‹ La science économique (volume 2)Chapitre 68 sur 196 · PRODUCTION DE L*OR · texte numérisé non relu

PRODUCTION DE L*OR

En moins, 16 pour 100.

FRAPPE DE l'or A LA MONNAIE DE LONDRES.

{Statistical abstract,)

1856-1865 52788000 liv. st.

Baisse, 10 pour 100 sur la période antérieure.

IX. La production totale de For a baissé de 16 pour 100 et la frappe, à la monnaie de Londres, a baissé de 10 pour 100. Or, la frappe baissant de 10 pour 100, le prix des capitaux fixes aurait dû baisser et celui de l'or monter ; par conséquent, nous [devrions constater une baisse dans leur valeur : pas du tout, ce que nous apercevons, c'est une hausse de 49 pour 100.

— « Parfaitement, me dit-on, mais cette hausse provient de ce qu'il y a trop d'or, malgré la diminution de la frappe, et que la valeur de l'or a baissé. » Si cet argument était vrai, il faudrait m'expliquer pourquoi le prix des capitaux circulants baisse encore plus vite que ne diminue la frappe de la monnaie. Cette baisse n'indique-t-elle pas une hausse de la valeur de l'or par rapport à tous les capitaux circulants, matières premières, marchandises, objets de consommation ?

Donc, il y a baisse de la valeur de l'or par rapport à la propriété réelle et hausse par rapport aux capitaux circulants.

D'où j'ai le droit de conclure que la valeur de l'or ne diminue pas en proportion de sa quantité ; qu'elle varie selon tels et tels capitaux ; baisse par rapport aux uns, et hausse par rapport aux autres.

D'après le graphique 7, elle a haussé de 14 pour 100 sur le

marché de Londres par rapport au blé ; et d*après le graphique 8, en 10 ans elle a baissé de 49 pour 100 par rapport au capital fixe de la Grande-Bretagne.

Cependant ce serait commettre une erreur que de considérer ces rapports comme rigoureusement exacts ; car, si la monnaie sert de commun dénominateur à toutes les utilités, la valeur des utilités ne yarie pas seulement avec la monnaie. Nous avons déjà observé que si le blé est cher à un moment, ce n*est pas parce que la monnaie a baissé de valeur : c'est parce que la récolte est inférieure aux besoins de la consommation.

De même : si une usine augmente de valeur, ce n'est pas parce que Tor a baissé de valeur, mais c'est parce que cette usine peut produire plus d'utilités qu'auparavant.

Toutefois, si on me dit : cette baisse provient-elle de la moins grande utilité de l'or ? cette hausse des capitaux fixes provient-elle de ce qu'ils sont producteurs de plus d'utilités qu'auparavant? La réponse ne me paraît pas douteuse : oui, l'or est moins utile ; oui, les capitaux fixes sont plus utiles.

L'or subit le sort de tous les capitaux circulants : produit à plus bas prix, en plus grande abondance et employé plus écooomiquement, il a une valeur de plus en plus réduite par rapport aux capitaux fixes. Toutefois, dans cette période de dix ans, au moins, sa valeur a moins baissé que celle de la grande masse des capitaux circulants. Ailleurs nous verrons que, sur la période de 1850 à 1877, elle a baissé par rapport à eux de 10 pour 100 : peu de chose relativement à la hausse constante des capitaux fixes.

Cependant, il n'y a guère d'historiens et d'économistes qui n'affirment que la valeur de l'or a baissé ou monté d'une manière absolue. Il est vrai qu'ils sont singulièrement d'accord entre eux ! Je ne prends, pour exemple, que les dernières évaluations. M. Stanley Jevons déclare que, de 1780 à 1809, la valeur de l'or baissa de 46 pour 100 ; de 1809 à 1849 elle se releva de 14 pour 100 ; de 1849 elle est redescendue de plus de 20 pour 100. Et les chifl'res qu'il donne dans son tableau

des prix depuis 1785 ne s'accordent pas avec ces mouvements ^ D'après M. de Foville, la baisse de Tor depuis le commencement du siècle aurait été de 25 pour 100. M. Roswag ^ affirme qu'elle n'atteint pas 4 pour 100. M. David, ancien secrétaire du département fédéral du commerce suisse, l'évalue à 3 et demi pour 100. M. Sœtbeer, enfin, constate la baisse du métal argent et la hausse du métal or.

