LA DÉFLATION ET SES OPPOSANTS
La solution de l'inflation. — Trois moyens : 1" la déflation; 2° la dévaluation; 3° la banqueroute totale. — Le mouvement de février 1921. — Les motifs. — Projets parlementaires. — M. Aubriot et M. Painlevé. — Pour les travaux publics. — Les protectionnistes.
Il faut procéder à Ja déflation. Le crédit d'un pays ne peut être complètement rétabli qu'après la disparition du dernier billet de papier monnaie.
Pour revenir à la saine monnaie, un pays n'a que trois issues : 1° la voie dure, qui mène à la reprise des paiements en espèces dans un temps plus ou moins long; 2° la dévaluation, qui comporte l'affaiblissement de l'ancienne monnaie, soit qu'on en conserve soit qu'on en change la dénomination; c'est une forme de banqueroute; 3° la banqueroute totale.
Certains inflationnistes ont des ressauts. En France, ils ont essayé de faire abroger la loi du 31 décembre 1920 relative aux remboursements à la Banque de France. Aussitôt promulguée, ils l'accusèrent d'avoir provoqué une baisse des prix : c'était trop tôt puisqu'elle n'était pas entrée en application. Ils l'accusèrent d'avoir diminué les moyens de payement; et le remboursement de l'Etat à la Banque ne devait commencer qu'à la fin de l'année. A la Bourse de Paris, le 21 février 1921, l'opinion était en ébullition, et cette ébullition avait gagné certains grands industriels et certains membres du Parlement. Ils ne demandaient pas l'abrogation de la loi, mais ils demandaient une nouvelle émission de 10 milliards. Pourquoi ces modestes 10 milliards? Pourquoi pas 20, pas 50, pas 100, si le papier monnaie suffit pour créer de la richesse?
Les hommes de bourse ne voyaient qu'une hausse de deux ou trois liquidations dans lesquelles ils tâcheraient
de se débarrasser avec profit de certaines de leurs valeurs et d'écouler leur stock en tout ou en partie : les députés trouvaient, dans l'émission d'une dizaine de milliards de billets de banque, un moyen d'équilibrer le budget sans impôts et ils ajoutaient « sans emprunt », n'ayant pas compris que ce qu'ils proposaient, c'était un emprunt forcé. Un député, M. Aubriot, soutenu par M. Painlevé, ancien ministre et membre de l'Académie des sciences, proposait de supprimer la plus grande partie de la dette par l'émission de billets montant à 160 milliards. Un autre député, M. Bringer, demandait à l'Etat d'entreprendre des travaux publics se chiffrant par milliards de francs à l'aide de nouvelles émissions de billets de banque; et cette proposition rencontrait des sympathies.
Un autre député, à qui Ton opposait le chiffre de 37 milliards de billets de banque en circulation, répondait : « C'est très simple. Il faut autoriser la Banque de France à émettre de nouveaux billets pour rembourser les anciens! »
Enfin, de nombreux protectionnistes réclamaient le •maintien et l'augnî'entation de l'inflation, les uns pour assurer le haut prix des produits agricoles et industriels, les autres comme donnant des primes à l'exportation, en même temps qu'ajoutant un formidable coefficient aux droits de douane.
Ils allaient jusqu'à dire que la convention concernant cette nouvelle émission était signée. Il fallut une note précise de la Banque de France, publiée le 3 mars, pour mettre fin à ce mouvement.
Mais s'il n'y a plus guère d'inflationnistes osant demander de nouvelles émissions, il y en a de nombreux qui combattent la déflation en invoquant deux motifs : 1° la nécessité de maintenir la hausse des prix; 2° le danger du manque des moyens de paiement en cas de mise au pilon des billets de banque.