‹ La science en ballonChapitre 8 sur 9 · TÉLÉGRAPHIE AÉRONAUTIQUE · texte numérisé non relu

TÉLÉGRAPHIE AÉRONAUTIQUE

Il paraît que des expériences aérostatiques ont bien eu lieu au camp de Ghâlons comme nous Tavons indiqué page 108. Mais des< renseignements plus complets nous font croire qu'elles ont eu pour but des essais de télégraphie aéronautique et militaire dirigés par M. Eugène Godard.

Nous savons, en effet, que cet habile aéronaute a inventé un système complet pour transmettre des signaux de jour et de nuit avec des tableaux ou avec des lanternes. Nous avons vu fonctionner sous les hangars de M. Flaud la télégraphie nocturne de M. Godard de la façon la plu^ satisfaisante. 11 est clair qu'en ballon le succès serait le même. M. Godard se servait au moins alors de feux colorés.

Des expériences analogues ont eu lieu aux États-Unis, pendant la guerre de la sécession, avec cette difiérence que les officiers Yankees n'employaient que des feux d'une seule couleur. Un feu fixe servait de point de repère, un autre mobile donnait par sa direction différents signes alphabétiques.

La rapidité de la transmission était très-grande ; mais les Yankees n'avaient pont songé à faire usage de ballons pour enlever leurs signaux à de grandes hauteurs. Nous engagerions d'employer la lumière électrique qui mènerait les signaux à des distances très-grandes, moindres cependant qu'on

ne le croirait. Il est' inutile de faire remarquer qu'en ajoutaut un télégraphe aérien à un ballon on peut donner des ordres à une armée en marche sur un district immense.

On ajoute que le ballon de M. Eugène Godard sera mu par un treuil mobile sur un chariot suivant Tétat-major.

Nous ne savons ce qu'il y a de vrai dans la seconde partie de nos renseignements^ mais nous ne pouvons que répéter ce que nous avons déjà dit d^avantageux sur cette disposition dans notre cours public de navigation aérienne. Nous avons TÎvement conseillé d'adopter ce système. En effet^ les ballons captifs peuvent servir encore mieux à correspondre avec les différents corps de troupe d'une même armée qu'à aperce- Toir un ennemi qui cherche à dissimuler sa présence.

11 est clair, pour ne citer qu'un exemple sur lequel nous ne saurions trop souvent revenir^ qu'avec un ballon pour indiquer la situation de son quartier général^ Napoléon P' n'aurait pas couronné Austerlitz par Waterloo.

Première ascension de rUnion.

La première ascension de V Union, dont nous avons indiqué la construction (page 118), a été exécutée par M. Mangin, à la fête de St-Cloud, sur la place d'armes de cette ville, le jeudi 17 septembre dernier.

Cet aéronaute était accompagné de H. Rosé^ inventeur du procédé de couture, et M. Berthaud, fabricant de vernis, qui Tavait aidé dans la construction de son aérostat. Un violent orage qui a éclaté une heure avant le départ a fortement éprouvé la solidité du ballon qui recevait son baptême aérien. L'ascension eût été impossible sans le dévouement d'un grand

nombre de volontaires qui ont tenu les cordes au milieu d'une pluie battante.

Il est juste de dire qu'ils avaient eu Tintelligence de se pla* cer du côté de la Tête Noire, de sorte que le vent qui soufflait du Parc jetait les toiles au-dessus d'eux. Tout le lest attaché au filet et aux cordes d'équateur servait de contre-poids du côté opposé.

