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LA MONNAIE ET L'ÉTALON MONÉTAIRE

Instrument de paiement. — Commun dénominateur des valeurs. — Préjugés. — Apologie du troc. — Le paiement d'un concert aux îles Hervey. — Qualités d'une bonne monnaie.

— Le volume de l'or dans le monde . — John Stuart Mill el l'embarras de la ménagère. — Définition d'Arislote-Michel Chevalier et Stanley Jevons. — Les pièces de monnaie sont de petits lingots, de types déterminés, dont le poids el le titre sont certifiés. — La loi de germinal an XL — Etalon monétaire. — Monnaie d'appoint et billon. — L'étalon monétaire a un pouvoir iuridique propre indépendant du métal. — Erreur de J.-B. Say. — L'étalon ne fixait pas le prix de l'argent hors de la frontière, mais il le fixait dans le pays où il était admis. — L'étalon monétaire établit un prix prototype auquel tous les autres sont ramenés. — Il est une mesure fixe. — Une chose ne peu pas hausser ou baisser de valeur par rapport à elle-même. — L'étalon monétaire est indépendant du métal. — Il peut n'être qu'une monnaie de compte.

— Exemples : la livre tournois et le franc depuis 1865.

J'ai dit que le rapport des utilités entre elles exprimé en monnaie s'appelle le prix. Mais quel est le rôle de la monnaie ?

1° C'est un instrument de payement.

2° C'est un commun dénominateur de valeurs ; de là, tant de préjugés groupés autour d'elle.

Certains communistes et socialistes de 1840 rendaient la monnaie responsable de tous les maux. Dans les réunions publiques de 1868 et de 1869, j'ai entendu lancer

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(le furieux anathèmes contre la monnaie. Il paraît qu'en Angleterre certains membres de la Chambre des communes partageaient encore, à une époque récente, des préjugés analogues ; car l'un d'eux, raconte M. Stanley .levons, disait : « Je ne m'étonne pas que le peuple soit pauvre, puisqu'il y a insuffisance de pièces d'un shilling et de 6 pence, et que le seul montant des taxes et des impôts payés dans une année dépasse la somme totale (le petite monnaie circulant dans le royaume. »

Les échanges ont commencé par le troc, puis les hommes ont cherché un équivalent par lequel chacun pourrait se procurer les objets de son désir.

Ils ont fait servir à cet usage, les bœufs à Athènes, les fourrures en Sibérie et au Canada, le thé dans la Tartarie chinoise, les clous en Ecosse, le blé et le tabac dans les anciennes colonies anglaises de l'Amérique, des co- ([uilles dans l'Amérique du Nord et aux Indes, des cauris sur les côtes de Guinée, des bouts de paille dans les |)OSsessions portugaises d'Angola, le sel à Sumatra, au Mexique, dans certaines régions de l'Afrique, etc.

Wolowski a cité la spirituelle lettre d'une artiste lyrique payée en nature dans les îles Hervey (de l'Archipel Cook) (1) : « J'ai encaissé pour ma part des huit cent seize billets pris hier soir : trois porcs, vingt-trois dindons, quarante-quatre poulets, cent-vingt boisseaux de bananes, cent-vingt citrouilles, mille cinq cents oranges. Mais comment revendre, comment monnayer tout cela ? Consommer la recette ? mais relis un peu, chère tante, ce qui m'est revenu hier pour ma part, et songe un peu à ce que la pauvre Zélie pourrait faire d'un pareil menu.

(( On me dit qu'un spéculateur de l'île voisine, appelée ]\Iangéa, doit venir demain pour nous faire des offres en espèces, à mes camarades et à moi. En attendant, pour tenir nos porcs en vie, nous leur donnons à manger les citrouilles ; les dindons et les poules nous dévorent les bananes et les oranges, de sorte que, pour maintenir sur pied la partie animale de ma recette, je dois lui sacrifier tout le végétal. »

Cette lettre montre, par antinomie, les qualités exigées pour une bonne monnaie : elle doit être une mar-

d) Notes du Traité des monnaies de Copernic.

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chandise homogène ayant une valeur par eJlë-raême, sous un petit volume, être très divisible, toujours identique, inaltérable et d'un transport facile. L'or et l'arqu'on appelle les métaux précieux, sont les deux métaux qui ont le mieux rempli ces conditions.

John Stuart Mill conseille d'examiner l'embarras qu'on éprouverait si l'intermédiaire de la monnaie venait à être supprimé. D'aboi'd, plus de commune mesure de valeur : les ménagères seraient bien embarrassées tous les matins pour estimer leurs achats.

C'est fort utile de savoir combien de blé on peut acheter pour 1 livre d'argent, et combien de cire pour la même quantité d'argent. La marchandise choisie, comme le dit fort bien E. Stanley levons, devient ainsi un covimun dénoniinùtettr ou ime commune viesure. des valeurs (1). Aristote a fort nettement indiqué l'origine et le caractère de la monnaie :

(( On convint de donner et de recevoir dans les échanges, ime matière qui, utile par elle-même, fût aisément maniable dans les usages habituels de la vie : ce fut du fer, par exemple de l'argent, ou telle autre substance dont on détermina d'abord la dimension et le poids, et qu'enfin, pour se débarrasser d'un continuel mesurage, on marqua d'une empreinte particulière, signe de sa valeur, ou plus exactement de son poids et de son titre (2). »

Parmi les définitions récentes, nous citons celle de M. Michel Chevalier, complétée par M. Stanley levons, qui nous paraît fort exacte : <( Les pièces de monnaie sont des lingots dont le poids et la pureté sont garantis par l'intégrité de dessins imprimés sur les surfaces du métal. »

On plus simplement : Les pièces de monnaie sont de petits lingots, de types déterminés, dont le poids et le titre sont certifiés.

La loi du 17 germinal an XI dit simplement : <( 5 grammes d'argent au titre de 9/10 de fin, constituent l'imité monétaire qui conserve le nom de franc. » Elle ne dit pas que cette pièce vaut 1 franc. Et quant au louis d'or, elle se borne à dire : « Les pièces de 20 francs seront à la taille de cent cinquante-cinq pièces an kilogi-amme. »

(1) La Monnaie. ,

e?) Politique, liv. I, chap. TH.

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