‹ La science économiqueChapitre 183 sur 210 · III. Résumé de leur doctrine · texte numérisé non relu

III. Résumé de leur doctrine

I. En Allemagne, la science économique a toujours été considérée comme une science camérale (venant de kammer, la chambre, qui, dès le moyen âge, dans la plupart des pays allemands était chargée d'administrer le domaine et de veiller aux droits régaliens). En 1727, Frédéric-Guillaume I^"" avait fondé, à Halle et à Francfort, des chaires d'économie et de science camérale. L'économie n'était qu'une des formes de l'administration et du fisc. Elle a gardé ce caractère.

L'Ecole historique allemande du droit, qui eut pour chef Savigny, avait pour but d'opposer le traditionnalisme à la Révolution française et à l'école criticiste de Kant. Son premier livre date de 1803 ; son grand traité de Droit romain fut fini vers 1842, et, par une singulière contradiction, il relevait comme un monument au droit germanique, qu'il considérait comme l'expression inconsciente de l'âme populaire. Il protesta contre toute tentative de codifier les lois de la Prusse.

Les économistes qui ont fondé l'Ecole historique tiennent tous plus ou moins de Savigny. En réalité, l'Ecole historico-éthique allemande pourrait s'appeler l'écono-

•'^52 r.V SCIENCE ÉCONOMIOITE

mie atavique. Elle a pour idéal le retour au type ancestral. De Thùnen, List, Roscher, sont nationaux. Roscher dit qu'il y a plusieurs économies politiques, comme il y avait des arithmétiques nationales. Ils se transformèrent en « socialistes de la chaire » quand Roscher, professeur à l'Université de Leipzig qui, en 1843, avait donné le programme de l'Ecole historico-éthique, Grundriss zu Vorlesungen ûber die Staatswirthschaft, fonda l'association de <( la politique sociale », dont le premier congrès eut lieu le 6 octobre 1872, à Eisenach. Il réunissait les professeurs Schœnberg, de l'Université de Tubingue ; Adolf Wagner, professeur à l'Université de Berlin ; Luigi Brentano, alors professeur à l'Université de Breslau, maintenant professeur à Munich ; Hildebrand, d'Iéna. Kniès, de Heidelberg, etc. Schmoller, depuis recteur de l'Université de Berlin, prononça le discours d'ouverture, dans lequel il déclara que « les conditions physiologiques des différentes classes doivent être la base de notre activité réformatrice. Il ne demandait ni la suppression de la liberté industrielle, ni la suppression du salariat, mais il ne voulait pas, par respect pour des principes abstraits, permettre que la soi-disant liberté du contrat aboutît à l'exploitation du travailleur. »

M. Gustave Schœnberg, dans une œuvre collective, Handbuch der politischen Œkonomie (Manuel d'économie politique), M. Adolf Wagner, dans son livre Lehrhuch der politischen Œkonomie, exposèrent les théories du socialisme de la chaire ; mais M. Adolf Wagner a modifié ses premières vues dans de nouvelles éditions de son livre.

Les socialistes de la chaire ont, en France, de nombreux adhérents parmi les professeurs des facultés de droit et les professeurs des universités : MM. Cauwès, Charles Gide, Bourguin, Raoul Jay, Charles Andler, etc.

En Angleterre, ils comptent, entre autres, M. W.-J. Ashley, professeur à l'Université de Birmingham, M. W. Cunningham, professeur d'économie politique à l'Université d'Oxford, qui dit que « comme l'Economie politique ne nous offre aucun savoir qui tienne bon en tout temps et en tout lieu, elle ne nous offre aucun guide j pratique (1). »

(1) The Helativity o{ Economie Doctrine. The Economie JoLirn., mars 1892.

Page 1