‹ La science économiqueChapitre 146 sur 210 · II. Les institutions patronales. — Excès de philanthropie · texte numérisé non relu

II. Les institutions patronales. — Excès de philanthropie

III. La participation aux bénéfices. — Les apologies et les encouragements. — L'enquête du professeur Victor Bœhmert.

IV. Le bénéfice. — Difficulté de l'établit^ — Définition de la participation aux bénéfices. — La maison Leclaire. — Le typographe et le journal. — Le bénéRce ne vient ni du travail ni du capital. — // vient de la direction de l'entreprise. — La participation aux bénéfices de l'Etat.

V. La participation aux bénéfices appliquée aux mines. — Impossibilité.

I. Des utopistes bienveillants ont voulu recourir à un .système, très séduisant, autour duquel on a fait beaucoup de phrases, consistant à supprimer les salariants et les salariés et à les confondre dans « l'association de production ».

En 1885, à la suite de l'enquête officielle du ministère de l'Intérieur, le rapporteur disait : « Nous aurons en France, « avant dix ans, 500 associations de production, « ayant souscrit ensemble environ 100 millions de « francs ! »

Le rapport de 1' « Office du travail » de 1897 déclarait « qu'il n'apparaît pas que le mouvement coopératif eût gagné beaucoup de puissance de 1885 à 1895. » Et cependant les associations de production avaient beaucoup demandé à l'Etat.

De 1893 à 1897, 362.000 francs ont été distribués à 139 associations ; la banque coopérative avait absorbé 59.000 francs, 76 sociétés ont touché moins de 2.000.

Le rapport de 1' « Office du travail » montre quelles illusions provoquent et à quelles illusions aboutissent

les subventions de l'Etat. « L'on espère un don de 3 à 4.000 fr. ; le nombre (des demandeurs) est si grand qu'on en touche un tiers environ. » Ces subventions sont « un stimulant puissant à la fondation de sociétés nouvelles. » Seulement, la durée des sociétés n'est que de trois années en moyenne.

Il est vrai, qu'en Franée en 1895, 89 sociétés avaient réparti 2.028.000 fr. de bénéfices ; mais il faut déduire de ce nombre le Familistère de « Guise » qui n'est pas une société coopérative ; les « Lunettiers », vieille association qui comprenait 65 sociétaires, 60 adhérents et 1.375 ouvriers — c'est une organisation très patronale — et aussi des associations de cochers, qui ont gagné 108.000 francs. Si donc on déduit le <( Familistère de Guise », les « Lunettiers » et les « cochers », on arrive, pour ces organisations, à un bénéfice de 697.000 francs, à répartir entre 4.697 parties prenantes, c'est-à-dire a 181 francs pour chacune !

On continue de donner des subventions aux sociétés de production, mais l'Office du travail ne publie plus de rapports sur leur situation.

Tous les efforts de l'Etat en faveur des associations de production, complétés par ceux de » généreux donateurs » ne sont arrivés qu'à des résultats minimes.

Les difficultés de constituer une association de production sont nombreuses et ardues. Même en Angleterre, le pays par excellence des associations, elles n'existent pas. Elles exigent des capacités qu'on ne trouve pas toujours chez ceux à qui est confiée la gestion de ces associations. Toute une série d'actes préalables sont nécessaires : il faut constituer et gérer un capital ; il y a l'organisation de l'outillage industriel qui mettra en œuvre la matière première. II y a l'achat de cette matière première et l'obligation d'en assurer la livraison pour l'avenir ; il y a les débouchés à trouver. Jusqu'à présent, ceux qui auraient dû accomplir ces tâches variées et nécessaires, se sont rarement montrés à la hauteur de la situation, d'autant plus qu'ils ont été souvent gênés par la méfiance de leurs associés. ^ L'association de production représente la confusion des attributions, au lieu de leur spécialisation. Sa conception, partant d'un point de départ faux, ne peut être une solution.

II. A côté des solutions claires et précises, exposées dans le chapitre précédent, on a cherché des solutions (( sentimentales » auxquelles on a décerné le qualificatif de « généi'euses )> et qui ne sont qu'obscures.

Par les institutions patronales, certains employeurs ont essayé de rétablir une forme de servage qui n'a provoqué que des conflits. Quand, ministre des Travaux publics, je dis à la Chambre des députés, à propos de la grève des mineurs de 1891, que les compagnies houillères étaient « coupables d'excès de philanthropie », le mot surprit et choqua. En 1901, un ingénieur des mines de Blanzy en a reconnu publiquement la vérité (1).

Ce système est incompatible avec le développement de la personnalité du salarié. Le contrat de travail doit être précis et dégagé d'accessoires.

TpI produit ou tel service doit se traduire par son équivalent en monnaie.

III. Des personnes, ayant d'excellentes intentions, parlent depuis longtemps de la participation aux bénéfices.

Les unes considèrent qu'elle est un de ces ' palliatif s à l'aide desquels on peut créer des illusions narcotiques qui détourneront les ouvriers du socialisme.

Les autres considèrent qu'elle est une solution de la (juestion des rapports entre salariants et salariés, et ils vont même jusqu'à croire qu'elle supprimera le salaire.

M. Charles Robert a été autrefois le grand protagoniste de la participation aux bénéfices et il allait même jusqu'à demander, en 1899, « qu'aux expositions aucune récompense ne fût donnée, au point de vue technique, si l'établissement qui se distinguait par la fabrication de ses produits ne méritait pas, en même temps, une récompense dans le groupe de l'économie sociale pour la manière dont il aurait traité et rémunéré les producteurs ». « Je demande, disait-il, que de hautes récompenses soient prodiguées à ceux qui se seront convertis et qu'aux médailles des néophytes les plus zélés viennent s'ajouter tous les honneurs dont les gouvernements peuvent disposer en faveur des chefs d'industrie placés sous leur loi. »

Si on n'est pas allé jusqu'à réaliser la demande de

(1) Fifjaro du 14 mai 1901.

M. Charles Robert, toutefois la participation aux bénéfices a reçu tous les encouragements officiels possibles et l'adhésion de certains hommes d'Etat qui pouvaient déterminer les hésitants à la tenter.

Dans le banquet des chambres syndicales ouvrières du 17 juillet 1884, M. Waldeck-Rousseau disait :

« Je crois que bientôt les syndicats professionnels mettront en tête de leurs réformes, au nom de leurs revendications, la participation aux bénéfices dans toute entreprise comme étant la plus juste rémunération du travail. »

En 1898, le Musée social a ouvert un concours qui a provoqué plusieurs ouvrages, mais rien de plus.

Une ligue pour la propagande de la Participation aux bénéfices a été fondée à Paris et a actuellement pour président un homme de première distinction, M. Paul Delombre, ancien ministre du Commerce

Malgré tous ces patronages, ce mode de rémunération du travail ne s'est pas développé. Il n'a pas reçu la sanction de la pratique.

Un professeur, M. Victor Bœhmert, avait fait, en 1878, une enquête sur la Participation aux bénéfices en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Dans une nouvelle enquête faite au commencement du xx^ siècle, il n'a trouvé, dans ces trois pays, que 55 établissements sous le régime de la participation aux bénéfices : 42 en Allemagne, 1 en Autriche, et 12 en Suisse.

Sur les 42 établissements existant en Allemagne, il n'y en a que 9 qu'il eût connus en 1878.

II y en a 69 en France, 50 en Angleterre ; mais le plus souvent cette participation ne se traduit que par des gratifications, et le personnel qui la reçoit, n'est pas admis à en discuter la base (1).

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