‹ La science en ballonChapitre 7 sur 9 · V. — Manœuvres dont les ballons sont susceptibles · texte numérisé non relu

V. — Manœuvres dont les ballons sont susceptibles

Un modèle, présenté à l'Exposition universelle de 1867 par M. Georges Ansell^ indique comment on peut s'alourdir à Taide d'une pompe à air qui condense dans la nacelle du gaz puisé dans la capacité intérieure de l'aérostat. En restituant le gaz au ballon^ à l'aide d'un robinet, on parvient à s'alléger au contraire. Rien n^empêche de recommencer cette manœuvre, un nombre indéfini de fois.

On pourrait obtenir ce résultat d'une façon plus simple, en foulant Tair extérieur dans un réservoir inextensible quand on veut descendre, et en le lâchant à l'aide d'une soupape quand on veut remonter, La seule difficulté résiderait alors dans la capacité à donner aux réservoirs et dans la résistance dont il faut les douer, pour pouvoir y garder Tair avec une pression notable. On pourrait, il est vrai, fabriquer la nacelle en fer creux ce qui permettrait d'y loger de l'air. Hais il

faudrait ménager une capacité d*un mètre cube, et y fouler de Tair à la pression de dix atmosphères pour obtenir une augmentation de poids d'une dizaine de kilos quand on le remplit^ et un allégement équivalent lorsqu'on le vide. Ce volume serait très-difficile à trouver dans les nervures d'une nacelle plus large que celles dont on se sert communément. Or^ je ne crois pas que Ton puisse faire monter ou descendre aisément un aérostat de deux ou trois mille mètres cubes sans avoir à sa disposition une variation de poids bien supérieure.

La formule qui indique la hauteur à laquelle s'élève un aérostat abandonné à lui-même^ quand il possède une force ascensionnelle déterminée, a été indiquée parEuIer^ dans des circonstances qui lui font beaucoup d'honneur. En effet ce travail, espèce de chant du cygne, est le dernier que ce grand n^alhématicien ait produit dans sa glorieuse carrière. Son fils a découvert les calculs, encore tout fraîchement écrits sur l'ardoise, oii l'illustre aveugle enthousiasmé par la découverte de Montgoltier, dont l'annonce venait d'arriver à Berlin, les avait improvisés la veille de sa mort!! Admirable fécondité! Noble préoccupation du plus grand des géomètres de la fin du siècle dernier! Quelle satire de ^indifférence de tant de savants patentés de nos jours 1

Le travail mécanique nécessaire pour fouler le.gaz, lorsqu'il possède une pression notable, ne serait pas non plus une difficulté à négliger. On ne pourrait probablement Texécutcr sans le secours d'une pompe à vapeur. Or si l'on avait un moteur mécanique à bord, on pourrait sans contredit l'utiliser plus habilement à produire un autre genre de travail qu'à accumuler de l'air dans un espace clos.

Peut-être serait-il préférable d'aspirer Tair à la partie supérieure de la nacelle avec une pompe qui ferait le vide en suçant l'atmosphère; car on s'élèverait par réaction, puisque l'air ne pèserait plus autant sur la surface d'aspiration que

sur toute surface correspondante. Un jeu inverse de la pompe permettrait de descendre quand on voudrait. En effet, des bateaux à vapeur paraissent avoir employé un mécanisme ana<logue, quoique dans Teau les pressions doivent évidemment se transmettre avec moins de facilité que dans Tair. Une simple hélice à axe vertical, mise en mouvement, soit par la force humaine, soit par une petite machine à vapeur, produirait encore à elle seule une force ascensionnelle très-notable si les mécanismes étaient assez habilement combinés pour lui donner une grande vitesse absolue.

Nous ne parlerons que pour mémoire de Temploi du gaz ammoniaque; cependant il est clair qu'il ne serait point difficile d'obtenir la vaporisation ou la liquéfaction instantanée d'un petit nombre de mètres cubes. Un petit ballon accessoire permettrait donc d'augmenter le poids total du navire aérien d'un nombre notable de kilos, en condensant l'ammoniaque qui s'y trouverait contenue, à l'aide de son contact avec un espace clos rempli d'ieau, car Ton sait avec quelle avidité ce liquide absorbe instantanément plusieurs centaines de fois son volume de gaz. Une médiocre quantité de chaleur appliquée à l'eau ammoniacale permettrait de remplir de nouveau le ballon accessoire, d'augmenter le volume de l'air déplacé par l'aérostat, et de lui restituer instantanément la force ascensionnelle dont on l'aurait privé par la condensation^.

