‹ La science économique (volume 2)Chapitre 67 sur 196 · DE 1501 A · texte numérisé non relu

DE 1501 A

Périodes.

des deux valeurs.

Périodes.

des deux val

(Voir

graphique 6.)

On voit qu'en 1885 on pouvait acheter 19,39 kilogrammes d'argent avec 1 kilogramme d'or, tandis qu'en 1500 on ne pouvait en acheter que 10. L'argent a baissé de 20 pour 100 relativement au rapport de 15 et demi fixé par la loi de germinal.

Cette baisse n'est pas spontanée: elle est constante; elle n'a pas cessé de se manifester depuis quatre siècles, sauf pendant une courte période du dix-huitième siècle ; elle s'est accélérée dans ces vingt dernières années, quoique, jusqu'en 1882, la valeur de l'or produit ait été plus considérable que la valeur de l'argent.

L'argent baisse, parce qu'il est de plus en plus repoussé comme instrument d'échange; il est même moins employé dans la bijouterie : la garantie de l'argent, en Angleterre, donne une moyenne annuelle de i 091 000 onces pendant la période 1821-1850, et seulement de 790000 pendant la période

finissant en 1880. Son stock représente un poids et un volume inconnus; et ce poids, ce volume, l'abandon de son emploi en ont fait baisser la valeur en dépit des conventions légales.

Devant la réalité de ces faits, on est bien obligé de reconnaître que le rapport entre la valeur de Tor et de l'argent est variable. Mais l'humanité a un tel besoin de fixité, qu'alors même qu'elle admet que la valeur de Tor est variable elle n'en essaye pas moins d'établir un rapport uniforme entre lui et toutes les autres valeurs.

Nous allons analyser ce préjugé et montrer à quelles erreurs il pousse les hommes qui se sont le plus et le mieux occupés des questions monétaires.

VIII. On a pris l'habitude de dire : Cinq grammes d'argent au titre de neuf dixièmes de fin valent un franc, parce que la loi du 7 germinal an XI a constitué avec cette proportion d'argent l'unité monétaire à laquelle elle a donné le nom de franc.

J.-B . Say a très bien fait observer que cette locution était impropre: 5 grammes d'argent valent 5 grammes d'argent, comme 5 grammes de cuivre valent 5 grammes de cuivre. La division ne donne pas une qualité nouvelle à un métal .

Toutefois, dans cette expression, il y a une part de vérité que nous allons essayer de dégager.

En Angleterre, les frais de monnayage sont à la charge de l'État, le souverain ne vaut ni plus ni moins qu'un lingot de même poids et de même titre ^ En France, les frais de monnayage, à la charge du porteur, sont de 6 fr. 70 par kilogramme d'or, à 900 millièmes. Le kilogramme représente 3 1 00 francs. Les frais de fabrication déduits, il vaut 3 093 fr. 30 ; et, à moins que le gouvernement ne suspende la frappe, il ne peut pas descendre au-dessous ; car si la monnaie avait un cours au-dessous du lingot, tous les détenteurs de monnaie la convertiraient en lingots.

ï Si la frappe se fait par rintermédiairc de la Banque, on reçoit 7 liv. 17 sh. 9 p. par once d'or, au titre standard, au titre de 3 liv. 17 sh. 1 0 Vî pence.

ikk LA SCIENCE ÉCONOMIQUE.

Il n'y a de yariations que celles qui peuvent venir des frais de transport, de garde, des nécessités de payement. Ce sont ces variations qui constituent les cours du change.

Donc on a raison de dire : le kilogramme d*or vaut 3 1 00 francs, ou, avec les frais de fabrication, 3 093 fr. 30 ; en Angleterre, 7i,98 d*or à 917 millièmes valent un souverain. Mais que valent les francs ? que valent les souverains ? voilà la question. On veut se rendre compte du prix du blé. On le mesure ou on le pèse, et Ton dit : Thectolitre ou le quintal valent 20, 25, 30 francs, etc. On voit bien qu'il faut plus ou moins de grammes d*or pour acheter la même quantité de blé : par conséquent, la valeur de Tor baisse ou monte par rapport au prix du blé.

Alors des personnes concluent nettement :

— L*or a baissé ou augmenté de valeur.

Soit : mais par rapport à quoi ? Est-ce par rapport au blé ? — Oui, dites- vous. — Mais qui vous dit que le blé n'a pas augmenté de valeur tout simplement parce que la consommation en est devenue plus grande, parce que les moyens de transport Tout mis à la portée, des besoins, parce que l'agriculture n'a pas pu en produire une quantité suffisante pour satisfaire la demande? La hausse du blé peut donc être indépendante delà valeur de l'or; et'ie prix du blé peut indiquer, non pas sa valeur par rapport à l'or, mais sa valeur par rapport aux autres utilités auxquelles la monnaie sert de commun dénominateur.

