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invocation touchante de notre bon père que “ous devions la merveilleuse attention avec laquefle la Providenee Pourvoyait à nos besoins.
“La sooômde habitude que mon père avait établie chez nous, était que jamais un jour ne se passât sans qu’un membre au moins de la famille n'assistt à la messe et ne fit une visite au Saint Sacrement.
‘— C'est le moins, disait-il avec sa douce gravité, que, sur tant que nous voilà, un aille donner au bou Dieu des nouvelles des autres, C’est comme un député que nous lui envoyons pour lui faire savoir que nous sommes là et que nous avons des besoins ; c'est un oiseau qui va sifller pour la couvée,
“Je n'ai pas besoin d'ajouter qu’il faisait luimême la commission la plus souvent possible,
“Je n'oublierai jamais le trait que je vais rapporter.
“C'était un soir du mois d'août ; le temps avait été extraordinairement chaud, et un orage se forma vers le déclin du jour. Nos pauvres moissons avaient été contrariées, en sorte qu’on
mettait une hâte prodigieuse à ramasser les:
gerbes avant que la tempête éclatât.
“ Grâce à Dieu, on en vint à bout ; mais à peine la dernière voiture était-elle à couvert que le tonnerre, les éclairs et une pluie torrentielle mirent toute la nature en tumulte, On eut l'orage le plus terrible que j'aie vu de ma vie.
‘ Mon père se souvint alors qu'on n'avait pas payé le ‘‘‘out habituel, /a visite qu Saint- Sacrement. ï, <r l1va rubitement, et malgré
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toutes les observations qu’on lui fit, malgré le tonnerre, le vent et la pluie, malgré même la distance assez grande qui nous séparait de l'église, il voulut absolument aller faire sa visite, et elle fut même plus longue qu’à l’ordinaire.
‘“— Maintenant, dit-il en rentrant mouillé jusqu'aux os, je pourrai dormir tranquille ; je ne repose jamais bien, tant que j'ai une dette 4 payer et que j'ai de la monnaie dans ma bourse, ”
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Deux ménages,
Cet autre récit, emprunté à un auteur allemand, met en action la plupart des détails indiqués dans ce petit livre. L'auteur raconte lui-même ses aventures.
‘“ Je jouissais d’une certaine aisance à l’époque où, libre de mes actions, j'entrai en ménage.
‘ Ma petite fortune s’augmenta de celle de ma femme, et la vie parut se dérouler devant nous toute rose et toute riante,
‘“ Nous étions heureux tous les deux, nous travaillions avec un entrain qui aurait dû multiplier nos richesses ; cependant, quand vepaient les fins d'année, nous ne parvenions que difficilement à commencer l’année nouvelle sans faire des dettes,
‘ Il y avait près de nous un ouvrier à peu près de notre âge, marié depuis peu, lui aussi, et devenu, par suite de relations de voisinage, un intime ami de la maison.
Il ne travaillait pas plus que je ne travaillaïs, il avait des revenus moins considérables que les miens, et chaque année, je le savais, il mettait de côté trois à quatre cents francs.
—- Je ne sais pas comment s'y prend Georges, dit un jour ma femme.
‘— Sans doute il économise plus que nous.
Aurais-tu le courage de faire comme lui, ma chère amie ?
‘ Le dimanche suivant, nous allâmes faire une visite à Georges, et nous amenâmes la conversation sur l’économie,
— Nous retranchons beaucoup sur notre dépense de table, dit Mme Georges. Les temps sont durs, tout est cher, mais on s'arrange ; nous mangeons tant que nous avons faim, et si les mets ne flattent pas beaucoup le palais ils font du bien à l'estomac.
‘ Déjà depuis longtemps, nous ne prenons plus de café; une soupe copieuse nous suffit, eb nous nous portons à merveille, Le café et le Sucre sont souvent hors de prix, tandis que notre soupe n’est jamais plus chère dans un temps que dans un autre.
‘ Au dîner, je sers des légumes et de la viande ; au souper, un potage et de la viande froide. Nous n’ajoutons un troisième plat et un dessert que les dimanches et les jours de fête.
