LE SYSTÈME DES SALAIRES
son salaire ; et les procédés d'un certain nombre d'industriels justifient cette crainte.
M. Waxweiller (1) cite l'exemple suivant emprunté à la Belgique : La paye usuelle est de 3^ francs par jour équivalant à une production de 6 pièces. Des ouvriers qui travaillent aux pièces arrivent à faire 8,8 1/2, 9 pièces par jour, et s'assurent ainsi un salaire de 4 francs, 4 fr. 25, 4 fr. 50. L'employeur se sert alors du « rogriage » (niblling), en abaissant le taux de 0 fr. 35 la pièce, de manière que le revenu journalier soit ramené à 3 francs environ (2 fr. 80 pour 8 pièces, 3 fr. 15 pour 1) pièces).
Dans ces conditions, pourquoi l'ouvrier chercherait-il à augmenter sa capacité de production ? Elle ne présente pour lui que des inconvénients.
III. Au contraire, dans le but d'engager l'ouvrier à donner son maximum d'effet utile, des industriels ont essayé divers systèmes connus .sous le nom de Bonus s]jstem, et, en français, de Salaires à Primes (2).
Oldham, situé à 6 milles de Manchester, est devenu le centre des filatures du monde. On attribue ce succès, non seulement au degré hygrométrique de son atmosphère, mais à l'adoption en 1876, du speed list, du contrôle de la vitesse. Le salaire est calculé d'après un certain degré de vitesse, « 3 draws (courses) en 50 secondes », chaque seconde en moins est ajout.ee au gain, pour la moitié. A Bolton, le contrôle de la vitesse est calculé autrement, mais sur le même principe.
Dans le système des ateliers Willans et Robinson, Rugby, Queens Ferry and Thames Ditton, fabricants de chaudières à vapeur, pratiqué depuis 1891, l'ouvrier travaille à Fheure, sur un prix de base fixé pour une pièce donnée ; supposons qu'il s'agisse de 60 pièces au prix de 1 franc.
L'ouvrier reçoit un ticket dont voici la partie essentielle :
fl) Interprélation sociologique drs salaires, p. 70.
(2) M. Julien Izart, ingénieur civil des mines, a donné un ex- ])Osé de ces systèmes dans une brochure très documentée, intitulée : Méthodes modernes de Paiement des salaires (Dunod, éditeur. — M. Renaud a fait une communicaiton sur le même sujet à la Société d''Economie politique, le 5 avril. Voir le Journal des Economistes du 15 avril l9ll.
Heures passées : 44 ; prix de l'heure : 80 c. . . 35 20 Nombre de pièces achevées : 60 ; prix de la pièce : 1 fr 60 »
Différence 24 80
Prime à toucher de 50 p. 100 12 40
Je certifie que ces pièces sont de boime exécution.
, Le contremaître.
Dans l'exemple ci-dessus, il y avait à faire 60 pièces estimées 1 franc, l'ouvrier était payé 80 centimes l'heure ; en travaillant avec ax'deur, il a passé 44 heures pour exécuter les dites pièces ; le prix de revient de celles-ci est donc 0,8x44=35 fr. 20, soit une différence favorable de 60 — 35,20 = 24 fr. 80. Cette différence, partagée entre la compagnie et l'ouvrier, assure à celui-ci une prime de 12 fr. 40.
D'une part la pièce qui est estimée 1 franc ne revient plus à la compagnie qu'à 79 centimes ,et, d'autre part, l'ouvrier, au lieu de 80 centimes l'heure, aura gagné en réalité 1 fr. 10.
En payant le plus cher possible l'ouvrier, le prix de revient s abaisse dans la limite correspondante.
Le bonus System ne peut être appliqué qu'à une partie des travaux faits même par ceux qui en bénéficient et non pas à la totalité. En 1901, dans une usine, le salaire payé sous le bonus systeni représentait 60,5 p. 100 du total du salaire annuel de 437 ouvriers qui avaient été appelés à en profiter sur un personnel de 939.
Le prix de base adopté provoque certaines méfiances. M. Halsey, directeur de la Canadian Rand Drill C°, lui a substitué un système à primes qui a -pour base un temps étalon pour un produit donné. Si le produit est réalisé phis rapidement, le gain est partagé dans une proportion déterminée entre Vindustriel et le salarié.
MM. J. Tylor et Sons Lted, dans une adresse à leurs ouvriers en janvier 1902, leur expliquaient ainsi le système :
« Un certain travail doit être fait. L'industriel admet, d'accord avec l'ouvrier chargé d'exécuter ce travail, qu'un certain temps, très raisonnable, est nécessaire pour exécuter l'ouvrage. Ce temps est appelé <( tempsétalon » et sera toujours le même pour un même travail.