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Du reste, ils ne s'entendent pas entre eux. M. Wagner raille « l'école Ethico-historico-psychologico-statisticoinductive » dont les membres se fortifient mutuellement dans leurs idées étroites et font ime coterie (1).
Il a qualifié de « quiétisme historique » le fatalisme satisfait des économistes paléographes et il a raillé cette « science d'archives ». De son côté, M. Schmoller le traite de métaphysicien.
II. Les catheder socialisten parlent fréquemment du libre arbitre, de la (( charité chrétienne », et ils invoquent beaucoup « le sentiment du juste », comme si la <( charité chrétienne » et le « sentiment du juste » pouvaient servir de bases scientifiques.
Ils sont chrétiens, car ils considèrent que la religion est une force qu'ils doivent soutenir, un des piliers de l'édifice social dont ils se constituent les gardiens.
M. Emile de Laveleye, qui a importé leurs doctrines dans les pays de langue française (2), disait, dans un discours prononcé à l'occasion du trois-centième anniversaire de l'Université d'Edimbourg : « Ouvrez d'un côté — à gauche — les économistes, Adam Smith et Stuart Mill, mais de l'autre côté — à droite — ouvrez l'Evangile. Et, si jamais il y a désaccord, suivez avant tout l'Evangile (3). »
Les Allemands ont raison de parler de leur méthode historique comme leur étant propre. M. Schmoller l'a exposée ainsi en terminant le discours inaugural de son rectorat à l'Université de Berlin en 1897 : « Tous les grands biens idéaux de l'humanité, le christianisme, le développement du droit depuis des milliers d'années, les devoirs moraux de l'Etat, surtout comme ils ont été reconnus en Allemagne et en Prusse, nous mènent sur le chemin des réformes que nous avaient montrées les messages impériaux de 1880 et 1890. La science allemande n'a pas fait autre chose que de chercher à asseoir sur de solides bases ces vieux impératifs éthico-religieux et juridico-étatiques. »
Justifier le passé et le présent de l'Empire allemand,
(1) Article de M. Adolphe Wagner dans la Forlnighily Eeview (avril 1907). — Yves Guyot, la Banqueroute du socialisme de la chaire. Journal des Economistes, mai 1907.
(2) Les Socialistes de la chaire, 1870. (.Jj The Scotsman, 19 avril 1883.
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faire l'apologie des conceptions du gouvernement, tel est le rôle de bonne à tout faire que M. Schmoller assigne à la science économique allemande.
« La théorie économique actuelle, dit-il, en est venue à une conception historique et éthique de l'Etat et de la société toute différente de celle qu'avaient formulée le rationalisme et le matérialisme. Elle n'est plus une simple théorie du marché et de l'échange ; elle est redevenue une grande science politique et morale qui a fait à nouveau de l'homme le centre de la science et non plus les biens et le capital (1). »
M. Schmoller, avec l'autorité que lui donnait son rectorat, avait soin de prévenir qu' « un pur disciple d'Adam Smith ne pouvait être un professeur utile » et que, par conséquent, il devait plier sa science aux exigences de la politique sociale du gouvernement ou « renoncer à sa chaire ».
La science économique doit être « nationale ». Les catehder socialisten, les socialistes de la chaire, Held, de Bonn, Hildebrand, d'Iena, Kniès, de Heidelberg, demandent tous une plus forte intervention de l'Etat en matière économique, (( pour fortifier l'esprit public )>, dit M. Held, qui ne s'aperçoit pas que plus l'Etat est fort, plus l'esprit public est faible. M. Wagner est allé jusqu'à nier pour l'individu le droit d'aller et de revenir, de changer de résidence d'une commune dans une autre, de se marier sans autorisation ; il admettrait, avec Mario et Schoeffle, que l'Etat pût fixer le nombre des ménages et le nombre d'enfants par ménage. Il oublie d'indiquer le moyen d'obtenir ce dernier résultat.
Les Anglais considèrent qu'un Hindou, qui veut s'engager comme coolie, est incapable de faire un contrat valable avec un blanc et, en vertu de leur droit de race supérieure, de conquérants du pays, s'étant donné pour mission d'assurer à leurs gouvernés un minimum de protection, ils interviennent. MM. Wagner et Schmoller traitent une partie de leurs compatriotes allemands comme les Anglais traitent les Hindous. Les jugeant incapables de stipuler pour eux, ils entendent leur donner des tuteurs. Soit. Dans l'état de la civilisation de l'Allemagne, ils ont peut-être raison ; mais comment ces Allemands, si pleins d'orgueil national, se résignent-ils à at-
(1) Discours à l'Univ. de Berlin, Irad. fr., p. 317.
r, ixor.r. insionico-rTiiiouE So'j
tribuer cette infériorité au plus grand nombre des citoyens allemands, cependant investis du droit de suffrage depuis 1867 ? Et comment admettent-ils, pour le même homme, la capacité d'intervenir dans les affaires publiques et l'incapacité de stipuler dans ses affaires personnelles ?
Dans la session de l'Institut international de statistique à Berlin, en 1903, j'ai entendu M. Wagner invoquer, à propos de l'étude de la répercussion des droits de douanes, l'autorité de Bismarck comme présentant un caractère d'infaillibilité devant lequel tout statisticien devait s'incliner.
Les catheder socialisten qui se mettaient au service de M. de Bismarck, qui ont institué avec lui le système des assurances allemandes, qui sont tout dévoués aux conceptions mobiles de l'empereur actuel, et les socialistes, que Lismarck poursuivait et que l'empereur a dénoncés dans ses discours d'Essen et de Breslau, ont au fond la même conception du rôle économique de l'Etat.
Seulement, les premiers veulent appliquer les forces de l'Etat au profit des gouvernants actuels, en subordonnant les salariés à un socialisme bureaucratique et policier ; les autres les revendiquent pour ceux qu'ils espèrent voir arriver au pouvoir dans l'avenir.
Les uns et les autres ont la même doctrine et ne pensent qu'à constituer ou à déplacer des privilèges.
Leurs conceptions et leurs pratiques n'ont rien de commun avec la science, qui a pour objet la recherche de la vérité.
En fait, les catheder socialisten veulent donner aux universités le rôle d'instituts Pasteur destinés à la prophylaxie du socialisme démocratique. Ils veulent vacciner avec leur socialisme filtré et dilué les ouvriers et les mécontents qui en sont atteints. Résultat : 3 millions de suffrages socialistes aux élections de 1903 et si, aux élections de 1907, le nombre des députés a été ramené de 79 à 43, le chiffre des suffrages a été de 240.000 en plus.