‹ La science économique (volume 2)Chapitre 101 sur 196 · SURVIVANCE A VINGT ANS ACCOMPLIS · texte numérisé non relu

SURVIVANCE A VINGT ANS ACCOMPLIS

Proportion par 100 habitants.

Norwège. ^ 72,6

Danemark 71,8

Suède 69,8

Angleterre 64,4

Belgique 64,2

France 62,9

Pays-Bas 61,6

Prusse 58,6

Italie 53,4

i Espagne 51, t

(Voir graphique 37.)

La perte est énorme ; car alors l'homme est élevé ; il est prêta produire, à commencer une famille. Il meurt. C'est un capital disparu complètement. Cette mortalité ^doit nous préoccuper ; elle tient sans doute à notre absurde système d*éducatîon, à notre service militaire, à la parcimonie avec laquelle les parents pourvoient aux besoins du jeune homme, pour lui laisser une plus grosse fortune après leur mort.

Cette période passée, la mortalité est très faible ; la vie est longue : de là un inconvénient, car au-delà de 60 ans, en thèse générale, le vieillard ne peut plus être considéré comme un Instrument de production, et il pèse, par conséquent, sur la partie active de la population. Si nous procédons par analyse, nous appliquerons à la France cette constatation de la biolo-

1 Réforme économique^ t. V, p. 57.

gie, qu'en général les organismes supérieurs vivent plus longtemps que les organismes inférieurs.

1 Nous appliquerons encore cette autre constatation : qu'une espèce animale produit beaucoup de rejetons dont elle ne prend aucun soin et quelques-uns dont elle prend beaucoup desoins.

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Graph, 37. — Survivance à vingt ans accomplis.

La population française a peu de rejetons, mais elle en a un soin relatif, quoique bien insuffisant, supérieur à celui des autres peuples, au moins quant aux résultats . Cette population se conserve, elle se conserve même trop et ne se renouvelle pas. 11 y a trop de gérontes et pas assez d'enfants ; et les gérontes engendrent la gérontocratie, gouvernement des vieux, des vieilles idées, des vieilles choses, négation de tout progrès !

D'un autre côté on dit : Soit, la population anglaise augmente dans une proportion considérable ; elle émigré alors de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis et en Australie : de 1837 à 1876, en 30 années, 8 millions de personnes, soit par an 22800, ont pris cette route. Chaque émigrant valait, pour le pays où

il allait, environ 175 livres sterling, somme représentant son enfance, son éducation, son habileté, et le stock de ses habits, de son argent, des marchandises qu'il emportait.

L'Angleterre a donc contribué, année moyenne, pour 4 millions de livres (100 millions de francs), soit en trente ans un total de 3 milliards de francs, au progrès de l'Amérique et de l'Australie. Cette estimation de 175 livres sterling par tète d'émigrant est celle de l'Economisa * ; mais elle doit être considérée comme faible. Un adulte en bonne santé vaut plus de 4375 francs.

Le nombre d'émigrants anglais a encore augmenté : de 1877 à 1885, le total est de 1 789221, soit une moyenne annuelle de 198 800, soit une valeur de 7 milliards 840 millions.

Et puis, quand une colonie est devenue puissante, comme les Etats-Unis, elle se sépare de la métropole et lui ferme ses frontières. En attendant, dès qu'elle est suffisamment forte, elle élève des tarifs de douanes qui ferment son territoire aux produits de l'Angleterre, telle l'Australie, tel le Canada. L'Angleterre n'a donc que les charges sans bénéfices. Elle n'arrive qu'à se faire des concurrents. Si ces milliards de francs avaient été dépensés en Angleterre, celle-ci n'en eût-elle pas tiré meilleur profit *?

La question est évidemment très discutable et très complexe; mais ces émigrations seraient-elles improductives pour l'Angleterre ; fût-il indifiFérent pour elle qu'il n'y eût pas sur toute la surface du globe des hommes parlant anglais, ayant des habitudes anglaises, des traditions anglaises, qu'il n'en resterait pas moins vrai que si la population n'est pas dense, la lutte pour l'existence disparaît; alors c'est la stagnation, c'est l'arrêt de développement. Tout enfant que vous ne faites pas est un

1 The Econ. Review Comm., 1878.

< Voir, sur cette question, mes Lettres sur la politiqtie coloniale, p. 63. M. Guyot-Daubés estime la valeur de Témigrant à 8 000 francs. (Voir le Globe, 11 mars 18S3.)

homme de moins, dirait M. de la Palisse ; et cet homme pouvait être Papin, Watt ou Stephenson !