^ L'obstacle le p.lus grand proviendrait peut-être du poids de l'appareil nécessaire pour exécuter ces manœuvres, fort pratiques à terre, puisq^ue l'appareil Carré permet de les réaliser d'une façon journalière pour produire des carafes frappées. Nous devons saisir cette occasion pour faire remarquer une fois de plus qu'il faut y regarder à deux fois, avant de surcharger le ballon d'appareils compliqués ou d'une efficacité douteuse. Les effets que l'on peut produire avec un ballon de l'espèce la plus simple, mais gréé avec soin, construit avec une enveloppe imperméable et légère, rempli d'hydrogène pur, sont certamement beaucoup plus énergiques qu'on le suppose communément* La

Craint- on d'employer de$ réactifs chimiques à la manœuvre desquels on est pourtant habitué depuis que les appareils Carré sont devenus vulgaires? Le même effet pourrait être produit dans un récipient où Ton enverrait de la vapeur d'eau ! On pourrait encore annexer au ballon une petite montgolfière tout à fait séparée du gaz inflammable au lieu d'être juxtaposée comme Tavait fait Pilâtre. Dans cette montgolfière on pourrait brûler, sous forme de charbon ou plutôt de pétrole, le lest que jusqu'à ce jour les aéronautes se contentent de jeter^ ce qui serait une manière intelligente de le sacrifier.

Ces divers procédés n'offriraient aucun danger avec des appareils étudiés dans toutes leurs parties^ et Ton pourrait choisir avec connaissance de cause la combinaison la plus avantageuse, pour effectuer une manœuvre dont les conséquences seraient immenses.

Que de miracles ne réaliseraient point de hardis aéronautes, s'ils pouvaient monter ou descendre à leur gré^ s'ils se trouvaient installés à bord d'un ballon pouvant sans hésitation ramoner la verticale alternativement de bas en haut et de haut en bas, avec une vitesse quelconque, et un nombre quelconque de fois. Que d'explorations ne seraient point possibles déjà dans Tintérieur de FAfrique centrale, par exemple, si l'équipage d'un aérostat pouvait attérir plusieurs fois dans des lieux convenablement choisis sans perdre la faculté de s*envoler de nouveau !

Les ascensions exécutées sur les bords du Pas-de-Calais nous en fournissent plusieurs preuves merveilleusement éloquentes.

première chose à faire est donc d'étudier rationnellement le jeu de tous les organes connus, qui tous sont susceptibles d'une série de perfectionnements de détails; l'aéronaute doit connaître toutes les ressources que la chimie et la phjrsique peuvent mettre à sa disposition, mais il ne se'hâtera point inconsidérément d'y avoir recours.

Pilâtre paît le matin, pour profiter d'un Yent de terre qui semble le porter de l'autre côté du détroit. Le bond initial de son ascension conduit son ballon dans un courant inverse qui le ramène en France. Il francbissait peut-être le détroit s'il avait pu descendre comme il a essayé de le faire. L'accident qui Fa enlevé à la science provient de l'insuccès d'une manœuvre de changement de niveau rationnelle, nécessaire. Au contraire il y a sept ans , Deschamps veut profiter d'un vent qui vient du large pour gagner Tinténeur de la France^ et pour fdir loin des bords de la mer. Dès l'instant de son départ, son ballon se trouve plongé dans un courant supérieur qui le mène vers l'Océan. Le voilà peut-être destiné à l'honneur de passer en Angleterre ! Mais telle n'était point son ambition, loin de là! il prend peur^ ouvre sa soupape, descend comme une fronde et se brise sur les rochers du rivage.

Duruof, emporté par le courant supérieur, dans lequel son aérostat a pénétré en s'élançant de terre, ne perd point la tête. Il se laisse doucement ramener, sans ouvrir la soupape, mais tout simplement en cessant de jeter du lest. Le courant inférieur qu'il va rejoindre le ramène en France, sans secousse, sans naufrage, sans avarie, sans frayeur ! ! Quelques poignées de lest, jetées trop brusquement, le relancent dans le courant qui pousse au large. Que doit- il faire pour en sortir? Sa manœuvre est écrite à l'avance. Il cesse de se soutenir en jetant du lest, le courant inférieur' le ramène encore vers la terre !