1/aérostat s'est détaché de terre à 5 heures të minutes; il s'est dirigé, avec une vitesse assez grande, du côté du nordest. Aussitôt qu'il s'est trouvé au-dessus de la Seine, il s^est abaissé d'une quantité assez notable pour effrayer les spectateurs qui croyaient à un accident. Mais cet effet dû à la condensation de vapeurs invisibles se produit toutes les foisrque Ton passe au-dessus d'un bois ou du lit d'un fleuve de dimensions notables. Les débutants doivent faire attention à cette circonstance qui, dans certains cas, peut devenir dangereuse*

Nous saisirons cette occasion pour engager les aéronautes expérimentés à ne point marchander le lest^ s'ils tiennent à recueillir les applaudissements des spectateurs. A tort ou à raison, le public ne considère une ascension comme tout a fait réussie que lorsque Ton s'élève avec une rapidité foudroyante.

A peine l'aérostat VUnion s'est-il trouvé à une hauteur d'un millier de mètres qu'on l'a vu refléter les feux du couchant avec une vivacité extraordinaire ; on eût dit qu'il était teint en rouge par des feux de Bengale. Cet effet s'explique de la même manière que l'éclat que prennent quelquefois les vitres qui reflètent les derniers feux du soleil. Il prouve que la coloration des nuages, qui se teignent quelquefois en rouge à ce moment, peut tenir à un effet de même nature !

Un peu avant de disparaître^ les passagers du ballon ont re-

marqué un arc-en-ciel visible du côté de Porient^ incliné sur rhorizon d'un angle de 45» environ, et paraissant descendre jusqu'à terre. Le sommet de Parc se trouvait au niveau des observateurs. En se tournant du côté de Toccident, tous trois ont remarqué un phénomène associé au précédent : c'était un trait rectiligne de lumière blanche parallèle aux branches latérales de Tarc-en-ciel, beaucoup plus lumineux, d'un diamètre apparent égal à celui de la lune, partant du point où le soleil venait (le disparaître, et se rendant jusqu'à la couche inférieure des nuages au milieu ^lesquels se trouvait alors l'aérostat. Cette colonne de lumière provenait probablement d^une éclaircie dans les nuages qui laissaient passer un faisceau de rayons solaires. C'est à elle que Ton devait le beau phénomène qu'admiraient en ce moment les voyageurs !

Pendant les six quarts d'heure qu'il est resté en Pair dans une atmosphère très-agitée, V Union a traversé deux séries de nuages orageux. Ils étaient blanchâtres et filandreux comme des rubans de fumée. La^ surface des nuages était crevassée mais à pointes mousseuses, et l'intérieur était rempli par une pluie torrentielle ; on entendait le bruit des gouttes comme quand de la grêle tombe sur une vitre. On voyait de temps à autre des lueurs blafardes, mal définies, peu lumineuses, analogues à Péclair d'un coup de canon vu à quelque distance. Ces éclairs n'avaient pas de direction précise. M. Mangin a senti à chaque fois une petite vibration dans les toiles de l'aérostat, mais il n'a éprouvé aucune secousse physiologique. L'air 'n'était point odorant. La boussole n'éprouvait aucune trémulation semblant devoir être rapportée à Pélectricité atmosphérique; mais comme le ballon pirouettait constamment, il est possible que ces effets aient été dissimulés.

A 7 heures 10 minutes, M.Mangin a ouvert la soupape pour

effecluer sa descente. L'eau contenue dans Tépaisseur de la couronne de la soupape est passée par le clapet et a donne une douche aux voyageurs. Cet effet désagréable peut être évité en bombant les deux clapets de la soupape. L'eau qui se logerait dans les joints^ si Ton prenait cette précaution^ ne pourrait plus acquérir un volume inquiétant.

A 7 heures 12 minutes les voyageurs étaient à terre. D'après l'estimation de M. Mangin, ils sont tombés de 500 mètres en deux minutes dans un champ fraîchement labouré. L'ancre a mordu sans coup férir^ et les voyageurs n'ont éprouvé aucune secousse. Le guide-rope pesait 43 kilos et il avait 110 mètres de longueur. Us avaient fait 66 kilomètres en ligne droite, depuis Saint-Cloud jusqu'à Dury-Saint-Claude, commune de Bury (Oise). Us s'étaient élevés à une hauteur de 2,000 mètres environ.

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