CHAPITRE VIII
I. Part objective et viart subjective dans les crises. — La loi de Davenant et King. — Formule de M. de Molinari.
II. M. Cl. Juglar. — Confusion entre la cause et la manifestation. — Explications de Sluart Mill. — De M. G. de Laveleye.
— « Excès de production ». — M. Bonamy-Price : diminution des moyens d achat. — M. Paul Leroy-Beaulieu. — Abus de l'émission de papier. — Les mouvements en sens contraire de l'encaisse et du portefeuille. — « L'arrêt de la hausSe du prix. »
— Pourquoi ?
III. La crise de 1847. — Mauvaises récoltes. — La Banque d'Angleterre et la Banque de France. — La crise de 1857. — Production de 1 or. — Mauvaises récoltes. — Activité industrielle. — Chemins de fer. — La guerre de Crimée. — Or et argent aux Etals-Unis. — Débâcles. — Suspension de Tact de 1844. — La Banque de France. — Disette d'or. — Les crises ne sont ni aussi rapides ni aussi régulières que l'indique W. Cl. .luglar. — La crise de 1867. — Importation d'or en Angleterre. — N'élève pas les prix. — .\bsorption de capitaux. — Gaspillages. — La famine du coton. — Mauvaises récoltes. — Les liquidations de 1864. — Le Black Friday. — La suspension de l'act de 1844. — La crise de 1873. — Absorption de capitaux. — Mauvaises récoltes. — Phylloxéra.
IV. Excès de consommation. — Une maucaise récolte est un excès de sonsommation. — La guerre, excès de consommation. — Grands travaux, excès de consommation. — Les capitaux circulants absorbés dans les capitaux fixes ont perdu leur pouvoir d'achat. — Tout excès de production est un excès de consommation. — Les métaux précieux. — La cau.'^r objective des crises est l absorption dans des capitaux lires de capitaux circulants qui ne retrouveront leur pouvoir d nchat que par leur amortissement ou qui le perdent en tout ou en partie.
I. Dans toute crise, il y a une part subjective et une part objective. On l'a dit depuis longtemps : la peur n'est pas dans le danger, elle est en nous. Davenant et King
(1) Cl. Juglar, les Crises commerciales. — Burton, Financial Crises and periods o{ industrial and commercial dépression. —
en forniulèi'ent, à la fin du dix-septième siècle, une loi qui porte leur nom (1).
II. M. Juglar qui s'était fait une spécialité des crises commerciales, dit que « la cause de la crise est l'arrêt de la hausse des prix ». C'est un symptôme, ce n'est pas la cause. L'industriel, acheteur de matières premières qu'il doit payer, ne trouve plus d'acheteurs pour ses produits. Alors il ne peut plus régler la compensation. Il va chercher de l'or dans les banques pour faire des remises à l'étranger. Mais comme l'activité avait été grande, les rései'ves métalliques des banques n'avaient cessé de baisser. Les banques, pour se défendre, doivent relever le taux de l'escompte. << Elles doivent, dit M. Juglar, le faire immédiatement et le maintenir très haut tant qu'on leur demande des espèces, ce qui indique que la crise n'est pas terminée. La période aiguë prend fin très vite et la liquidation peut durer plusieurs unnées. »
Toutes les grandes crises, continue M. Juglar, se distinguent par les caractères suivants : grande prospérité, grand mouvement d'affaires, hausse des prix, liquidation des maisons qui ont succombé et de celles qui étaient trop chargées : voilà l'évolution complète.
Mais pourquoi ces phénomènes se sont-ils produits ?
Stuart Mill a donné l'explication suivante : L'accumulation des capitaux est bornée par le taux des profits qu'ils donnent. Quand ils sont trop abondants, ils cherchent des entreprises qui leur offrent des bénéfices plus forts. Alors se développe une spéculation effrénée qui aboutit à une culbute.
Cette explication de Stuart Mill applique la loi de Malthus aux capitaux. Ils sont trop abondants, ils vont à la destruction. Cette destruction rétablit l'équilibre. A ce compte, les crises seraient un mal nécessaire, pour empêcher le développement indéfini des capitaux. Comme
Toulcs les histoires des banques. — H. Denis, professeur à l'Université libre de Bruxelles, observation sur quelques diagrammes. Dans quelles mesures la Statistique internationale des Jliietuations de l'encaisse peul-elle être utilisée pour apprécier la situation économique ? — Rapport sur la même question par l'ito Canovai, secrétaire général de la Banque d'Italie (Congrès d'oxpansion mondiale, mars 1905). — V. La Collection du Marché financier, par A. Raffalovich.
(1) Voir suprà, p. 107.
il n'y a plus nulle part de besoins à satisfaire, que tous les habitants du globe ont atteint l'extrême limite de leur pouvoir de consommer, il faut qu'il y ait à intervalles périodiques une destruction de capitaux. Les crises sont une purgation !
Des financiers fort habiles ne voient pas la question autrement. M. de Laveleye (1) en 1879 a déclaré que tout était fait en Angleterre, en Belgique, en France, en Hollande, en Italie, en Espagne, qui avait désormais droit à sa paresse légendaire. En Allemagne, les moyens de production et de transport étaient trop considérables et en disproportion évidente avec la clientèle possible du pays. L'humanité n'avait plus qu'à se croiser les bras.
L'Afrique était arrivée à son maximum de puissance de production et de consommation, de même que l'Asie, l'Amérique et l'Océanie. Désormais la production surabondera toujours. II y a trop de moyens de production et pas assez de consommateurs ! La crise de 1877 n'a donc pas été une crise passagère — c'est une crise définitive que le temps ne fera qu'aggraver.
Telle était la théorie développée par un éminent financier. Il ne l'avait pas inventée, du reste ; et on la retrouve tous les jours ; ceux qui ne la formulent pas ainsi donnent des explications embrouillées des crises commerciales, s'accordent avec les protectionnistes, qui, tous, répètent à l'envi : La production surabonde !
M. Bonamy Price, professeur d'économie politique à Oxford, s'est demandé : — Pourquoi la production surabonde-t-elle ? — Parce qu'il y a une diminution des moyens d'achat. Et d'où vient cette diminution des moyens d'achat (2) ?
Il faut se rappeler que le pouvoir d'achat consiste en marchandises à donner en échange et que les métaux précieux ne sont qu'un simple instrument pour échanger des utilités ; mais l'acheteur n'a pu se procurer de la monnaie que par une vente préalable de ses propres marchandises.
Chaque achat avec de la monnaie implique une vente précédente de marchandises pour acquérir de la mon-
(1) Du caraclère de la crise économique actuelle^ Bruxelles,
(2) Praclical polilical Economy.
innée de reprise iHiiiiiiiB cm année de crise.
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