Si la nuit eût été moins voisine , il pouvait peut-être, en alternant ses manœuvres, franchir le détroit et quelques bordées heureuses le faisaient passer en Angleterre ^

1 Les mois de juillet et d'août sont surtout favorables à cetf expériences, à cause de l'alternance des brises de mer et des brises de terre dont la direction est opposée sur les côtes an«

Ainsi donc, sans entrer dans le domaine de l'hypothèse^ il eit facile de voir que les oscillations verticales sont en ellesmêmes une sorte de pouvoir aérien. A l'aide d'appareils de transformation , M. John-Heath de Shakespeare road South Horney a eu le mérite de songer à cette manière injustement oubliée de résoudre au moins dans une certaine mesure le grand problème de la direction. Son invention se compose de deux parties qui se complètent Tune l'autre. La première est destinée à rapprocher à volonté le ballon de terre : l'auteur se propose de produire mécaniquement, mais par une voie véritablement assez maladroite^ le même effet que s'il laissait échapper du gaz. 11 a imaginé d'attacher sa nacelle au ballon par je ne sais quel mécanisme, de la soulever de quelques pouces et de la laisser brusquement retomber. M. John Healh croit que l'impulsion ainsi donnée au ballon sera suffisante pour lui imprimer un mouvement très-notable de haut en bas^ qu'il cherche à utiliser. Pour y parvenir, il garnit Téquateur d'un anneau en toile mobile qui peut prendre plusieurs positions différentes pendant la période de U descente, c'est à dire alors que le ballon obéit à l'impulsion produite par la chute de la nacelle. L'erreur radicale commise par l'inventeur est de croire qu'il obtiendra^ par une sorte de subterfuge^ un effet appréciable sur le ballon. Car on ne ruse point avec la nature^ et il faut produire un effort d^une éner-

flaises, et les côtes française. La Manche étant du reste parsemée e navires est très-propre à devenir le théâtre d'ascensions dans lesquelles on cherchera à louvoyer entre les différents courants d'air. Le passage du détroit peut être tenté avec succès de la sorte en partant de Calais, à condition que l'aéronaute connaîtra constamment la direction, même lors qu'il se trouvera audessus des nuages. Nous pensons que la traversée serait plus facile en tentant le passage de Cherbourg ou du Havre, par un Tent assez fort soufflant dans la direction du sud-ouest, qui, si nous ne nous trompons, est ordinaire dans ces parages.

gie calculable^ consommer un certain nombre de kildgrammètres pour déplacer un aérostat donné avec une vitesse déterminée dans Tair. Mais cette faute n'est pas certainement la seule qui empêche le procédé de M. Heatb d'avoir une valeur véritablement pratique. Cet anneau mobile est muni d'une échancrure par laquelle doit s'écouler l'air que le ballon déplace dans ses oscillations verticales. La réaction de ce courant est^ comme on Ta deviné sans doule^ la force directrice qui pousse le ballon de M. Heath vers le point où il veut aller. L'idée est juste^ en admettant^ ce qui ne saurait être, comme nous Pavons déjà fait remarquer, que la force vive développée par la chute de la nacelle soit suffisante pour produire une impulsion utilisable comme moteur. Cette hypothèse est d'autant plus inexacte que le travail de la pesanteur s'exerce pendant un temps moindre^ puisque la nacelle étant à peine soulevée ne peut retomber que de quelques centimètres, ce qui ne peut demander qu'une fraction de secondes en vertu des lois connues de la pesanteur. Non-seulement la force motrice sera faible, mais la manœuvre d'un anneau. enveloppant Téquateur de T aérostat sera toujours trop compliquée pour se prêter à des mouvements rapides.

£û outre ^ quoique Tanneau soit en toile, il ne peut être manœuvré et soutenu que par l'intermédiaire d'agrès lourds et encombrants. 11 surchargera inutilement la marche du ballon, comme le faisait le parachute-paramonte inventé par un des plus généreux patrons de l'aéronautique, le célèbre comte polonais Branicki. L'inventeur s'était proposé de diminuer la vitesse avec laquelle l'aérostat obéit aux variations thermométriques, à la projection du lest et à l'ouverture de la soupape. Mais, si nous ne nous trompons^ l'expérience prouva que cette innovation, qui paraissait utile a priori, ii'était que gênante. Car, dès l'ascension suivante, M. Godard débarrassa le Titan de ses langes. 11 enleva <:ette ceinture qui avait le tort

irrémédiable de diminuer la facilité avec laquelle Taérostat obéit à la main de Taéronaute.

