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ventif. Cependant, il n'a point empêché la population de se développer dans les divers Etats d'Europe beaucoup plus vite au dix-neuvième siècle que pendant les siècles antérieurs.
Le rapport fait, au nom de la Commission de contrôle du Recensement de 1901, par M. Levasseur, contient les chiffres suivants.
Si on représente par 100 le nombre des habitants de chaque pays au milieu du dix-neuvième siècle (période 1845-1855) et qu'on calcule les nombres proportionnels de la population de ces pays au début et au milieu du dix-neuvième siècle, on obtient les résultats suivants :
Période Périiiilf Période
France 78 100 114
Grande-Bretagne et Irlande 57 100 152
Danemark 64 100 179
Norvège 60 100 147
Suède 66 100 146
Autriche » 100 149
Hongrie » 100 145
Suisse » 100 137
Allemagne » 100 159
Pays-Bas » 100 168
Belgique » 100 156
Italie 70 100 136
Espagne 70 100 121
Portugal 83 100 154
Russie » 100 181
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Ce tableau indique l'énorme augmentation de la popu- Iation( quoique, dans aucun pays elle n'ait doublé en vingt-cinq ans ; die n'a même doublé nulle part en soixante ans. C'est la Russie qui présenterait le plus grand accroissement ; mais le premier recensement ne date que de 1897.
II. Si, dans les siècles précédents, la population, remarque M. Levasseur, avait augmenté dans les mêmes proportions, on arriverait à ce résultat qu'au onzième siècle il n'y aurait eu que 2 millions d'habitants en Europe.
La population de la Fi-ance qui, en 1816, comptait pour 21 p. 100 dans l'ensemble de la population des six grandes puissances, ne comptait plus en 1900 que pour 11,2 p. 100 ; mais la population de l'Europe recule relativement à celle du monde.
Le major Craigie constatait qu'en 1830 on comptait environ 192 millions d'habitants en Europe pour une population mondiale de 847 milions, soit 44 p. 100 ; en 1900 on en compte environ 400 millions pour une population de 1.600, soit 25 p. 100.
La direction de la Statistique générale de la France a publié des tableaux et des graphiques sur la mortalité dans les divers pays d'Europe. Ils sont loin de présenter la précision et la concordance des tables établies d'après les groupes des compagnies d'assurances. J'en reproduis deux :
1° Graphique 7 : Proportions annuelles des décès (mort-nés hon compris) par 10.000 habitants par périodes décennales.
On peut dire que depuis 1871, toutes les lignes sont descendantes. Les pays dont on vante le climat ne sont pas ceux qui ont la mortalité la plus basse : c'est, au contraire, la Suède et la Norvège, le Danemark, l'Angleterre. La France a une mortalité sensiblement supérieure.
2° Graphique 8 : Espérance de la vie (en moyenne) à divers âges (en années et en fractions centésimales). Tandis qu'à la naissance l'espérance de la vie est de 50 ans environ pour les trois pays Scandinaves, elle tombe en France au-dessous de 46 ans (1) 1
(1) Tables de mortalité de la population de la France au début du vingtième siècle, par M. Lucien Marcu, chef Uc la 67a-
Graphique 7. — Proportion annuelle des décès (morl-nés noa compris) pour 10.000 habilanls par périodes décennales.
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Graphique 8.
Espérance de vie moyenne à divers âges chez divers peuples, (sexe masculin)
Ces tables sont établies sur l'ensemble de la population. Les périodes qui ont servi à les établir ne sont pas toutes les mêmes. Or la mortalité a considérablement diminué dans ces dernières années. Dans les pays où l'on a pu indiquer plusieurs périodes, on voit que la ligne noire, indiquant la dernière période, est partout plus longue que la ligne hachée, et celle-ci est plus longue que la ligne blanche qui représente la période la plus reculée.
