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LA COMMERCIALISATION DU TRAVAIL

r. M. G. de Molinari. — Les Bourses de travail.

If. Le salaire est un achat de produits. — Acheter en gros au lieu d'acheter en détail. — Sociétés anonymes de travail. Substitution du louage d'ouvrage au louage de services. — Génér.'ilisalion du marchandage. — Expériences. — Associations de combat et sociétés ayant le gain pour objet.

I. En 1842, M. G. de Molinari, qui a jeté sur les questions économiques tant de vues profondes, publia un article intitulé VAvenir des Chemins de fer, dans lequel il disait : « Le travail deviendra un objet de trafic régulier, il sera coté selon la demande qu'on en fera, et sa valeur s'accroîtra comme s'est accrue la valeur des capitaux à l'époque de l'ouverture des premières bourses. On pourra l'acheter en gros au lieu de l'acheter en détail. » M. G. de Molinari avait complètement raison de vouloir commercialiser le travail.

Il essaya d'organiser une Bourse du travail en Belgique et M. Max Wirth tenta, en 1850, de réaliser la m.ême idée en Autriche. Les deux entreprises ne réussirent pas.

La première Bourse du travail fut ouverte à Paris le 28 avril 1887, au l^"- janvier 1910, il y en avait 145 (1). Elles mettent à la porte les demandeurs de travail, ce qui e.st une manière originale d'en augmenter le cours. Elles ne sont que des agences, entretenues, aux frais des municipalités, pour préparer de candidatures socialistes, ou, sous la direction de la Confédération du Travail, des grèves politiques. Elles se proclament ellesmêmes des agences de la Révolution sociale.

II. En raison de l'économie de l'effort, tout industriel achète ses matières premières en gros : il ne peut con-

(1) Bulletin de l'OHice du Travail, 1910, p. 12T)2.

tinuer d'acheter les produits du travail en détail, et c'est ce qu'il fait, quand il n'entend traiter, selon le conseil de Le Play, qu'avec des individus. Par une singulière contradiction, on le voit dans la grande industrie, au moment d'une grève, renoncer à cette prétention, quand, au contraire, si elle était basée sui une conception exacte, il faudrait la maintenir (1).

L'industriel ne fait qu'une série d'actes de commerce : il achète un outillage, il fait construire ses usines par les entrepreneurs, il achète des matières premières et il vend des produits.

Quel rôle joue l'ouvrier ? L'industriel lui fournit un outillage et des matières premières ; en échange des produits qu'il en reçoit, il lui donne une certaine somme qu'on appelle salaire. C'est toujours nxt acte d'achat, quelque nom qu'on lui donne.

Au lieu de traiter avec chaque ouvrier, ne serait-il pas beaucoup plus simple de traiter avec une Société commerciale de travail qui s'engagerait dans un délai fixé à rendre un produit spécifié ? Ce serait l'achat en gros au lieu de l'achat en détail.

La solution du problème de l'organisation du travail, dans l'industrie, c'est la constitution de Sociétés anonymes de travail ou, si l'on préfère ce nom, de Coopératives de travail. Ces sociétés seraient des sociétés par actions, de manière que chacun de leurs membres fût copropriétaire de l'avoir social. Elles n'auraient d'autre objet que de traiter pour les produits ou les services résultant du travail de leurs membres et de garantir l'exécution du contrat de travail.

La société vendeuse des produits ou des services du travail ne réclamerait pas une participation aux bénéfices d'une autre organisation qui traite avec elle. Ce qu'elle essayerait, ce serait de s'assurer des bénéfices à elle-même.

Elle aurait exclusivement à garantir à l'industriel un approvisionnement de certains produits ou de certains services povu- un laps de temps et un taux déterminés.

1° Achat en gros du travail substitué à l'achat en détail.

2° Garanties de qualité et de durée pour un temps

(1) Voir Yves Guyot, Les ConfliU du Travail.

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