Véritablement, rien n'oblige les inventeurs à avoir recours à un procédé aussi indirectque le mécanisme choisi par M. Heath pour pousser son ballon dans une direction déterminée. C'est bien le cas de dire : entre tant de héros qu'aller choisir Childebrand ! Pourquoi employer une espèce de subterfuge pour produire un effet si naturel^ du moment que l'on pourrait ai^ment monter et descendre? ne serait-ce pas beaucoup plus simple d'attaquer de front la difficulté, par exemple avec des plans inclinés^ mobiles, analogues à ceux que M. Petin a employés dans une invention intéressante, qui fit beaucoup de bruit il y a une vingtaine d'années?

Dès que Garnerin eût inventé les parachutes, il s'aperçut qu'ils exécutaient de grandes oscillations qui mettaient en danger la vie de Taéronaute assez hardi pour s'y confier. On obvia à cet inconvénient en pratiquant à la partie supérieure de l'appareil un oriticequi répond 1res- bien au but qu'on se propose,, et qui donne au mobile, pendant qu'il tombe^ une stabilité tout àïait suffisante. Mais ce procédé abrège beaucoup la durée de l'expérience, qui pourrait être assez longue si l'on évitait toute perte de force. Car on peut dire qu'un parachute de iOO kilogrammes qui aurait été élevé à une hauteur de iOOO mètres possède une force motrice de 100,000 kilogrammètt es. C'est une réserve flottante égale au travail d'une machine à vapeur d'un cheval pendant 22 minutes |. . Certainement il serait difficile d'utiliser cette impulsion sans danger pour l'expérimentateur et l'on ne pourrait l'employer entièrement à glisser sur l'air. Mais quelle différence entre les expériences que l'on pourrait réaliser de la sorte, et les tâtonnements dont les inventeurs du plus lourd que l'air ont été obligés de se contenter jusqu'à ce jour ! Quel est l'inventeur qui oserait rêver d'employer un ressort emmagasi-

— binant la dixième partie du travail moteur que peut accumuler sans peine le moindre ballon^ en lâchant un parachute qui se sépare à deux kilomètres de distance de la surface de la terre. En effet, les chifiFres précédents nous montrent que Taëronaute qui s'y confierait aurait à sa disposition toute la force motrice produite par un cheval-vapeur en plus d'une heure de travail *.

Nous ajouterons que si on tenait à enlever un poids à une grande hauteur, on pourrait le faire à Paide d'une fusée à la congre ve. On ne sait, en vérité, pourquoi cet instrument de guerre, que les artilleurs ont tellement perfectionné dans ces derniers temps , et qui démontre si admirablement l'efficacité de l'hélice, a été iiégligé des inventeurs qui ont proposé tant de combinaisons bizarres, impraticables. Car, à une époque où la pyrotechnie était bien moins avancée que de nos jours, vers i830, M. Ruggieri a enlevé un mouton devant les

^ Nous voyons dans VAéronaute d'août 1868, qu'un moteur de la force d'un cheval, pouvant fonctionner une. heure, pèserait plus de 30,000 kilogrammes, sans compter le barillet et les organes accessoires. M. Abel Hureau de Villeneuve a cherché à vérifier les calculs précédents dus à M. Landur, par une expérience. Le résultat le plus favorable qu'il ait pu obtenir d'un ressort pesant huit kilogrammes avec son barillet est d'avoir fait tourner pendant quatorze secondes une hélice de 70 centimètres de diamètre, à raison de cent tours'par seconde. En tournant, cette hélice entraînait une petite voiture très-légère à laquelle elle faisait^arcourir une dizaine de mètres ! L'air comprimé, le gaz acide carbonique liquéfié, ou l'ammoniaque liquide ne dotineraient peut-être pas des résultats aussi bons que le ressort de M. HiïTQau de Villeneuve! D'après les expériences relatées par M. Théophile Meivraud dans le numéro de juillet, et plusieurs fois répétées par différents opérateurs, le parachute descend d'une façon isochrone, c'est-à-dire non accélérée, avec une surface d'envfron -^ de mètre carré par kilogramme. Le diamètre de l'orifice de l'écoulement de l'air doit être pris en considération de môme que beaucoup de conditions corrélatives, mais cet organe si curieux est presque tombé en désuétude comme la plupart de ceux dont Taeronautique peut faire usage.

