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CHAPITRE VII

l'étalon monétaire et le prix prototype

I. Les prix. — Préjugé que l'Etat peut créer de la valeur. — Erreur de M. Léon Say. — Le prix de l'argent par rapport à l'or. — L'or et les index numbers. — M. Levasseur : « Le prix de l'or n'est fixé que par son rapport avec lui-même ». Impossibilité.

II. L'or est une marchandise. — Sa valeur n'est pas créée par lElal ; mais son prix est [ixé par l'étalon monétaire. — L'étalon monétaire a une (onction non matérielle, mais iuridique. — Il (ixe le prix prototype auquel se rapportent tous les autres, y compris celui de l'or. -— 7/ institue le moyen de liquidation de tous les actes comportant un échange ou une rémunération. — L^étalon est la constante des prix.

I. Les équivalents, comptés en monnaie, par lesquels se règlent tous les actes d'échange à titre onéreux, toutes les rémunérations de services, toutes les liquidations, s'appellent des prix.

Encore actuellement, les phénomènes qui les régissent ne trouvent guère que des explications vagues et confuses de la part des hommes de premier ordre qui les ont étudiés.

Loin d'être préhistorique, le préjugé qui attribue à l'Etat le pouvoir de créer de la valeur s'est affirmé dans la campagne bimétalliste qui a agité, de 1873 à 1897, les nations les plus avancées en évolution.

M. Léon Say a écrit dans la préface de 1892 de la traduction des changes étrangers de Goschen : « Le rapport de 15 1/2 a été modifié par la baisse de l'argent, à moins que ce ne soit par la hausse de l'or, car il est encore impossible de savoir si c'est l'argent qui a baissé ou l'or qui a monté (1). »

(1) Léon S^v. Prélace ù la Théorie des Chanqes étrangers (1^ Goschen, 3° édit., ISO?.

Celte phrase m'a surpris, car il n'y a pas de douf.e.

On achète des onces d'argent avec des pence d'or ; et

pour acheter une once d'argent Standard au lieu de 60

——pence d'or qui représentent le rapport de 1 à 15 1/2,

établi par la loi de germinal an XIII, il n'en faut plus

depuis un certain nombre d'années que de 24 à 30.

Depuis 1816, à Londres, l'argent a toujours été une

marchandise comme une autre. M. Sauerbeck, M. Al-

lard (1), dans la construction de leurs tables, prennent

« 84 comme prix de base, les 60 — pence l'once Standard, parité du rapport 15 1/2 à 1. C'est donc l'or qui fixe la valeur de l'argent : et le prix que représentent les pence d'or est fixé par la Banque d'Angleterre : 77 sh. 9 par once Standard d'or.

Mais pourquoi les constructeurs d'Indes numbers ne citent-ils pas le prix de l'or ? Cependant il a subi aux Etats-Unis de fortes variations, comme lorsqu'après le Sherman act, les Etats-Unis durent pour payer les intérêts de leurs créances exigibles en or, s'en procurer en Europe. Mais cette prime qu'ils payèrent est mesurée relativement à quoi ? sinon au prix d'achat de l'or par la Monnaie de Londres.

M. Levasseur disait : « Le prix de l'or n'est fixé que par son rapport avec lui-même (2). »

Une chose ne peut pas hausser ou baisser de valeur relativement à elle-même.

Est-ce qu'un kilo d'or aujourd'hui aurait pu acheter moins d'un kilo d'or, il y a un siècle ? Une chose homoçfène reste toujours homogène. Un kilo d'or est toujours égal à un kilo d"or. S'il faut donner plus d'or, pour certaines marchandises, on dit qu'elles sont plus chères ; s'il faut en donner moins, on dit qu'elles sont moins chères.

Le prix de Tor, comme le prix de tous les autres objets, résulte du rapport de l'or avec un autre objet ; et M. Levasseur avait essayé lui-même de le fixer, en le comparant au prix du blé, marchandise mal choisie ; car elle n'est pas homogène ; et, comme quantité, comme

(1) Tables pour le Congrès monétaire de Bruxelles de 1893.

(2) La Question de l'or, p. 171.

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qualité, elle est une des plus variables qu'il y ait au monde. Dans le passé, et jusqu'à une époque récente, on a essayé, dans certains pays, de le fixer par rapport à un autre métal, l'argent.

En dehors des frontières du pays où il a pris la forme de monnaie, il a toujours une valeur par lui-même : il est une marchandise.

Il a une valeur objective minima déterminée par son prix de revient et une valeur provenant de sa rareté et de la demande qui en est faite par ceux qui en ont besoin, soit pour de la monnaie, soit pour des usages industriels.

Mais quand l'or est choisi comme étalon monétaire, il cesse d'« être une marchandise comme une autre », parce qu'il acquiert trois qualités : 1° un débouché à prix fixe dans les banques ; 2° un pouvoir libératoire qu'il reçoit de la loi.

