POUR LA CHERTÉ
Dangers de la déflation. — Contre la baisse des prix. — L'exemple de l'Allemagne. — Les ouvriers et les hauts prix. — La peur de l'absurde.
— La déflation, y pensez-vous? Aussitôt ce sera la baisse des prix, la diminution des revenus-, la diminution des recettes de l'Etat, l'impossibilité de payer les budgets, de rembourser la dette.
— La baisse des prix? Si c'est un mal, pourquoi le gouvernement poursuit-il les gens qui cherchent à maintenir et à augmenter la hausse des prix? Pourquoi envoie-t-il devant les tribunaux ceux qui y parviennent et pourquoi des magistrats sont-ils obligés de chercher à établir un « juste prix », un « prix normal », sans tenir compte de la loi de l'off're et de la demande?
— MaLs le gouvernement est partisan du maintien des hauts prix puisque, au moyen des coefficients, il double, triple, quadruple, quintuple, sextuple, décuple les droits de douane du tarif de 1910 et qu'il n'a pas encore complètement renoncé aux prohibitions. L'agriculture réclame des hauts prix. Avec les hauts salaires, l'industrie réclame des hauts prix. Le gouvernement doit comprendre qu'il ne peut abaisser les prix.
— Alors, le gouvernement doit chercher à augmenter la dépréciation de la monnaie fiduciaire qui, en augmentant le taux du change, vient compléter les coefficients d-es droits de douane.
— Le taux du change est utile contre l'importation et pour l'exportation. Voyez l'Allemagne.
— L'Allemagne importe plus qu'elle n'exporte. Elle a besoin d'importer du coton, de la laine, des minerais de fer, du cuivre, et des objets d'alimentation. Le 4 août, le froment valait, en Angleterre, de 5 à 60 sh. par quarter. La livre sterling était cotée de 3.210 à 4.000 marks.
— Mais si les prix baissent, les agriculteurs seront ruinés. Les fermiers ne pourront pas payer leurs baux.
— Les fermiers ont fait des bénéfices, mais leurs propriétaires n'en ont pas profité, et les baux n'ont pas reçu de fortes augmentations. J'en connais même qui n'en ont reçu aucune,
— Mais la main-d'œuvre a augmenté!
— Oui, les ouvriers sont comme vous. Ils sont pour les hauts prix quand ils reçoivent, et vous les entraînez aux hauts prix. Ils consultent les index numbers. Ils calculent l'augmentation de leurs salaires d'après l'augmentation du prix indiqué par les index numbers : et ils considèrent que l'augmentation doit être au moins égale; et, s'ils le peuvent, ils exigent qu'elle soit supérieure. Mais, en même temps, cette comparaison a pro.voqué un motif de mécontentement chez les ouvriers. Ils constatent que l'augmentation de leurs salaires ne vient jamais qu'après l'augmentation des autres objets. En Allemagne, ils prétendient que les bénéfices réalisés par les industriels proviennent du délai existant entre lé prix de revient des objets à vendre et le moment de l'augmentation de leuTs salaires.
Le quarter égale 217 kil. 1/2. Au prix de 60 sh,, soit 3 liv. st., il aurait donc valu, en prenant le cours minimum die 3.200 marks, 6.600 marks, soit plus de 30 marks par kilo : Le 25 août, le cours de la livre sterling a oscillé entre 8,000 et 11,000 marks, et la cotation finale a été de 9.000 marks, soit plus de 120 marks par kilo. Vers le 23 mars, les Allemands ont acheté du blé à 46 sh. 4 1/2 d.; la livre sterling valait de 97 à 98.000 marks, le quarter leur revenait à 212.400 marks. Voilà un haut prix, à coup sûr, qui défend l'agriculteur allemand contre le blé étranger, mais condamne ses compatriotes à ne pas manger de pain de froment. Désirezvous le même régime pour la France?
— Ah! non, c'est exagéré,
— Mais vous m'avez dit tout à l'heure : Voyez l'Allemagne! Pourquoi reculez-vous? Où est la limite de votre haut prix? Si les hauts prix sont favorables, ils ne doivent être jamais assez hauts. Si vous trouvez que l'inflation est utile pour les maintenir, vous devez encore la trouver bien plus utile pour les élever. C'est la conséquence logique de la politique protectionniste qui a pour but de mettre un embargo sur tous les produits
étrangers qui peuvent faire concurrence aux produits nationaux.
— Nous voulons leur réserver le marché national.
— C'est pour cela que vous vous félicitez du change déprécié. Vous n'avez pas pu supprimer les moyens die transport, combler les ports, couper les chemins de fer aux frontières, de manière à mettre vos compatriotes et vous en état de bloous. Mais vous avez le change; seulement, vous êtes timides et illogiques. Ce qu'il vous faut, c'est une inflation qui perde tout pouvoir d'achat.
— Je proteste.
— Vous avez peur de l'absurde où vous conduit votre thèse : votre protestation est sa condamnation.