habitants do Marseille^ en rattachant à la queue d'une fusée, et l'animal est revenu à terre parfaitement sain et sauf. Dans tous les polygones, on se sert de fusées de guerre pour lancer des bombes éclairantes que des parachutes retiennent en Tair pendant un temps assez long et qui servent à illuminer les travaux ennemis, si on les emploie dans une place forte assiégée. Nous avons proposé publiquement, dans la Revue scientifique de i866, de nous soumettre à une expérience de cette nature^ mais personne n'a prêté la moindre attention à la proposition que nous faisions et nous n'avons pu imiter le mouton de Ruggieri. Nous aimons à nous imaginer que l'on a supposé que nous écrivions alors une simple critique de l'indifférence des savants officiels, et que nous nous proposions de tourner en ridicule ceux qui n'osent quitter le théâtre de la civilisation humaine. Mais nous n'aurions certainement pas couru plus de risques que des aéronautes, que nous avons vu se lancer avec une montgolfière perdue à une hauteur de quatre ou cinq cents mètres. Nous aurions même été moins exposé certainement^ car le mouvement d'une fusée de guerre est beaucoup moins brusque et moins dangereux que celui d'un globe qui doit forcément partir avec une force ascensionnelle énorme, pour parvenir aune hauteur assez grande *. Il n'est pas, certainement, jusqu'à la construction des cerfs-

1 Les montgolfières perdues et les ascensions exécutées à Taide des fusées sont peut-être destinées à rendre de grands services à la guerre, s'il s agit de procurer à un officier d'état major la vue de ce qui se passe dans une région d'une grande étendue. Il est clair que la airection du parachute pendant le temps qu'il retombe à la surface de la terre, en tâchant dans une direction déterminée une partie de l'air qu'il renferme, est plus difficile et plus dangereuse à réaliser. Mais il semble que l'on arriverait à une assez grande précision dans cette espèce de visée progressive avec un dispositif convenable. En effet, X^ouis Godard m'a raconté qu'il est souvent parvenu à éviter des arbres ou des maisons en faisant varier l'inclinaison du parachute, grâce à la

volants, qui n'ait point encore dit son dernier mot. Il est clair que l'on peut, dans une certaine mesure^ s'en servir pour établir une communication aérienne pour sauver un navire en détresse ; car le vent qui porte à terre dans toutes ces occasions peul parfaitement bien y envoyer un morceau de toile à voile remorquant une amarre. Certainement les membres de la société aéronautique de Londres ont eu toutes les raisons du monde de créer ime classe spéciale pour ces instruments. Mais le transport des fardeaux dans l'air à une r>ertaine distance est plus avancé qu'on ne le croirait à Tinspection des organes un peu enfantins qui ont paru au Palais de Cristal *.

Les expériences dont M. Tremblay a entretenu à plusieurs reprises l'Académie des sciences^ et les appareils qui ont figuré à plusieurs reprises dans les expositions universelles permettraient sans doute de réaliser des effets très-curieux, mais en sens inverse. Car le canon porte-amarre est placé sur le rivage, et envoie contre le vent un projectile dans les vergues du navire en détresse. La poudre, comme on le voit, a été jusqu'à un certain point domptée et utilisée au transport par air de fardeaux allant à faible distance. Sans nous exagérer ce qui peut être fait dans cet ordre d'idées^ nous dirons que la poudre n'a presque pas dit son premier mot.

manière dont il s*accrochait aux cordes soutenant le panier. J'aurais bien désiré assister à des expériences aussi curieuses, mais les aéronautes paraissent avoir renoncé aux expériences en parachute à cause de l'indifférence croissante du public pour les spectacles aériens ; on préfère décidément l'avaleur de sabres ! !

« Des appareils analogues figurent à l'exposition du Havre, et sont d'une disposition assez simple. Il serait à désirer que Ton

S recédât à des expériences faites en rade, à l'aide des navires e guerre. Il suffirait d'une simple canonièr^ ou d'un cutter de la douane, sortant par un gros temps et allant jeter l'ancre dani^ un endroit favorable à quelques encablures du rivage.