L'espérance de vie moyenne à la naissance dépasse 50 ans pour les trois pays Scandinaves ; elle dépasse 45 ans pour quatre pays, dont la France ; elle dépasse 40 ans pour huit autres pays : elle n'est au-dessous de 40 ans que pour trois pays : l'Autriche, l'Allemagne et elle tombe à 23 ans pour l'Inde, mais la période visée pour l'Allemagne est celle de 1871 à 1881, tandis que celle visée pour la France est celle de 1898-1903 ; il y a une telle décroissance dans la mortalité entre ces deux périodes que les chiffres ne sont pas comparables. Les chiffres de l'Inde indiquent l'énorme mortalité infantile : car à l'âge de 10 ans, l'espérance de vie passe de 23,63 à 34,73. Là l'obstacle répressif comprime la population avec une force qu'il a perdue dans les pays européens.
Ces tableaux prouvent que Vobstacle répressif est affaibli dans tous les pays.
III. Dans les pays européens, c'est l'obstacle préventif qui tend, de plus en plus, à restreindre l'extension de la population.
Si le taux de la natalité ne s'est pas affaibli pour l'ensemble de l'Allemagne, il s'est affaibli pour Berlin.
Le tableau des naissances légitimes à Berlin donne par 1.000 femmes mariées (1) :
Tous les renseignemenst reçus à la Commission de Dépopulation prouvent que la natalité diminue en raison du bien-être des populations et de leurs qualités de prévoyance, si bien que son président, M. le sénateur Ber-
listique générale de la France (et communication à la Société de Stati&tiqUe, 20 juin 1906.) Du même Statistique internationale de la population jusqu'en 1905, un vol. gr. in-8, 1907. (1) Journal des Economistes, avril 1904, p. 79.
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nard finit par dire : « Si l'esprit d'épargne et de prévoyance doit être considéré comme une cause de dépopulation, la conclusion logique, c'est qu'il ne faudrait encourager ni l'épargne, ni la prévoyance (1). »
Graphiqes 9 et 10. — Taux de la nalalilc dans divers pays
Or, l'esprit d'épargne et de prévoyance ne diminuera pas.
Le taux de la natalité en France a été inférieur pendant tout le dix-neuvième siècle à celui des autres pays. Mais en même temps celui des autres pays £. une tendance à se rapprocher de celui qu'avait le taux de la France en 1841-1850.
M. Emile Macquart a fait cette démonstration d'une manière très ingénieuse à l'aide de graphiques. Les branches de l'évei^tail, très écartées au début de la période, se resserrent dans la dernière période (graphiques 9 et 10).
Le taux de natalité le plus fort se maintient en Russie,
La Russie est un exemple de l'obstacle répressif suprême à l'obstacle préventif. Si le taux de la natalité est de 57,5,
(1) 12 avril 1902.
(1) Statistique annuelle du mouvement de la population, Journal Olliciel, 18 juin 1910.
le taux de la mortalité est le plus élevé de tous les pays comparés. Il s'élève à 36,4 et cependant il a baissé. Le taux de la natalité de la France arrive à une telle faiblesse que nous touchons à la stagnation. L'accroissement de la population en France a été de 2,2 p. 1.000 en 1902 ; 1,9 p. 1.000 en 1903 ; 1,5 p. 1.000 en 1904 ; 1,1 p. 1.000 en 1905. L'excédent de naissances sur les décès avait été de 57,026 en 1904, il est tombé en 1905 à 37,120 ; en 1906 à 26.600 ; en 1907, il y a eu un excédent de décès de 19.500 ; en 1908, un excédent de naissances de 46.400 et en 1909 de 13.400.
IV. Conclusions. — 1° La population s'est beaucoup plus développée dans le dix-neuvième siècle que dans les siècles antérieurs ;
2° Le développement de la population est limité par Vobstacle préventif et par Vobstacle répressif ;
3° Dans les groupes aisés, Vobstacle préventif prédomine ; dans les groupes pauvres, Vobstacle répressif ;
4° Le taux de la natalité est en diminution dans tous les groupes avancés en évolution. Si la population de la France est réduite relativement à la population de l'Europe, de 21 à 12 p. 100, la population de l'Europe qui, en 1830, était d'environ 44 p. 100 de la population mondiale n'en représente plus que 25 p. 100.
En cas d'insuffisance des subsistances, c'est l'obstacle répressif qui intervient.