INTRODUCTION
Après la question de la santé, nulle question ne préoccupe autant chacun de nous que la question économique. Elle est Talpha et Foméga de la plupart de nos actions. Tout le monde en parle, comme tout le monde parle médecine. C'est à qui donnera son avis, formulera son opinion et émettra des assertions plus ou moins motivées. Beaucoup, il faut bien le dire, répètent des phrases clichée3, n'ont pas un seul fait à Fappui de leurs jugemeats, prennent pour des réalités leurs conceptions subjectives, et ainsi informés, indiquent comme remèdes à des maux plus ou moins réels, plus ou moins imaginaires des toxiques dont la plupart ont déjà prouvé, à maintes repriseSj leur capacité nocive.
Dans notre démocratie, chacun participe de près ou de loin aux affaires publiques. Selon ses convictions ou ses préjugés économiques, il ira à droite ou à gauche; il contribuera à augmenter la richesse ou à provoquer la ruine de son pays. Il faut peu de chose pour que l'un ou l'autre résultat se produise : une fausse orientation, un coup de barre qui nous jette sur l'écueil au lieu de nous faire voguer, en pleine sécurité, vers un avenir prospère.
Ce livre n'est pas un livre de polémique, mais d'exposition. Permettez-moi cependant, dans une rapide introduction, de relever le point psychologique où nous nous trouvons en xn&~y^ tière économique.
SCIENCE ÉCONOM. tt
Vlll INTRODUCTION.
LE GOLBERTISME.
En dépit de la Révolution française, nous avons un héritage monarchique et religieux dont nous ne nous sommes pas encore débarrassés. Parmi les legs dont nous sommes malheureusement gratifiés se trouve ce que Buckle appelait Pesprit protecteur et ritalien Menzotti le colbertisme *.
Faire peser sur la mémoire de Colbert Tentière responsabilité d'un système qu'il n'a pas inventé et qui, de son temps, était plus ou moins reconnu et pratiqué dans chaque pays de l'Europe, ce serait exagérer : mais il l'organisa et le consolida, en exposa la théorie et en tenta une rigoureuse application. Ce système correspondait exactement à l'idéal monarchique de Louis XIV. Se considérant, de par le droit divin, comme le maître absolu de ses sujets, il s'arrogeait le pouvoir de diriger leurs actes sociaux, intellectuels, religieux et économiques. Le sujet ne devait avoir que la religion qu'avait son roi ; autrement on envoyait des dragons le convertir. Il ne devait croire qu'aux maléfices autorisés; autrement, par l'édit de 1682, il était puni de mort «pour crime de sacrilège joint à la superstition ». Il ne devait penser qu'avec approbation foyale, sous peine d'être envoyé par lettre de cachet à la Bastille ou au Mont Saint- Michel. Il ne devait travailler, avoir une industrie, ouvrir un commerce que si le roi lui en avait octroyé la permission. La révocation de l'édit de Nantes et les règlements de Colbert appartiennent au même ordre d'idées.
Le travail est un droit régalien que le roi cède, vend ou accorde à certains privilégiés. Mais ce privilège n'a pas de valeur s'il ne le défend pas contre ceux qui essayeraient de s'en passer et contre les concurrents étrangers. Déplus, multiplier les privilèges, c'est permettre au roi de multiplier ses bénéfices et ses ressources, et le nombre des gens dans sa dépendance.
* Mémoires de l'Académie de Florence, 1797.