‹ La science économiqueChapitre 150 sur 210 · I.A COMMERCIALISATION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

I.A COMMERCIALISATION DU TRAVAIL

déterminé, permettant à l'industriel d'établir son prix de revient.

3° Opérations simples dégagées de tous les détails accessoires.

4 Responsabilité effective de la société contractante pour retard, malfaçon, etc.

5° Assurance directe de ses associés par la société commerciale de travail.

C'est la substitution du louage d'ouvrage au louage de services. C'est un contrat réel qui ne s'applique qu'aux choses, tandis que le second a un caractère personnel ; et une des caractéristiques du progrès économique est la séparation toujours de plus en plus grande de rhomme et de la chose.

Le travail aux pièces est une petite entreprise individuelle, mais l'individu ne peut le plus souvent agir seul. Il s'agit de faire faire le travail aux pièces en gros au lieu de le faire faire en détail.

Le décret du 2 mars 1848, renforcé par les décrets Millerand du 10 août 1899, a interdit le marchandage excepté pour les associations d'ouvriers. Les Sociétés commerciales de travail seront la généralisation du marchandage.

Les entreprises individuelles doivent se composer de plus en plus d'une série de sous-entreprises. Le marchandage doit devenir la règle.

Les sociétés commerciales de travail ne se heurtent en France à aucun obstacle légal. Quelques-unes ont déjà été constituées, et l'une l'a été d'accord avec M. Fallières, alors ministre de l'Intérieur. C'est la Société anonyme à capital variable de composition, impression, expédition et distribution des Journaux Officiels de la République française. Elle fonctionne depuis 1881 ; j'en ai publié les statuts modifiés en 1900, qui peuvent servir de modèle (1). Cette expérience qui continue est décisive.

.l'avais formulé la théorie des Sociétés commerciales de travail, qui complétait celle qu'avaient élaborée les deux célèbres industriels belges MM. Eugène Baudoux et Henri Lambert, dans leur étude sur les Syndicats professionnels et VEvolution corporative, quand M. Gouttes me fit part dune expérience tentée par lui à Toulon,

(1) Yves Guyot, Les Conflits du travail el leur solution, p. 337.

en 1878, dans l'usine Mouraille et C* pour la conslriirtion de quarante wagons pour la marine militaire. On les avait fait en trois mois, alors qu'il avait fallu dix mois pour en faire trente (1).

Au Congrès Ouvrier Socialiste de Marseille, M. Gouttes montra l'avantage de substituer aux associations coopé ratives avec outillage et capitaux d'exploitation des « associations ouvrières de production n'ayant ni outillage ni capitaux d'exploitation. »

Les Trade unions anglaises, américaines, et les Syndi cals français, allemands, belges, sont des associations de combat qui ont pour objet d'emporter les avantage^ de haute lutte avec la grève pour ultima ratio.

Un chef de syndicat d'une ville belge me disait un jour : — Nous avons un million en caisse : il nous faut une grève. Je ne tiens même pas à ce quelle réussisse ; car un échec resserre les rangs des syndiqués.

Un gérant d'une Société commerciale de travail, ayant le gain pour objet, m'aurait dit : — Nous avons un million en caisse, nous l'augmenterons.

Le Syndicat est une corporation de personnes. La Société anonyme de travail est une association d'intérêts ; c'est la forme de groupement qui assure en même temps l'organisation du travail collectif et l'indépendance de l'individu.

Quand la personne, engagée dans la société, a fourni la qualité et la quantité de travail convenues, elle en est aussi indépendante qu'un actionnaire d'une société anonyme, qui a payé son action, est indépendant d'elle.

Dans le Syndicat, société de biens de main morte à titre perpétuel, quand un membre s'en retire ou est exclu, il perd toute sa quote-part de l'avoir social. Dans la société anonyme, il y a toujours droit.

Comme obstacles, les sociétés anonymes de travail rencontrent d'un côté, la méfiance des industriels, d'un autre côté l'hostilité des chefs politiques des syndicats. Cependant on s'en est occupé activement dans certains milieux, et M. Arthur Shadwell, dans son important ouvrage : Industrial Efficiency signale cette combinaison à ses lecteurs en disant : « L'idée est ingénieuse et sédui-

(1) J'ai donné les détails de cette opération danc les Con- [lits du travail et leur Solution, p. 327.

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