer deux états dans l'histoire de ces peuples : les époques où il entre dans les vues de Dieu qu'ils parlent et qu'ils soient écoutés, et les époques où ils doivent se taire et comme se recueillir en eux-mêmes; S"* dans ce dernier état, le monothéisme conserve son unité de nationalité et de croyance par Timmutabilité même de sa langue ; tandis que, 4'' dans le premier, sa langue est changée, il adopte une langue non-

(4) Ozanam, Œuvres complètes, t. II : a Comment la langue latine devint chrétienne* n

velle, devenue la langue universelle des peuples qu*il doit éclairer, sauf à la modifier selon ses besoins.

De ces conclusions particulières jaillit cette grande conclusion à savoir que Dieu préside aux destinées de la parole humaine. Qu'il nous suffise d'avoir indiqué par des faits cette action directrice de Dieu sur les fluctuations du langage. C'est la seule conséquence que nous ayons à tirer des études qui précèdent. Mais n'est-ce pas là en même temps la meilleure présomption que Ton puisse invoquer au commencement d'un travail où l'on se propose de mettre en présence la science humaine et la science divine à l'endroit des principales questions qui regardent le langage? Si la parole a joué un si grand rôle dans les développements humains, si l'action divine a cru devoir s'associer à ces transformations, si la suite de la révélation reconnaît dans ses fluctuations un des principaux moyens de sa propagation dans le monde, est-il croyable qu'il n'en soit rien dit dans les titres révélés? Et s'ils rompent un silence inex« plicable, ce qu'ils nous apprennent du langage ne forme-t-il pas comme une histoire prophétique ou réelle que la science humaine cherche à reconstruire avec une persévérance qui n'a d'égales que

les difficuhés placées sur sa route? Nous croyons pouvoir le démontrer par Texamen des problèmes philologiques les plus considérables : La diversité, Tunité primitive et la confusion des langues; les causes qui Tout produite; les caractères de la langue du premier homme; l'origine du langage; les classifications ethniques; le rapport des doc* trines religieuses des peuples avec les diverses formes des langues qu'ils ont parlées. A côté des données de la science, nous placerons les données de la révélation. Ce mode d'exposition pourra avoir un double résultat : le théologien chrétien ne nous reprochera point d'abandonner la sûreté de la foi pour le terrain glissant des hypothèses. Sensi ble à l'harmonie de la foi avec les systèmes les plus accrédités, le philologue reconnaîtra la nécessité de recourir aux enseignements de Dieu d'où naissent et où doivent aboutir les doctrines humaines; comme ces fleuves majestueux qui par leur course rapide vers l'Océan d'où ils viennent, témoignent à la fois et de sa fécondité merveilleuse et de leur indigente docilité.

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