Beaucoup d'économistes nient ce caractère qu'il reçoit de la loi. Mais tout industriel engagé dans les mines d'or leur dira :

— Notre industrie a une supériorité : nous n'avons à nous occuper que du prix de revient : nous n'avons à nous occuper ni du placement, ni des variations de prix du produit, car nous sommes sûrs qu'en portant des lingots à la Banque d'Angleterre elle nous rendra autant de fois 77 sh. 9 pence qu'ils contiendront d'onces standard (1).

Tout bijoutier leur dira : — Nous n'avons pas à nous occuper des variations du prix de la matière première.

En Angleterre et en France, les Monnaies de ces pays ne peuvent refuser de frapper l'or qu'on leur apporte ; et, en Angleterre, la frappe est complètement gratuite.

Le prix du lingot d'or est évalué par le nombre de shillings ou de francs que remettent les monnaies de Londres et de Paris en échange des onces standard ou des kilogrammes apportés en lingots.

(1) Emplois industriels des métaux précieux, par André Thou- ZET, p. 167.

M. André Touzet a donné le tableau des prix divers aux-

fiuels Icâ banques des divers pays achètent l'or en barres 1 ne varie que de quelques francs autour des 3.437 francs que le paye la Banque de France.

Le prix de l'once d'or au titre de 11/12 (916,6) est fixé à la Monnaie de Londres à £ 3. 17 s. 10 1/2.

Robert Peel maintenait le type fixé trois cents ans auparavant, quand on avait voulu établir un rapport fixe entre l'or et l'argent : une livre d'or devait donner 44 guinées et une livre d'argent 62 sh., soit un rapport de 15 2/3 à 1.

En 1844, une brochure « d'économistes de Birmingham » aurait voulu que la banque donnât 5 livres par once. Robert Peel répondait :

Alors ceux qui auraient contracté des dettes au prix de 3 £. 17 sh. 10 d. 1/2 les payeraient au prix de 5 £ par once. Ce serait fort avantageux pour eux ; mais on s'en apercevrait pour les contrats à venir et l'étranger ne tiendrait aucun compte de ces arrangements législatifs.

Robert Peel montrait la fixité de l'étalon monétaire comme mesure de valeur en s'étonnant que (( les économistes de Birmingham » n'eussent pas proposé aussi de mettre le pied anglais à 16 pouces pour le proportionner au développement de la richesse de l'Angleterre.

En dépit des transformations qui ont eu lieu dans le monde, la livre sterling toujours de même poids et de même titre demeure l'unité de valeur à laquelle se rapportent toutes les autres.

Quiconque porte à la Monnaie une certaine quantité d'or est sûr de recevoir £ 3. 17 s. 10 h d. par once ; mais il ne les reçoit qu'après la frappe. S'il va à la banque, il reçoit içiinédiatement £ 3. 17. 9 ou 1 J d. de moins par once. Les vendeurs d'or peuvent donc toujours s'adresser à la Banque d'Angleterre, qui doit toujours acheter au prix fixe, sans frais de monnayage.

Le prix de l'or ne peut tomber au-dessous. Il peut s'élever au-dessus, si tel ou tel pays, telle ou telle banque, a besoin d'or.

Alors les banques défendent leur encaisse en élevant le taux de l'escompte qui ralentit ou arrête la demande d'or. Elles relèvent le prix de l'or, alors même que les transactions en cours se compenseraient de telle manière que nulle ne fût exposée à être réglée en espèces.

L'once d'or pourra être payée plus cher à la Monnaie, si l'or manque pour l'industrie et pour les pays étrangers ; mais elle aura toujours un prix minimum, car elle

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est acceptée par la Banque d'Angleterre à ce prix fixe ; et l'or est la seule marchandises actuellement dans le monde que les producteurs soient certairs de toujours vendre à un prix minimum.

III. Quel sera le pouvoir d'achat de ces 77 shillings 9 d. ? Il dépendra des objets ou des services qu'ils serviront à payer ; mais le prix en sera évalué par nous au moment où nous discuterons les conditions de l'achat d'après la monnaie de compte en usage en Angleterre, la livre sterling ou d'après la monnaie de compte en usage en France, le franc.

Sur la même place, le lingot d'or ne peut être longtemps au-dessus, ni au-dessous de la valeur de la monnaie : dans le premier cas, la monnaie serait convertie en lingots ; dans le second cas, le lingot serait converti en monnaie.

Quand, pour obtenir de l'or, il faut payer plus de 3 liv. st. 17 sh. 9 d. par once standard, il est en hausse ; quand il est au-dessous, il est en baisse.

C'est à ce prix prototype que se rapporte la prime ou la perte que l'or peut éprouver.

C'est d'après ce prix prototype qu'on apprécie le cours du change et le taux de l'escompte ; mais on se trompe quand en dit qu'ils mesurent la valeur de l'or.