Faut-il écarter comme absurdes toutes les combinaisons dans lesquelles entrerait l'utilisation de la résistance du vent, s'exerrant contre une surface en toile retenue par un contre-poids^ ou bien par une corde que Ton manœuvre de terre? Âurait-on oublié les expériences de Franklin, de Rommas, de Berthollet^ qui ont excité tant d'émotion dans les dernières années du grand XVIIP siècle. Aujourd'hui ces appareils né se borneraient point à donner la tension électrique des nuages. Car on a inventé des thermomètres a maxima eiatninima qui permettraient de les utiliser à la déterraination des températures. Hais nous avons peur de ces grandes expériences théâtrales, dans lesquelles se plaisaient les générations précédentes. Nous n'aimons point tirer des lames de feu pareilles à des éclairs. Il n'y a que nos canons et nos mortiers que nous aimions construire avec des dimensions monstres. Nos savants croiraient déroger en jouant au cerf-volant. Ils Tabandonnent aux enfants qui s'amusent à les envoyer dans les airs sans autre but que d'obliger un chat à se mouiller le poii dans les nuages.

S'il faut le dire, nous ne comprenons point que la société aéronautique de Londres ait exclu de ses prix les hommes hardis qui se fieraient à un cerf-volant pour se lancer dans l'atmosphère. Ne serait-ce pas un résultat aussi digne d'intérêt qu'un triomphe chèrement obtenu par l'aéronef? Le mérite de l'expérience serait-il diminué, parce que Texpérimentateur tiendrait encore par un fil à la terre? N'oublions point que c'est en variant nos tentatives Stériennes de toutes les manières que nous arriverons seulement à conquérir F atmosphère, à ajouter l'empire de l'air à celui de la terre et des mers.

Parmi les appareils déjà anciens qui deviennent en ce moment même l'objet de perfectionnements importants, nous ne pouvons nous empêcher de citer la corde traînante de Green.

On sait que cet organe, inventé par celui de tous les aéronautes qui lit )e plus grand nombre d'ascensions, est destiné à délester automatiquement Taérostat^ au fur et à mesure qu'il touche terre. Grâce à cette longue corde, suspendue audessous de la nacelle, les nouveaux attérissages sont aux anciens ce que les voitures les mieux suspendues sont aux charrettes. M. Yon, le directeur des ascensions captives qui vont avoir lieu à I^ondres, a imaginé depuis longtemps de garnir Textrémité de cet appendice d'une espèce de perruque de filasse qui s'accroche à une foule d'objets, et augmente rapidément de poids à mesure qu'elle traîne à terre.

La pratique de l'atmosphère lui a suggéré une idée qui complète ce premier perfectionnement et qui lui ouvre une carrière en quelque sorte indéfinie. M. Yon a eu l'heureuse idée de transformer sa corde. Il en a fait un long ruban qui doit forcément traîner à plat sur la terre. Il a en outre chargé d'une infinité de brins roides Tune des deux faces de son immense ruban de chanvre ; ce n'est plus à proprement parler un câble, c'est une immense brosse de. plusieurs centaines de mètres de long ^, que le ballon traîne à sa remorque, et qui produit des effets d'une énergie surprenante. J'ai vu dans son atelier une corde-frein que Ton peut soulever trèsfacilement de terre, car elle ne pèse pas un kilogramme au mètre, exercer une action si énergique sur une surface de gazon que plusieurs hommes peuvent s'y atteler sans la faire glisser. Cette résistance à la traction serait beaucoup plus grande sur de la terre sèche ou humide, sur des rochers, etc., etc. Elle représenterait plusieurs milliers de kilogrammes pour le Captif y et dispenserait probablement d'avoir recours au jet de l'ancre, dans le cas tout à fait improbable

' Il aura deux cordes de 400 mètres chacune pour la manœuvre du grand captif de Londres.

oii, surpris par un Tent violent, l'aérostat briserait son câble.

M. Yon pense que la friction de la corde-frein peut être suffisamment énergique pour que Tancre devienne en quelque sorte un organe superflu , non-seulement dans los ascensions captives où les' chances de rupture sont pour ainsi dire nulles, mais encore dans les ascensions libres. Quoique le poids de Tancre puisse être diminué dans une proportion notable^ à cause de Teffet produit par son long ruban rugueux, il serait imprudent de ne point conserver au moins un grappin, qui permet de compléter instantanément Veiïei que la corde-frein et toutes les cordes traînantes du monde semblent devoir ne produire que d'une façon progressive.

