UNE LOI NATURELLE DE LA POPULATION
L'èlrc humain, premier facteur économique. — Conservati.on des deux sexes sans intervention du pouvoir. — Egalité des deux sexes. — La population est le total des existences' d'un pays ou d'un groupe. Elle est comprise entre les naissances cl les décès.
^ Puisqu'il n'y aurait pas de science économique sans humanité, l'être humain est le premier des facteurs économiques. Avant d'étudier les diverses théories relatives à la population, il est nécessaire de montrer les résultats scientifiques acquis.
Ils prouvent, entre autres, que l'humanité se conserve sans l'intervention du législateur. De ceux qui croient à la toute-puissance de la loi, aucun cependant n'a réclamé que les pouvoirs publics réglassent le nombre d'enfants de chaque sexe que devrait avoir chaque famille.
On ne l'a pas plus tenté qu'on n'a essayé de régler d'autorité la périodicité des saisons, le jour et la nuit, la pluie et la sécheresse. On a reculé devant l'évidence de l'impossibilité ; mais si, dès demain, des médecins affirmaient qu'ils ont trouvé le moyen de déterminer la procréation respective des sexes, ce moyen fût-il même hypothétique, soyez certains que des propositions de lois seraient déposées au Parlement ayant pour objet d'obliger les pères et les mères à avoir tant d'enfants
du sexe masculin pour la défense de la patrie et tant d'enfants du sexe féminin pour la reproduction.
Si des économistes s'y opposaient, on ne manquerait pas de les accuser d'être des fatalistes arriérés dans la Contemplation ces Harmonies de la nature de Bernardin de Saint-Pierre.
Cependant, il y a un fait d'expérience universelle ; c'est que l'humanité s'est conservée et augmentée en maintenant, chez les peuples les plus divers, sous les climats les plus variés, dans les conditions de civilisation les plus extrêmes, un parallélisme étroit entre les naissances des deux sexes. Ce fait n'a pas encore reçu d'explication, mais il existe et il est permanent.
En France, d'après le recensement de 1841 qui a été mieux établi que les précédents, nous voyons pour 1.000 êtres humains, 493 du sexe masculin ; en 1896 et en 1901, nous en voyons 494, en 1906 491 ; pour le sexe féminin, nous en avons 507, 506 et 508.
Mais la différence ne peut rester que fort étroite, car les naissances du sexe féminin sont légèrement inférieures. Pour 10.000 êtres humains de 0 à 4 ans, 491 enfants sont du sexe masculin, 904 du sexe féminin, en Angleterre et dans le pays de Galles, on trouve que depuis 1861, date initiale du tableau, le chiffre des enfants du sexe féminin est relativement à 1.000 enfants du sexe masculin au-dessous d'un an (1) :
La différence entre les deux sexes est d'environ 1/2 p. 100 et les variations, au cours des siècles, sont indifférentes.
Chez tous les peuples, nous voyons cette parité à quelques unités près, et la permanence de cette parité des deux sexes (2).
(1) Statistique internationale résultant des Recensements de la Population exécutés dans les divers pays de l'Europe pendant le dix-neuvième siècle, 1899. — Résultats statistiques du Recensement général 1906, T. I, 2' partie, pp. 16 et 27.
(2) Census, 1901, Appendix, A. Table 16.