La prime sur l'or peut avoir plusieurs causes : une contrainte, comme lorsque, vers 1899, la i Banque dé France exigeait une prime pour donner de l'or et faussait ainsi le taux de l'escompte ; elle peut résulter d'une panique, comme celle qui s'est manifestée aux Etats- Unis en 1892.

Quoique dans les échanges internationaux, la monnaie n'intervienne que dans une très faible proportion, le change est un des régulateurs du prix de Vor. Le change de Londres sur Paris varie toujours dans le même sens que la prime de l'or à Paris.

Pour les pays ayant une monnaie saine, il n'y a qu'une différence limitée au gold point d'or {les frais de transport et d'assurance du métal).

Le prix de l'or est fixé par l'étalon auquel son prix se rapporte comme tous les autres prix.

(1) Alexis Touzet, De la consommation industrielle des métaux précieux, p. 167.

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C'est d'après ce -prix "prototype qu'on peut calculer la valeur de Vor dans le passé, la valeur de Vor sur les diverses places du monde, la valeur de Vor dans Vavenir.

Les diverses histoires de la monnaie et des prix, les tables de M. Natalis de Wailly ne donnent pas. pour le passé, une notion nette de la valeur des monnaies ni des différents autres objets, parce qu'elles n'ont pas établi un rapport entre les chiffres à l'aide desquels elles ont été construites et la base fixe qui est le prix de l'or à la Monnaie de Londres.

Leurs évaluations sont à refaire.

II. L'or est une marchandise qui correspond à des besoins et dont la production est limitée par le prix de revient. Sa valeur n'est pas créée par l'Etat ; car il e. une valeur en dehors de toutes les frontières et de toutes les dispositions légales.

Mais comme il représente l'étalon monétaire, son prix esi fixé par les 77 sh. 9 pence que la Banque d'Angleterre paie ivct.Tnédiatement par ovcc d'or à toute personne qui lui en apporte.

1° Ce prix constitue une mesure invariable ;

2° La quantité du métal or peut augmenter ou diminuer, i'ofîre et ia demande peuvent varier : l'étalon reste fixe (33 Vict. 1870, chap. X).

J'ai pris comrue exemple la 7vlonnaie de Londres, parce que Londres est le grand marché de l'or, et qu'en France la r-ièce de 5 francs argent a aussi im pouvoir libératoire illimité. Mais quiconque possède 1 kilogramme d'or pur, — et, sauf à Londres où on compte à l'once Standard 11/12 ou 916 millièmes le kilogramme est toujours compté en or pur, abstraction faite de l'alliage, — est sûr de recevoir à la Monnaie de Paris 3.444 fr. 44 en échange, moins 7 fr. 44 pour le monnayaige, soit 3.437 fr.

Ce qui obscurcit les questions monétaires et les questions de prix, c'est qu'on a l'habitude de considérer l'étalon monétaire comme un morceau de métal : on confond Vétalon avec Vunité monétaire ; or, Vétalon a une fonction non pas matérielle, mais juridique.

Il détermine la nature, la quantité et le titre du métal qui forme l'unité monétaire, et il confère à cette unité un pouvoir libératoire illimité et obligatoire.

Mais, de plus, quiconque est détenteur du métal choisi peut le faire monnaijer à un taux qui constitue le prix

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prototype de ce métal, autour duquel, sur 'a même place et dans le même m,oment, il ne peut décrire que de légères oscillations : c'est à ce prix prototype que se rapportent tous les actes d'achat, de vente, les prêts, les engagements, la rémunération des services.

Il joue dans les transactions le même rôle que les autres poids et mesures ; et comme eux, il est invariable à Végard d'objets divers et de valeur variable.

On ne peut apprécier les prix dans le passé et dans le présent et les prévoir que d'après ce prix prototype.

Par exemple, on ne peut déterminer la valeur de l'or

dans le passé, qu'en comparant le poids et le titre des

pièces, taillées dans le marc, avec l'étalon actuel. Pour

l'aigent, le prix de 60 pence par once Standard re-

présentait le rapport de 15 1/2 relativement à l'or. C'est

en prenant ce prix comme étalon qu'on peut connaître

les variations de sa valeur.

L'étalon monétaire, en fixant la nature, la quantité et le titre du métal qui constitue Vunité monétaire, détermine le prix prototype auquel se rapportent les prix de tous les objets, y compris ceux de ce métal même, et de tous les services. Il est la constante des prix.

L'étalon monétaire institue le moyen de liquidation de tous les actes comportant un échange ou une rémunération.

Le métal employé fait prime, est en perte ou est au pair relativement au prix prototype ; mais sur la même place et dans le même temps, si la monnaie est audessous du lingot, elle est convertie en lingots : si le lingot est au-dessous, il est converti en monnaie, et le pair ne peut être altéré que par des demandes du dehors.

Les prix du métal sont réglés par le prix prototype : sa force d'attraction en limite les écarts et les ramène au même point.

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