Le jet de l'ancre a été singulièrement perfectionné, du reste, depuis le jour où Ton a eu l'idée d'intercaler un robuste anneau de caoutchouc sur le parcours de la corde. Cette disposition si simple suffit pour éviter toute secousse dangereuse pour les jambes des voyageurs, au moment- où l'ancre mord. Surtout en se servant en même temps de la corde-frein dé Yon, on pourrait aborder la terre sans danger par le vent le plus violent. Mais il est indispensable dans les cas exceptionnels, que le commandant du ballon ait la présence d'esprit de choisir avec une dextérité sans pareille le moment d^ouvrir la soupape et de jeter son ancre. Il faut qu'il se trouve à une distance connue de terre, assez grande pour que la chute soit rapide, assez petite pour qu'elle n'acquière point une intensité dangereuse, et qu'il aperçoive au-dessous de lui un endroit ou le tramage puisse être brusquement terminé par l'entrée dans le sol d'une pointe de fer.

C'est faute d'avoir exécuté cette manœuvre avec une précision suffisante, que le traînage de Hanovre a couronné la grande ascension du Géant, Descendant mollement et avec indécision par un vent assez violent, les Voyageurs ont été victimes d'une catastrophe qui restera longtemps célèbre.

Au contraire, ilans son ascension du 29 septembre iH63, Glaisher est parvenu à échapper d'un orage qui le lançait vers la mer, grâce à la rapidité avec laquelle son aérostat a obéi à Coxwell. Les voyageurs étaient encore à une notable distance de la surface de la terre par une nuit noire^ ils entendaient le bruit des branches agitées par le souffle de la tempête; cependant ils s'en sont tirés sans accident, sans blessure, l'ancre ayant mordu sans broncher. Je ballon a volé en éclats au-dessus de leurs têtes.

Comme on le voit, il serait utile en ces moments de faire usage du procédé de M. I)uruof et d'ouvrir brusquement le ballon suivant un secteur. Mais encore une fois est-il sûr que ce mécanisme terrible ne puisse jouer automatiquement de lui-même comme la grande soupape du malheureux aéronaute Harris?

En tout cas, nous conseillerons aux aéronautes, une fois qu'ils se* décident à ouvrir définitivement leur soupape, d'assujettir la corde à l'aide d'une cheville très-solide pour qu'elle ne leur soit point arrachée pendant les soubresauts accompagnant la descente. £n roulant vivement ce qu'ils peuvent amener de corde chaque fois que le ballon cède, ils tiendront leur soupape béante, et chaque bord fera sortir des torrents de gaz. Bien entendu si l'orifice peut être fermé par une coulisse, la première chose à faire est de l'ouvrir en grand dès qu'on se met en descente.

Comme on le voit, il n'y a pas un seul organe de la navigation aérienne qui ne puisse devenir l'objet de recherches du plus haut intérêt. Qui donc ne serait surpris d'apprendre que l'Académie des sciences possède depuis un très-grand nombre d'années une commission permanente des aérostats, et que, depuis qu'elle existe, cette commission n'a pour ainsi dire jamais donné signe de vie ! l Toutes les communications auxquelles donne lieu le perfectionnement de la navigation a^-

rienne vont s'enfouir indistinctement dans ses ar<;hives, nul n'en entend jamais plus parler. N'y a-t-il pas un physicien qui se sente louché de la gloire de retrouver les perles enfouies sans doute dans ce fumier?

L'indifférence de la commission des ballons s'étend à l'Académie elle-même^ et nous nous rappelons avoir assisté à une séance excessivement curieuse et caractéristique. L'habileté et l'audace même des ennemis de la navigation aérienne^ pour étouffer un débat relatif aux ballons, dépasse certainement beaucoup tout ce que l'on peut imaginer de plus étrange.

M. de L'Ouvrier, habile mécanicien déjà connu par quelques travaux estimables, avait conçu un système de locomotion aérienne reposant exclusivement sur l'usage des plans inclinés. Nous sommes loin de partager ses espérances et de conclure en sa faveur comme l'a fait un de nos confrères, plus célèbre il est vrai par ses bévues que par ses découvertes, par l'appui qu'il a donné aux escargots sympathiques, que par les lumières qu'il a versées sur notre siècle ; mais enfin nous comprenons fort bien que la conception originale, hardie^ de M . die l'Ouvrier ait frappé Tintelligence sympathique et hardie de M. Babinet.

Dans une des séances du mois de mars 1867, le savant académicien présente un rapport dans lequel il déclare que^ comme il en a été chargé^ il a examiné l'invention de M. de L*Ouvrier, et qu'il la croit digne de fixer l'attention de l'Académie.

