L'ÉCHANGE
Variété des besoine. «- Spéeifioaiioa des aptitodes. — Se suffire à soi-même. — Utilités superflues et utilités nécessaires.; — Bienfait du besoin. — Caraotère de réchange.
J'a! défini la valeur :
Le rapport de Vutilité possédée par unindividu aux besoins d'un auWe individu^»
L*échange^ c'est le rapport des utilités entre elles. Do ut des; fado ut facias ; do ut fadas ; facio ut des : la classification romaine était juste.
Un Français du dix-neuvième siècle a besoin de souliers, de vêtements, de vin, de pain, de viande, de café, de sucre, de poisson, de légumes, de musique, de nouvelles, de sécurité, etc., etc.
Ses besoins sont plus variés que ses aptitudes. Il peut difficilement faire en même temps des souliers, des vêtements, du vin, du pain, de la viande, du café, du sucre, etc. Le pays qu'il habite n'est pas apte à ces productions diverses. Il faut un outillage, terre, métiers, force motrice, etc., qu'il n'a pas à sa disposition. Je n'ai pas besoin d'insister ; tout le monde comprend l'impossibilité fpour chacun de nous de pourvoir à tous ses besoins. Autrefois, il y avait dans l'agriculture un axiome : qu'une terre devait se suffire à elle-même, c'est-à-dire qu'on devait y récolter tous les produits nécessaires à la famille qui l'exploitait; maintenant, il est allé rejoindre quantité d'erreurs analogues. Le vigneron du Midi fait des vignes, il achète son blé. La terre doit donner le produit qu'elle est le plus apte à fournir; l'homme aussi. Per-
* Liv. I, ch. v.
sonne ne peut nier la vérité de ce principe qui s'appelle la division du travail.
Plus la civilisation se développe, plus les besoins de Thomme sont variés, tandis que ses aptitudes ont une tendance à se spécialiser davantage.
II en résulte qu*il est susceptible de produire plus d'utilités qu'il n'en produisait précédemment ; mais ce sont des utilités uniformes I
11 produit non pas ce dont il a besoin, mais ce dont les autres ont besoin.
En raison de ce mouvement, l'échange devient une nécessité de plus en plus impérieuse; car réchangé consiste à donner les utilités qui nous sont relativement inutiles et à recevoir celles qui nous sont utiles.
Nous nous servons ici du mot : utilité, à dessein, et non pas du mot : chose ou substance. Quand un musicien nous fait entendre de la musique, il n'échange pas contre notre argent une quantité définie de substance ; nous considérons la sensation agréable que produit sa musique comme une utilité pour nous; c'est cette sensation que nous lui payons.
Toute la mécanique de l'échange est basée sur la variété des besoins et des aptitudes.
De temps en temps, vous entendrez dire par quelque homme sage : « Il faut se contenter de peu. Il ne faut pas développer ses besoins outre mesure. »
Soit : mais quelle est cette mesure ?
Individuellement, si l'on dit : Il ne faut pas avoir de besoins plus que nous ne pouvons produire d'utilités pour les satisfaire, on a raison.
Mais, d'un autre côté, il faut prendre garde à cette morale apathique. Sous prétexte de sagesse, elle pousse à la paresse. C'est l'incitation de nouveaux besoins qui pousse les hommes à lutter, à développer, à augmenter leur puissance.
L'idéal, pour chacun de nous, doit être d'agrandir sa vie en multipliant et en étendant son action ; le développement de