III. Les arguments des bimctallistes. — Réfutation
I. L'argent est un sous-produit. On produit de l'argent parce qu'on produit du plomb, du cuivre, du zinc, et l'augmentation du prix de ces métaux vient en déduction de la baisse de l'argent. Cette particularité de l'argent explique qu'une très forte baisse de prix peut en réduire la production, mais ne la supprimera pas.
A Londres, l'unité est l'once standard d'argent, c'està-dire l'once Troy 31 gr. 1035 au titre monétaire de 925 millièmes. Elle «^e cote en pence, c'est-à-dire en 12^ de shelling ou 240« de livre sterling. La livre sterling valant au pair 25 fr. 221, si N représente le nombre de pence auquel s'est arrêtée la cote à un moment donné, la valeur en francs du kilogramme de fin ressort à 3,65
N, soit, à peu de choses près, à —^ (2).
Notre loi monétaire attribue une valeur de 200 francs par kilogramme aux écus de 5 francs aux 9/10" de fin. C'est porter l'argent fin au prix de 222 fr. 22 lé kilogramme. Le commerce ne l'a jamais fixé qu'au prix de 218 fr. 89, la différence représentant les frais de mon-
(2) De Foville, Dictionnaire du Commerce, art. Argent.
LliS AUGUMtlNTS BIMÉTALLISME 123
nayage tels que les avait tarifés la loi de germinal. Depuis 1849, ces frais sont réduits de moitié et on aurait dû ramener le pair à 220 fr. 66. Cette correction n'a pas eu lieu : la Bourse prenait toujours le chiffre de 218 fr. 89, comme point de repère, et elle cotait, non pas le prix, mais la perte entre le pair de 218 fr. 89 et le prix de l'argent fin.
A partir de 1874, le cours de l'argent à la Bourse de Paris a représenté par 1.000 francs une perte de :
1874 16fr. 18
Depuis la baisse s'est accentuée.
1902 GOO 62'
A la suite d'un vœu du Congrès des Valeurs mobilières de 1900, émis sur la proposition de M. de Foville, hi Chambre syndicale des agents de change décida que le cours de l'argent en barre à 1.000/1.000 se coterait désormais en francs, c'est-à-dire exprimerait, en francs et centimes, le kilogramme d'argent fin (1).
Pendant les sept premiers mois de 1910, le cours maximum à été de 92 fr. 68 et le cours minimum de 87 fr. 72.
Les bimétallistes prétendaient que la baisse de l'argent avait pour unique cause la démonétisation de la monnaie d'argent par l'Allemagne, et ils affirmaient qu'il en résultait une coBtraction monétaire, qui provoquait (( l'appréciation », soit une hausse de l'or et la baisse des prix.
Cependant la frappe de l'argent n'a pas été suspendue. D'après Sœtbeer, sa moyenne annuelle a été de 1851 à 1870, de 453 millions de francs par an : de 1871 à 1875 de 347 millions ; de 1876 à 1880, de 434 millions ; de 1881 à 1908, les Etats-Unis estiment qu'elle a été de plus de
(1) Rapport de VAdininislration des monnaies, 71.
20 h milliaz'ds de francs, soit de plus de 730 millions par an,' chiffre supérieur aux périodes antérieures.
Donc il est faux que la frappe de l'argent ait été suspendue. C'est donc moins à la démonétisation de Varfjent qu'est due la baisse de son prix, qu'à Vaugmentation de sa production, comme le prouve le graphique (n° 1), dressé par M. de Foville (v. p. (1).
II. Les bimétallistes n'en faisaient pas moins des variations à l'infini sur la « contraction monétaire'» et «'l'inflation monétaire ».
Toute l'argumentation des bimétallistes reposait sur la croyance que :
- 1° La loi peut incorporer une valeur dans un objet quelconque ;
2° Que le prix des choses varie avec la quantité de monnaie existante ;
3<* Que la suppression de la frappe de l'argent en Allemagne était la cause de la baisse de la valeur de l'argent ;
4° Que la monnaie dépréciée constituait une prime pour la production et l'exportation des pays qui en étaient favorisés.
Ils n'ont jamais répondu aux objections suivantes :
1° Si le pouvoir de production et d'expansion d'un pays est en raison de la dépréciation de son signe monétaire, il en résulte qu'il atteindra son maximum quand cette valeur sera réduite à zéro ;
2° Si, comme le prétendent les bimétallistes, la monnaie déprécié n'a pas d'influence sur les prix intérieurs, comment pourrait-elle provoquer la hausse de prix des marchandises ?
3° Si, comme le prétendent les bimétallistes, la reprise de la frappe de l'argent a pour résultat de doubler la valeur de toutes choses, elle implique le doublement du salaire des ouvriers, des employés, des fonctionnaires, ainsi que des retraites, du taux de la rente, autrement tous les intéressés seraient lésés de la moitié de leurs revenus : elle implique le doublement des budgets ; elle devrait impliquer le doublement des créances, ou bien le créancier est dépouillé de moitié au profit de son débiteur ;
(1) Article Argent^ Dictionnaire du Commerce, de l'Industrie et de la Banque.
r.ES ARGUMENTS BIMETALLISME
Gr\phique 1. — Production et valeur de l'argent.
]■-?*' LA SCirXClC ÉCON'OMIOl E
4" Si le cachet de l'Etat suffit pour fixer la valeur d'une monnaie, pourquoi les bimétallistes, au lieu de se contenter du rapport de 15 1/2 ou de 16, ne demandernient-ils pas l'égalité entre l'argent et l'or (1) ?
5° Si on admet la libre frappe de l'argent à un taux x, comment l'Etat peut-il maintenir un rapport fixe de valeur ?
6" Si le rétablissement de la libre frappe de l'argent est une convention internationale, comment s'opérerait la liquidation ?
7° Si la liquidation était le résultat d'une guerre, quelles en seraient les conséquences pour la nation qui aiirait le plus grand stock du métal à valeur fictive ?
Comme le disait M. Shaw, la théorie du bimétallisme est sortie non de la pratique des faits, tnais d'un échec de quatre siècles.
(1) Mmirice Ansiaiix, ]a Queslion monétaire en Belr^lque, 1892.