M. GifTen dit que la valeur de celui-ci a augmenté depuis vingt ans. Lord Beaconsûeld, dans un discours à la Chambre des Lords sur la crise de l'agriculture, disait en 1878 : « L'or augmente chaque jour de valeur, et son augmentation de valeur provoque la baisse des prix. » M. Palterson démontrait en 1 880, à la Statistical Society, que l'or ne cessait pas de baisser de valeur en Angleterre et dans le monde *.

Eh bien ! la question posée ainsi est mal posée : la hausse de l'or par rapport à l'argent, oui ; l'or a haussé par rapport à l'argent ; mais il a baissé par rapport au blé en Autriche, il a haussé par rapport au blé en Angleterre, il a baissé, par rapport aux maisons, aux terres, en Angleterre, en France. Bref, il a haussé par rapport à certaines utilités qui sont devenues moins chères ; il a baissé par rapport à d'autres utilités qui sont devenues plus chères .

Un jour, à la suite du dîner du Progrès social, j'entendais M. G. Hubbard parler, sans soulever de contestation, comme d'un fait incontestable, de la dépréciation des métaux précieux. Je me permis, au grand scandale de tous — ce qui prouve que parmi les économistes on prend souvent des mots pour des choses — de soulever une timide protestation. M. Gustave Hubbard me dit alors :

■— Voyons! je suppose un louis du dix-huitième siècle et un louis du dix-neuvième siècle, ont-ils la même valeur ?

^ Voir Journal ofthe Statistical Society {On theVariation ofPrices, vol. XVlll, 1865).

* Les Métaux précieux f 1875.

8 Journal of the Statistical Society, mars 1880.

— Cela dépend de ce que vous voulez acheter.

Il se sauva en criant, au milieu des éclats de rire de tous :

— Ah ! si vous posez la question comme cela !

Je le regrette pour les rieurs ; mais je la pose comme cela, et elle ne peut pas se poser autrement.

Il est faux de dire : c La valeur de Tor a baissé ou haussé », si Ton ne spécifie pas Tutilité à laquelle on la compare.

De plus, il suffit de voir le graphique 8 et les graphiques suivants pour se souvenir que sa baisse est constante à l'égard des capitaux fixes.

Et pourquoi? par la raison que nous avons indiquée dans le livre n.

Les capitaux fixes ne cessent pas d'augmenter leur production d'utilités : la monnaie, capital circulant, augmente en abondance ; puis, au lieu que son utilité augmente, son utilité diminue. En vertu de la loi, d'après laquelle le progrès industriel consiste à obtenir le rapport inverse maximum entre la consommation des capitaux circulants et le rendement des capitaux fixes, l'homme cherche à restreindre l'usage de la monnaie, par des banques de dépôt, des clearing-houses, des institutions de crédit, des chèques.

A l'égard de la monnaie, se vérifie donc la loi que nous avons formulée :

La valeur des capitaux fixes est en raison directe de l'abondance des capitaux circulants; et la valeur des capitaux circulants est en raison inverse du pouvoir d'utilité des capitaux fixes.

Donc, nous pouvons dire :

L'or est une marchandise.

L'étalon monétaire est un commun dénominateur des valeurs, et un instrument d'échange.

La valeur de la monnaie est relative à la valeur de telle ou telle utilité spécifiée.

La valeur de la monnaie est en raison inverse du pouvoir d'utilité des capitaux fixes.

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