‘ Nous buvons rarement le vin pur, et nous entretenons ainsi notre santé et notre bonne humeur sans jamais attendre notre dernière pièce de monnaie,
“ Les morceaux les plus délicats ne sont pas
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aussi savoureux que sont amères les craintes d'être obligé de faire des dettes.
‘ Quand nous revinmes à la maison, ma femme me dit :
‘—C’est fort bien, nous pouvons certainement épargner quelque chose ; mais se nourrir si pauvrement, c’est ne point vivre. Essayons, et d’abord un plat de moins à dîner, un dessert de moins à chaque repas, puis nous verrons.
“ Cette sage résolution fut exécutée, et d’autres petites économies furent ajoutées à celles-là ; mais, hélas! nous fûmes encore sur le point d'emprunter, et Georges, à la fin de l'année, mit encore de côté trois à quatre cents francs.
“—Je ne sais pas comment il s'y prend, disait ma femme.
“-—Sans doute il économise plus que nous.
Aurais-tu le courage de faire comme lui, ma chère amie?
“ Nous fîmes une autre visite, et nous parlâmes de ménage,
“—Mon Dieu, dit Mme Georges, on a beaucoup de peine, c’est vrai; les journées sont courtes, mais on s'arrange,
“Chaque chose se fait à une heure fixe : à cinq heures, on se lève ; à sept heures, on mange le potage ; à midi, on se met à table ; à sept heures du soir, on soupe ; à neuf heures, on se couche. C’est en été comme en hiver.
“Il est incroyable, ma voisine, combien de travaux cn peut achever entre deux nuits, quand on aime à s'occuper, et quand on règle
108 APPENDIBE
d'avance le temps qu’on doit employer à chaque affaire.
‘ En outre, nous sommes très sévères sur ce qui est de l’ordre et du rangement.
‘ Autour de nous rien ne s’égare, car il n’est rien qui n’ait sa place marquée ; aussi on ne perd ni quarts d’heure ni minutes à chercher des clefs, des ciseaux et autres choses.
‘Je suis sûre de pouvoir trouver dans l’obscurité jusqu’à une épingle ou une aiguille.
‘ De cette manière, j'ai toujours assez de loisirs ; si je m'ennuie, je fais des habits pour les enfants, et je n’ai besoin ni de bonne ni de couturière.
‘ Nous rentrâmes chez nous.
‘—Souviens-toi du lever matin et des clefs qu’on trouve quand on les veut, dis-je à ma femme.
“ Elle me comprit. Pendant quelque temps tout se fit à la maison avec ordre, et l’on eut soin de consulter souvent la pendule. Les petits coins s’approprièrent, mais peu à peu il fallut recommencer à chercher les clefs. L’abondance ne vint pas, et Georges, à la fin de l’année, mit de côté trois à quatre cents francs.
‘—Je ne sais pas comme il s’y prend, disait ma femme.
‘Sans doute il économise plus que nous.
Allons encore le voir.
‘ Ce fut à lui que nous demandâmes directement comment il pouvait aussi bien faire aller sa maison, même avec l’augmentation continue du prix des denrées,
‘“—C'est bien simple, répondit:il ; ce que
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‘“ Autrefois je sortais le soir pour jouer avec mes amis ; ma femme rendait quelques visites, et de temps en temps invitait deux ou trois personnes à dîner. Maintenant nous restons chez nous. Est-il une compagnie plus douce que celle de sa famille ?
“ Nous avons compris que les jeux avec les enfants et les vieillards, faits les soirs d’hiver autour du foyer, et les promenades ensemble dans la belle saison, ont un charme que n’avsient jamais nos parties de plaisir du dehors.
‘ Nous nous fêtons mutuellement, et chaque membre de la famille, depuis le plus petit bambin jusqu’à la vieille grand’mère, nous donne un jour de fête et un superbe régal.
‘Et tout cela nous procure plus de joie et nous occasionne moins de dépenses que les robes neuves, les châles et les dentelles qu’exigeaient nos réceptions ou nos visites,
Nous rentrâmes au logis, décidés à suivre ces conseils.
‘ Et le lendemain j'écrivis en grosses lettres, dans notre chambre commune, ces mots qui nous rappelaient les causes de la prospérité de Georges : Travail, ordre, sobriété, amour de la vie de famille, persévérance.”