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LES TRUSTS ET LES CARTELS

I. Les li'Lisls et le proleclioiiiiismc. — Les cartels. — Avantages. — L'Economie nationale subordonne l'industrie allemande à lélranrjcr auquel elle {ail des cadeaux. — Vain effort de fixer les prix.

II. L'exemple de la verrerie belge. — M. Henri Lambert. — Résultats du maintien de la concurrence.

I. Gomme conséquence du protectionnisme, se sont constitués les trusts aux Etats-Unis, les cartels en Allemagne. Le but est le même : à l'aide d'un monopole, tuer la concurrence pour augmenter la valeur d'une manière factice.

Aux Etats-Unis, même les plus puissants trusts, comme VUnited States Steel Corporation n'ont pas pu « contrôler » plus de 80 p. 100 de la pi'oduction. Ils ont donc laissé la porte ouverte à la concurrence. Dès qu'ils ont voulu trop majorer leurs prix, elle a fait son œuvre (1). En 1910, VUnited States steel corporation ne « contrôlait » plus que 50 p. 100 de la production.

Comme les trusts se sont établis à l'abri de la protection, les Américains qui veulent les combattre, sans toucher au tarif, ne peuvent qu'amuser les badauds.

Les cartels allemands ont pour but d'augmenter leurs débouchés à l'extérieur en faisant payer leurs produits par l'étranger meilleur marché que par leurs compatriotes. Ce procédé a reçu de la part des Anglais le^nom de Dumping.

M. Arthur Raffalovich a condensé dans un livre intitulé : les Trusts et cartels, les résultats des cartels :

Le cartel qui vend des produits demi ouvrés à l'étranger avec prime, dérobe ces produits à l'industrie de son

(1) Yves Guyot, le Trust du pétrole, novembre 1903. — Les Trusts aux Etats-Unis, Société d'écon. politique, 5 nov. 1902.

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pays. Cette combinaison est surtout préjudiciable aux ouvriers dont l'intervention est d'autant plus grande que le produit est plus lini.

Loin de protéger le « travail national », le cartel donne de Vouvrage aux ouvriers étrangers.

L'industrie allemande surchauffée compte sur l'étranger pour écouler son sui-plus à venir, et elle est ainsi dans sa dépendance. L'Economie nationale de List aboutit à subordonner Vindustrie allemande à Vétranger auquel elle fait des cadeaux (1).

D'après les admirateurs des cartels, quand un cartel s'établit, il tue toute concurrence. On vient de voir comment il provoquait la concurrence extérieure. Il provoque aussi la concurrence intérieure.

Les usines sidérurgiques ont voulu s'affranchir de la tyrannie du cartel des mines, et celles qui l'ont pu exploitent elles-mêmes des mines ; la production des usines non-syndiquées ne cesse d'augmenter.

Les chefs des cartels ont eu soin de répéter qu'il fallait les distinguer des trusts et qu'ils laisseraient la vie aux petits et moyens producteurs. Naturellement le contraire s'est produit.

Dans le bassin de la Ruhr, le syndicat des houilles n'a qu'un seul concurrent, l'Etat qui a acheté des mines de houille.

Tous les protectionnistes ont pour idéal de fixer les prix. C'est une des tâches des cartels. Les prix de divers produits sidérurgiques montrent qu'ils n'atteignent pas plus cet objet que les autres.

Les trusts et les cartels ne peuvent comprendre que certaines sortes d'industries très limitées. En Allemagne, ils sont restreints à huit sortes d'industries.

Les trusts aux Etats-Unis, les cartels en Allemagne n'ont pas empêché le développement des petites et moyennes industries (2).

(1) Lisï, Système national d'Economie politique, 1841, v. l'analyse de ses œuvres dans le Dictionnaire d'Economie politique, par A. Raffalovich.

(2) V. A. Raffalovich, Analyse de l'enquête sur les cartels dans le Marché financier 1905-06 et toutes les années, du Marché financier. — The Industrial Commission of he United States XIX vol., 1902. — The Trust Problem, by professer W. .Tenks, 1900. — Trusts, pools and corporations, edited by thc prof. W.-Z. Ripley, 1906.

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II. M. G. de Leener a publié, au nom de l'Institut sociologique de Bruxelles, un gros ouvrage pour engager les industriels belges à former des syndicats pour majorer les prix. M. Henri Lambert, un des grands verriers de Charleroi, s'est opposé à la formation d'un cartel dans son industrie. Il a bien voulu en exposer les raisons dans un article du Journal des Economistes, intitulé : Les deux régimes (1). Voici quelques-uns des arguments donnés par lui :

« On dit que la concurrence des industriels amènera •la ruine de l'industrie elle-même. C'est un sophisme. La consommation et la demande, résultant du bas prix des produits, auront tôt fait de rétablir l'équilibre.

« Les hauts prix de vente conventionnels favorisent la conservation d'usines fabriquant à un mauvais prix de revient.

« Lorsqu'un produit ne s'écoule plus, cela ne signifie pas que la consommation en est saturée, mais qu'au prix de ce produit, il n'y a pas équilibre entre le pouvoir de production de Vindustrie et le pouvoir d'achat des consommateurs.

« Cet équilibre ne peut être établi que par la réduction de ce prix : l'industriel élargira sa vente ; l'ouvrier intéressé à la grande vente, recevra la somme maximum qu'il soit possible de lui payer ; le consommateur pourra se procurer le produit qui lui manque.

« Vindustrie est une compétition dont le mobile est Vintérêt, mais dont le résultat est le mieux faire au profit de tous et de chacun. La suppression de la concurrence entre les producteurs, c'est au point de vue social, non pas la disparition des inconvénients d'une lutte, mais bien la perte des avantages d'un concours. »

Les faits ont donné raison à M. Henri Lambert. Jamais l'industrie de la verrerie de Charleroi n'a été aussi puissante qu'en 1910. Sa production et son exportation sont en pi'ogrès de 44 % sur celle de 1908, de 18 % sur celle de 1909. A aucun moment, la verrerie belge ne connut le chiffre des affaires actuel.

Mais des maîtres de verrerie ayant affirmé qu'ils pouvaient augmenter artificiellement leurs prix de vente, les ouvriers en conclurent qu'ils pouvaient de la même

(1) UcLobrc l'Jll), i». -JT.

LES TRUSTS ET LES CARTELS àio

façon augmenter leurs salaires ; et comme les premiers ne s'occupaient que d'organiser la coalition en vue de l'augmentation du prix de vente au lieu de se préoccuper du maintien du prix de revient, sur les 4.000.000 de francs de bénéfices réalisés en 1910, les capitaux engagés ne retiendront guère que 1 million pour leur rémunération et pour les amortissements : le reste, 3.000.000 de francs, a été absorbé par les ouvriers sous forme d'augmentation successives des salaires. Il y a là un danger ; les amortissements seront insuffisants : et les capitaux pourraient s'éloigner de cette industrie.

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