I. Les silcermen et les agrariens
II. Les conceptions de MM. Méline, Cauwès et Théry. — La mauvaise monnaie considérée comme prime à l'exportation. — « La hausse des changes favorable aux pays qui la subissent. »
III. Le taux du change en Espagne. — Thèse de M. Jacques Pallain. — Augmentation des prix. — Cours du change et prix du blé à Madrid et à Paris.
I. Loin de moi de nier les efforts des perturbateurs des lois économiques naturelles.
Quelques-uns d'entre eux peuvent y trouver de grands avantages. Les <( Silvermen » savaient fort bien ce qu'ils faisaient, quand ils essayaient de persuader aux agrariens européens de ramener leurs pays respectifs au régime du double étalon. Ils voulaient ouvrir un débouché au produit de leurs mines.
Les agrariens qui s'étaient laissé persuader par eux voulaient donner aussi une plus grande valeur aux produits du sol ; mais ils étaient dupes : car ce n'était pas une plus grande valeur qu'ils auraient donnée à leur blé et à leur bétail, ils auraient tout simplement gratifié leur pays d'assignats métalliques ou lieu d'assignats de papier.
En France, MM. Méline et Théry essayèrent de convaincre leurs compatriotes que la baisse des prix venait de la concurrence que faisaient aux pays ayant une saine monnaie les pays à monnaie dépréciée.
Ils imaginèrent que les choses se passaient de la manière suivante : Un marchand espagnol vend 1.000 francs d'oranges en France. Il fait traite de LOOO francs : mais il va chez son banquier et lui dit : LOOO francs valent 1.300 pesetas. Alors il a son bénéfice sur les 1.000 francs d'oranges, plus une prime de 300 pesetas.
IXi APOLOGISTES DE LA MONNAIE DÉPRÉCILL; ui7
Un Français vend, au contraire, pour 1.000 francs de soieries à l'Espagne. II porte chez son banquier une traite de 1.000 francs ; il reçoit en pesetas 700 francs au lieu de 1.000 francs.
II. M. Méline, les professeurs protectionnistes, comme M. Cauwès, se précipitèrent sur cette théorie. M. Edmond Théry publia, en 1894, un volume intitulé : la Crise des changes, dans lequel il déclarait que « les crises de crédit extérieur et la hausse des changes sont favorables aux pays qui la subissent ». Ce fut un article de foi chez les bimétallistes qui évoquèrent le croquemitaine espagnol et le croquemitaine mexicain. On jjroposa un tarif douanier variable selon le taux du change pour protéger la France contre la prime qu'en Espagne la dépréciation de la monnaie donnait aux objets exportés.
Des propriétaires, des agriculteurs, des gens sérieux qui se croient raisonnables et, en effet, le sont pour beaucoup de choses, des gens d'ordre, déclarèrent solennellement, sous la conduite de hauts personnages politiques et financiers : — Un pays s'enrichit d'autant plus qu'une plus mauvaise monnaie lui donne une plus forte prime pour son exportation. Le régime des assignats est l'idéal.
Et si nous n'avions pas eu pour garde-fou l'Angleterre, M. Méline et ses amis auraient imposé à la France le régime des assignats d'argent.
III. M. Jacques Pallain a voulu savoir exactement comment pouvaient se justifier ces aberrations et il a publié une étude remarquable intitulée : les Changes étrangers et les Prix (1), qui aboutit aux conclusions suivantes :
« Le change élevé, qui dénonce une dépréciation monétaire, ne crée pas en faveur des exportateurs du pays qui la subit, une prime importante et constante.
(( Dans ce cas, le taux élevé du change ne traduit que le rapport variable de deux monnaies ; et celle qui est dépréciée, inexportable, s'accroissant chaque jour, reste dans le canal de la circulation intérieure et est absorbée par une élévation graduelle du prix de toutes les denrées.
(1) Un vol. gr. in-8, 1905. J'en ai donné une analsyc dans la cdilion de la Science Economique.
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« Il ne faut donc pas chercher dans la dépréciation monétaire d'un pays le moyen de développer son commerce, ni y voir une menace pour la nation à étalon apprécié. »
En un mot, contrairement à l'opinion des fondateurs de la Ligue bimétalliste de 1894, de M. Méline, de M. Edmond Théry, des agrariens qu'ils avaient entraînés, la viauvaise monnaie n'est pas une richesse.