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LES ENCOURAGEMENTS A LA POPULATION

Dans le passé. — Les bourses de Paul Bert. — Primes à la reproduction. — Les dynasties d'assistés. — Formule de Bentham. — Les obstacles économiques. — Insuffisance des ressources alimentaires de l'Europe. — Le Vicaire de Wakefield.

La Malthusian League considère que la diminution de la natalité met la France d'un demi-siècle en avance sur les autres nations. L'Union nationale pour Vaccroissement de la Population affirme que c'est sa ruine. Je considère que l'économie des enfants, vantée par la première, est trop grande, et je ne saurais admettre les propositions de la seconde.

On a rappelé les encouragements donnés à la population par César et Auguste et la loi Papia Poppasa.

Paul Bert eut l'idée de donner des bourses à tous les aînés de sept enfants, comme si tous étaient aptes à devenir des bacheliers, et il ne s'était pas demandé quelle dépense entraînerait cette générosité. En 1896, 290.000 familles avaient sept enfants et au-dessus. Si on avait donné seulement 500 francs à chacune, on ajoutait aux charges du budget 145 millions.

On a proposé d'attribuer les fonctions non à la capacité, mais au nombre des enfants : on créerait ainsi le privilège de la reproduction. M. Delamotte, inspecteur des finances, dit dans sa Note sur les mesures fiscales susceptibles d'influencer le mouvement de la population : « Je n'ai trouvé dans la législation fiscale des pays qui nous entourent aucune mesure ayant ce but avoué. »

Enfin, le sénateur Piot et nombre de médecins ont demandé qu'on distribuât des primes et des secours aux pères de familles nombreuses. Cette passion de créer des assistés est limitée par les possibilités budgétaires.

Je dis « heureusement », car l'expérience nous montre

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à quels résultats arriveraient ces donateurs si généreux aux dépens des contribuables s'ils pouvaient naettre à exécution leurs conceptions.

M. Victor Modeste, ayant dépouillé des registres de l'Assistance publique, a remarqué qu'on y trouvait toujours les mêmes familles, de générations en générations. Il en a conclu : « Les pauvres deviennent plus pauvres, les riches deviennent plus riches. » Telle n'est pas la conclusion qu'il faut tirer ds ce fait ; elle est tout autre. Ce fait prouve que des gens protégés par l'Assistance, habitués à vivre par elle, avec un minimum d'effort, n'essaient pas de s'en dégager ni d'en dégager leurs descendants. Se considérant comme les rentiers de l'Assistance, ils sont convaincus qu'elle a des devoirs à leur égard, en échange de leur soumission et de leur assiduité à demander.

Il ne s'agit pas de faire faire des enfants, car tout enfant qui meurt représente une gestation, des souffrances, des soins inutiles, des dépenses, par conséquent une perte.

Il s'agit de lever les obstacles qui peuvent faire appréhender à des adultes prévoyants de se charger d'enfants : j'ai montré dans mon rapport à la Commission de la Dépopulation les Obstacles Economiques qui s'opposent en France au Développement de la Population (1) : D'un côté, une ration alimentaire insuffisante, et dont le prix est rehaussé par le tarif des droits de douanes pour tous les objets achetés, de sorte que, en admettant que le droit de 7 francs, ne charge que de 5 francs, les 70 millions de quintaux de blé passant sur le marché, les acheteurs de pain supportent une charge de 350 millions de francs ;

D'im autre côté, presque toutes les industries, employant le plus grand nombre d'ouvriers sont tributaires d'industries n'employant qu'un personnel beaucoup plus limité.

La Commission de la Dépopulation a adopté les conclusions que je lui ai présentées.

Sans doute, l'abondance des subsistances ne suffit pas pour supprimer l'obstacle préventif ; mais elle diminue les charges de l'éducation et l'obstacle répressif.

(1) Voir la Comédie Protpclionnistp, fiv. II, p. 92.

l'homme et i.'ol'til 207

Le doublement prévu par Malthus ne s'est produit qu'en trois quarts de siècle ; cependant l'augmentation de la population en Europe, quoique plus lente que celle du reste du monde, y a été plus rapide que la production des subsistances : et si l'Europe Occidentale ne pouvait importer, grâce à ses ressources, des blés de l'Amérique, de rinde, de Russie, de la viande de l'Amérique et de l'Australie, elle serait condamnée à la disette (1).

Toute la législation sociale a pour résultat de diminuer la population. Les lois de 1874, 1892, 1900, sur le travail des ecifants, la loi de 1893 sur l'hygiène des ateliers, les décrets rendus pour prévenir l'abus des forces de l'enfant, les exigences des inspecteurs du travail, engagent les parents à ne pas se charger d'une nombreuse famille qui ne peut constituer qu'une charge pour eux. Les acts de 1867, 1874, ont eu le même résultat en Angleterre, dans les centres industriels, à Bradford, à Leeds, etc. La loi sur les retraites ouvrières est une prime contre la population (2).

Les plus fougueux reproducteurs théoriques n'ont pas encore proposé l'organisation de haras humains. Jusqu'à ce que nous en soyons là, la procréation restera une affaire individuelle ; et nous devrons nous en tenir à ce que Goldsmith disait du Vicaire de Wakefield : « Il avait toujours pensé que l'honnête homme marié, qui élevait une nombreuse famille, rendait plus de services que celui qui vivait seul et parlait seulement de la population. »

(1) Yves Guyot, le Blé et la Viande dans le Monde. Revue du Commerce, de l'Industrie et de la Banque. — Rapport de la population et des subsistances. Société de statistique, 19 avril 11)05. Communications au Congrès de Vhygiène alimentaire, novembre 1906.

(2) Yves Guyot, Les Intérêts Economiques et l'Œuvre socialiste, 1907. — Lucien ATahch, Pour la race, 1910.

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