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LA GUERRE ET LES VÉRITÉS ÉCONOMIQUES

Pendant et depuis la guerre, certaines personnes disent sentencieusement :

— La guerre a été la faillite de la prétendue science économique.

— Vraiment? et pourquoi?

— Les économistes avaient dit que la guerre était impossible.

— Qui? Vous ne pourriez même pas nommer, parmi ceux qui ont dit cette absurdité, M. Frédéric Passy, titulaire du prix Nobel comme pacifiste. Il avait prévu la guerre comme possible et affirmé la nécessité d'être prêt à la défense.

— Est-ce que vous prévoyiez que la guerre durerait plus de quatre ans?

— Non; mais, sauf lord Kitchener, y avait-il un militaire qui lui assignât une durée de plusieurs années? Ce n'est pas là une question économique : c'est une question de stratégie et de tactique; et s'il y a eui à cet

égard des erreurs commises, elles appartenaient aux chefs des armées et aux hommes d'Etats beHigérants.

La science militaire ne peut avoir recours à l'expérience : elle ne peut invoquer que des faits passés, plus ou moins exactement connus; au moment où elle est appliquée, elle engage des expériences nouvelles qui ont pour sanction la défaite ou la victoire.

— Les économistes prétendaient que la guerre coûterait trop cher et que les peuples ne pourraient pas la supporter.

— Ils ne se trompaient pas sur ce point : la guerre a porté la ruine dans toutes les nations. Elle n'a été soutenue financièrement que par des moyens factices malheureusement trop connus, tels que l'inflation de la circulation fiduciaire.

— • Mais est-ce que la loi de l'offre et de la demande n'a pas disparu?

— Autant vaudrait dire que les obus envoyés par la grosse Bertha ont supprimé la loi de la pesanteur. Une loi scientifique est prouvée par ses sanctions inévitables et rapides; et chaque jour nous éprouvons celles de la loi de l'offre et de la demande.

— Les lois naturelles ne dépendent pas des circonstances. Le régime des confiscations supprime l'offre, exalte la demande et provocjue des prix de famine. Quelle est la monnaie qui a perdu son pouvoir libératoire à l'égard de l'étranger? La monnaie de papier. Et pourquoi? Parce que plus elle est offerte largement, moins elle est demandée. C'est le jeu même de la loi de l'offre et de la demande.

Non. La science Economique n'a pas fait faillite pendant la guerre et, parmi les gens qui se sont trompés, on ne peut signaler les économistes.

Le Journal des Economistes n'a pas cessé de paraître; et le rédacteur en chef du Monde Economique, M. Robert Doucet, à la fin de la guerre, signalait la justesse de ses prévisions et de ses avertissements. Je puis lui rendre la même justice ainsi qu'à Paul Leroy-Beaulieu, directeur de l'Economiste Français jusqu'à sa mort survenue à la fin de 1917, et à André Liesse qui lui a succédé. Je puis encore invoquer l'exemple de la Société d^Economie Politique qui a tenu régulièrement ses séances depuis 1914 comme en temps ordinaire, d'abord sous la présidence de Paul Leroy-Beaulieu, puis sous la

mienne; aujourd'hui, sous celle de M. Raphaël-Georges Lévy.

De toutes les discussions qui ont eu lieu s'est dégagée la confirmation des grandes vérités économiques, produites par l'Economie politique dite classique, non cristallisée, mais complétée et modifiée par les observations et les études qu'elle a préparées et provoquées (1).

(1) V. Yves Guyot : Les causes et les conséquences de la guerre, un vol. in-8, 1915. La province rhénane et la Westphalie, un vol. in-8, 1915. Les garanties de la paix, 2 vol. m-16. 1918.

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