Le graphique 7 représente le rapport du prix du blé dans la période 1861-1870 avec son prix pendant la période 1821-1830, longtemps avant la découverte des grands gisements d'or.

On sait que l'Angleterre et la France sont les deux pays qui ont absorbé le plus d'or ; par conséquent, dans ces deux pays le prix du blé aurait dû s'élever d'une manière considérable : pas du tout ; il s'est abaissé de 14 pour 100 en Angleterre ; il n'est monté que de 17 pour 100 en France; et où s'est-il élevé? en Autriche et en Hongrie, de 142 et de 131 pour 100, dans des pays qui manquent si bien d'or qu'ils sont obligés d'avoir recours au papier monnaie I

I/élévalion du prix du blé n'est donc pas en rapport avec l'abondance ou la rareté de For.

M. Levasseur, dans son volume la Qiiestion de VoTf dit : « Quand on veut avoir une expression numérique tout à fait exacte pour 100, ce n*est pas une marchandise, ce sont toutes les marchandises qu*il faut prendre pour terme de comparaison. » Toutes ? sans exception ?. . . M. Levasseur reconnaît sans doute que la tâche est difficile, car il ajoute déjà ce correctif : « Si le prix de toutes les marchandises ou de presque toutes les marchandises a haussé d'un dixième, on n'en conclura pas que la valeur de toutes les marchandises est en hausse ; car, la valeur n'étant qu'un rapport, une hausse ou une baisse de toutes les valeurs est un non-sens ; mais on en conclura que la valeur des métaux précieux, c'est-à-dire le rapport d'une certaine marchandise à toutes les autres, a baissé dans la même proportion. »

Pour que celle théorie eût une apparence de justesse, il faudrait que tous les capitaux, les fixes et les circulants, les terres et le blé, éprouvassent une hausse uniforme. Or, cela s'est-il jamais vu ? Et cela aurait dû se voir quand le stock de métaux précieux monnayés est passé, en moins de trente ans, de 13 milliards à 37 milliards de francs. Sans doute, en Californie, au moment où les pionniers, saisis de la fièvre de l'or, se précipitaient sur les placers, achetant une bouteille de vin 50 francs, 1 livre de sucre dO francs, i livre de farine 5 francs, on pouvait dire que, sur ces lieux, la valeur de l'or était fort basse, parce que l'or était relativement abondant, tandis que toutes les autres utilités étaient rares ; mais le sol, sauf celui occupé par les placers, était également sans valeur. Dans quelles limites la répercussion de ce fait circonscrit, provenant de la difficulté des moyens de transport, s'est-elle étendue sur le reste du monde ?

Je retourne la question : admettons qu'une hausse uniforme du prix de tous les capitaux puisse avoir lieu, je dis qu'elle ne prouve pas une baisse de la valeur de l'or.

SCIENCE ÉCONOM. 10

Je suppose une lié réduite à avoir une certaine quantité d'or invariable. Elle a un mouvement de production et de consommation que j'estime à i 00. Son numéraire, qui est 10, lui suffit. Sa population augmente, sa consommation augmente plus

142 Autriche

ne

131 Hon^rî

36 Rudftie

179b Fronce

14 An^eterre 1821-1830 1661 - 1810

Graph. 7. — Prix du blé avant et après la découverte des grands gisements.

rapidement que sa production. Le prix de la viande, du blé double. — Dira-t-on que Tor a baissé de valeur? — Oui, d'après M. Levasseur; non, d'après la réalité des faits. Au contraire, si on n'a pas eu recours à des chèques et des clearing-houses, Tor a augmenté de valeur ; et cependant les prix se sont élevés '.

* Voir les graphiques 2 et 3.

Pour qu'il en fût autrement, il faudrait supposer que le défaut d'or paralysât assez les transactions pour faire tomber les prix des objets nécessaires; or, ce n'est pas exact : le troc, par papier ou autrement, y suppléerait dans une large mesure .

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Graph 8. — Hausse et baisse de Tor par rapport aux capitaux fixes et aux capiteux circnlanlB en Angleterre, 1864-1875. — 49, augmentation de la valeur du capital fixe. — 10, frappe de l*or. — 27, prix des principales marchandises à Londres. — 16, diminution de la production de l'or.

Mais quand la quantité des métaux précieux augmente, leur vateur doit-elle diminuer en proportion, et mce «er^dPM. Levasseur déclare que la seule mesure que nous puissions donner de la valeur des métaux, c'est leur production. Il faudrait, au moins, ajouter : « et leur consommation ». Voir le graphique 8.

D après Newmarch, 1865-1875, toutes les marchandises ont baissé de 27 pour iOO; 1865-1875, la réelle propriété a haussé de 49 pour 100.

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