Les hommes se gêneat, mais ils s'aident les uns les autres. Jetez un grain de froment isolé dans une plaine ; il aura bien de la chance s'il produit un épi qui arrive à maturité. Semez un champ de blé, et ces plantes multiples se protégeront réciproquement.

La solidarité est une loi de nature chez des organismes qui en sont parfaitement inconscients. Seulement, sans elle, ils auraient disparu depuis longtemps, si jamais ils avaient existé. Il en est de même pour Thomme.

Ici, je ne tiens pas compte des obstacles physiologiques, résultant des maladies diverses, de la vie surchauffée de notre civilisation raffinée ; je ne constate qu'un fait au point de vue de ses conséquences économiques.

L'augmentation de la population pousse au progrès tout peuple qui ne s'abandonne pas à la résignation passive, comme l'Hindou. Sous cette pression, la lutte pour l'existence est plus ardente, l'homme fait plus d'efiForts, et il développe sa puissance, sa capacité d'utilités. Si l'on ne peut pas dire que tous les peuples denses sont des peuples forts, on peut dire que jamais un peuple d'une population stagnante et disséminée n'a été un peuple fort. Cette densité est si nécessaire, que partout nous voyons un mouvement d'immigration dans les villes, là où la population est la plus serrée.

Le moral restreint — la contrainte morale de Malthus — ne doit être pratiqué qu'avec une extrême prudence. Son application exagérée menace de détruire peu à peu la population française. Si elle s'étend aux autres peuples avancés dans l'évolution humaine, ils courent le danger d'être débordés, dans un moment donné, par des peuples d'une civilisation inférieure. Ce qui est arrivé pour notre aristocratie dégénérée, pour notre riche bourgeoisie, dont les rejetons, abusant de la vie, s'en vont s'éliolant, en formant la classe des petits crevés, arrivera pour des peuples entiers.

Voyez en France les conséquences de notre économie politique dépressive. Dans les civilisations primitives, la sélection est provoquée par la force de l'homme, la beauté ou au moins l'énergie de la femme. Dans notre civilisation française, la sélection s'est faite, elle se fait encore, par la position, la dot, le titre, sans qu'on tienne compte de l'épuisement de Thomme, de la scrofule de la femme. En Angleterre, chaque jeune homme a appris à compter sur lui, chaque jeune fille sur elle : ils s'unissent dans le but de poursuivre ensemble la lutte pour l'existence; la sélection se fait, la femme estimant l'énergie de l'homme, l'homme le dévouement de la femme.

Cependant, dans ce pays prolifique, l'Angleterre, en 1877, des libres-penseurs, des hommes fort distingués S ont fondé la Malthusian League. Voici quelques-uns des paragraphes de son programme, qui en expliquent le but :

c( 4. Les obstacles préventifs consistent dans la limitation des enfants par l'abstention du mariage, ou la prudence après le mariage.

« 5. L'abstention prolongée du mariage — que prônait Malthus — est la source de beaucoup de maladies et de vices sexuels; l'union précoce, au contraire, tend à assurer la pureté sexuelle, le comfort domestique, le bonheur social et la santé individuelle; mais c'est une grave offense pour les hommes et les femmes de mettre au monde plus d'enfants qu'ils ne peuvent convenablement en loger, nourrir, habiller, élever.

a 6. La surpopulation est la source la plus féconde du paupérisme, de l'ignorance, du crime et de la maladie. »

11 est difficile de retourner la question et de dire qu'il est bon que les hommes et les femmes doivent mettre au monde plus d'enfants qu'ils ne peuvent convenablement en loger, nourrir, habiller et élever; mais que représente ce long adverbe « convenablement? » Affaire d'appréciation et de mesure, rien de plus.

D' Drysdale, président.

La Malthtisian League pose encore la question d'une autre manière : la restriction de la population aurait u un immense résultat presque immédiat : la diminution de TolTre de travail, donc l'augmentation des salaires. »

Ce second côté de la question mérite un examen sérieux, car il 8*agit de savoir par quelles lois est réglée la valeur de rhomme.

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