LE TAUX DE L'INTÉRÊT
Valeurs mobilières et capitaux fixes. — Plus-value cl diminution du taux de l'intérêt. — Le taux de l'intérêt au dix-huitième siècle. — Les destructions de capitaux. — Le taux de l'escompte. — Il doit être un baromètre. — Sa fixité fausse les cours. — Une des caractéristiques du progrès économique.
La limitation du taux de l'intérêt empêchait les banques d'élever l'escompte à un taux suffisant pour défendre leur encaisse.
L'act de 1844 dispensa la Banque d'Angleterre de l'appiication des lois sur l'usure, qui limitaient à 5 p. 100 le taux de l'intérêt. En 1857, une loi spéciale autorisa la Banque de France à élever lescompte au-dessus de 6 p. 100.
Que représentent la plupart des valeurs mobilières ? Des capitaux fixes, mines, forges, usines, chemins de fer, etc. La plus-value de ces capitaux est constante, si le progrès économique n'est pas troublé par des destructions de capitaux, résultant de fautes politiques ou d'erreurs économiques. Les valeurs mobilières sont tout simplement des fractions du titre de ces propriétés. Leur plus value serait plus grande qu'elle ne l'est, si elle n'était pas soumise à des perturbations politiques.
La valeur des capitaux circulants diminue. Ils sont trop abondants. Ils cherchent à se transformer le plus vite possible en capitaux fixes. Or, comme nous l'avons établi, une créance représente une copropriété du capital fixe ; une hypothèse est une divi.sion du titre de la propriété. Le créancier devient copropriétaire ; tout prêt sur une hypothèque, toute obligation est un mode de conversion de capitaux circulants en capitaux fixes. Qu'est-ce que la rente française ? C'est une hypothèque prise sur l'ensemble de la richesse de la France, garantie
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par tous ses capitaux fixes ! Les rentiers sont les propriétaires indivis de la fortune nationale.
Par conséquent, l'élévation du prix des valeurs mobilières, actions, obligations, rentes, est tout simplement une des formes de la plus-value des capitaux fixes.
L'abaissement des taux est une preuve de l'abondance des capitaux circulants. Nous retrouvons la loi que nous avons formulée.
Toutefois, voici l'objection qu'on pourrait me faire.
Au dix-huitième siècle, en Angleterre, sous la reine Anne, l'intérêt légal n'était que de 5 p. 100 ; sous Georges III, l'intérêt était tombé à 3 pour 100 ; sous le ministère Walpole, les .consolidés anglais ont atteint le cours de 107 francs. C'est i:)endant le dix-huitième siècle qu'on a vu le taux le plus bas en Europe. Depuis la fin du dix-huitième siècle jusqu'en 1872, il s'est relevé. Ce n est que depuis qu'il a baissé.
Je donne l'objection sous la foi-me la plus caractéristique et les faits avancés sont trop absolus. Mais je les prends pour exacts. Loin de contredire ma thèse, ils la prouvent.
Depuis la fin du dix-huitième siècle, la guerre a con- -ommé d'immenses capitaux ; elle a donc retardé l'accumulation des capitaux circulants, par conséquent leur baisse, et la hausse des capitaux fixes.
Les grands travaux, les chemins de fer ont encore consommé une masse énorme de capitaux ; et tous n'ont pas reconstitué leur pouvoir d'achat.
Les emprunts des Etats européens, américains ou asiatiques ont consommé également d'énormes capitaux, dont beaucoup ont été gaspillés dans des dépenses improductives.
Maintenant, la plus grande partie des capitaux avancés dans les grands travaux sont amortis. De plus, presque tous ont eu pour objet d'augmenter la rapidité de la circulation, chemins de fer, canaux, ports, canal de Suez, etc. Le télégraphe, d'ingénieuses combinaisons de banque, ont accéléré la circulation. Or, plus la circulation est rapide, plus le capital circulant s'immobilise rapidement. De là le mouvement de la hausse des capitaux fixes et de la baisse du taux de l'intérêt.
Le taux de l'escompte qui était en uioyenne de 4,27
pendant la période de 1851-1860, était tombé, pendant la période 1871-1880, à 3,71.
En 1910, la moyenne pour l'ensemble de l'année ressort à 3,52 en Suisse, à 3,72 en Angleterre, à 4,12 en Belgique, à 4,19 en Autriche-Hongrie, à 4,24 dans les Pays-Bas, à 4,35 en Allemagne et à 5,10 en Italie. En France, il reste de 3 p. 100.
Mais si nous n'avions pas eu les guerres hispanoaméricaine, anglo-boer, russo-japonaise, des placements immobilisés en Russie, pour une dizaine de milliards, des gaspillages de capitaux dans de mauvaises affaires, et enfin si nous n'avions pas l'énorme fardeau de la paix armée, qui enlève chaque année à 7 ou 8 milliards de capitaux la plus grande partie de leur pouvoir reproducteur, il est évident que les capitaux fixes auraient une plus grande valeur que celle qu'ils ont et que l'intérêt qu'ils rapporteraient serait inférieur à ce qu'il est.
D'un autre côté, l'activité industrielle ne se ralentit pas et demande sans cesse de nouveaux capitaux. Les directeurs des chemins de fer américains déclarent qu'ils auraient besoin de 5 milliards de francs par an..
Les capitaux engagés par la Grande-Bretagne, dans les affaires des Etats-Unis sont évalués (1) à 18 milliards de francs, et les Etats-Unis, d'ici de longues années, auront à mettre en valeur leur immense territoire : de même le Canada, la République Argentine, le Brésil, la Russie, la Chine, le Japon, ont besoin de milliards. Dans les pays occidentaux, les outillages, les immeubles devront être renouvelés de plus en plus fréquemment ; de là le maintien du taux de l'intérêt à un niveau qui, comparé à celui atteint au xviip siècle, devrait être plus bas.
Mais le possesseur de capital cherchant des placements provoque sans cesse de nouvelles utilisations du capital ; il en sera toujours de même.
Nous retrouvons ici la confirmation de la loi que nous avons constatée en étudiant le rapport des prix des capitaux fixes et des capitaux circulants, quand une société est en progrès. La valeur de l'instrument, de l'outil, du capital fixe producteur de revenu augmente d'une ma-
(1) Voir M. Paish, Communication à la Eoyal SlalisUcal Society, décembre 1910.
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nière relative et absolue : en même temps, la quotité de son produit, le revenu, le taux de l'intérêt, le taux de l'escompte, diminue, mais la somme de ces quotités réunies ne cesse de s'acccroîti*e.
L'augmentation relative et absolue de la valeur du capital fixe producteur de revenu ; la diminution de la valeur relative et l'augmentation de la valeur absolue de ce produit constituent une des caractéristiques du progrès économique.