A peine M. Babinet a-t-il prononcé ces mots qu'un de ses collègues se lève pour déclarer qu'un membre est chargé d'apprécier définitivement un travail en son nom personnel, mais que son rapport équivaut à une sorte de prise en considération préalable. L'assemblée accepte cette opinion sévère; elle décide que le rapport de M. Babinet ne sera point inséré au Compte rendu, et qu^ine commission de trois membres sera chargée

— iode donner l'avis officiel de rAcadémic, sur l'invention qu'un de ses membres a trouvée sérieuse. Or, depuis dix-huit mois qu'elle est nommée, la commission n'a point encore fait un seul ^as, qui indique l'intention d'accoucher d'un rapport.

Croil-on que l'Académie ne trouverait jamais aucune idée utile à encourager, si elle n'avait placé des physiciens étrangers aux études aéronautiques dans sa section de météorologie? Croit-on qu'elle perdrait beaucoup en science véritable si elle s'adjoignait quelque expérimentateur adonné à l'étude des questions aériennes ? Que de progrès ne ferait pas l'étude de la nature dans le sein d'une assemblée composée certainement en majorité de savants éminents, si les membres qui la composent consentaient à s'intéresser aux voyages aériens! Pendant dix années consécutives elle a proposé pour grand prix des sciences physiques la détermination des équations générales qui permettent de représenter les grands mouvements de l'atisosphère. 11 a été impossible , avec la meilleure volonté du monde, de ti\)uver quelques équations résolubles, quelques intégrales irréductibles qui valussent la peine d'être récompensées ! Quel bien réel aurait-on fait à la science si on avait mis la main sur quelque forme analytique nouvelle , parfaitement oiseuse, malgré tout, tant qu'on ne connaît ni la loi des températures ni la loi des humidiés, ni la loi des radiations solaires? Et combien il est regrettable que l'Académie des sciences ait refusé en même temps d'encourager les -ballons, sans lesquels il n'y a aucune des questions qui se rapportent à la circulation atmosphérique dont elle veut connaître les lois, qui ne soit un impénétrable mystère? L'Académie des sciences paraît en quelque sorte avoir pris son parti d'impuissance, car elle a retiré solennellement le problème, après plusieurs tentatives infructueuses. Elle l'a remplacé par des problèmes moins insolubles peut-être, mais

dont noiu n'ayons point à nous occuper dans le cours de notre trayail.

Malheureusement cet échec^ qu'il était si facile de prévoir, paraît avoir nui à la science de Tatmosphère, malgré la création d'une demi-section de météorologie dont tous les membres paraissent avoir les ballons en sainte horreur. En effet, l'Académie semble être persuadée de son incompétence , non-seulement quand elle dédaigne les expériences aérostatiques, mais, ce qui paraîtra plus étrange encore^ quand elle daigne par hasard leur accorder son concours.

Dernièrement M. Delaunay, président pom* Tannée 4868, eut Fheureusc idée d'accepter des communications relatives à des observations aériennes faites par notre confrère, M. Camille Flammarion; mais M. le président de l'Académie des sciences se donna bien garde de nommer en même temps une commission pour se prononcer sur la valeur de ces mémoires.

TI. — Usage scientifique des ballons.

Nous serions certainement un ami bien tiède de la navigation aérienne si nous ne nous félicitions point de voir que les questions aéronautiques parviennent enfin à attirer Tattention de l'Académie^ mais nous ne pouvons nous empêcher de regretter que Ton ait omis de rendre hommage, dans cette occasion^ au doyen des aéronautes, car c'est M. Glaisher, qui a découvert à peu près toutes les lois que M. Flammarion n'a fait que vérifier, honneur du reste assez grand, plus durable et plus sûr qu'une invention douteuse. On ne saurait maintenir que les travaux de M. Glaisher soient ignorés en France, puisqu'ils ont été analysés par M. Flammarion lui-même dans son histoire des Ballons ; M. Figuier leur a accordé plusieurs pages intéressantes dans ses Merveilles des

sciences. C^est surtout dans la profession aéronautique^ qu'une excessive bonne foi est certainement la première et la plus grande de toutes les habiletés. Ce n'est pas seulement parce qu'il est puéril de s'exposer au reproche de plagiat quand les faits nouveaux sont en nombre immense et peuvent être remués à la pelle, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Mais les aéronautes ne doivent jamais oublier un seul instant qu'ils sont exposés aux attaques haineuses des physiciens qui restent à terre, parce (ju'ils ont peur de confier leur gloire et leur fortune à uii aérostat. Les cloportes scientifiques, jaloux du facile courage qu'ils n'osent imiter^ n'ont qu'une seule passion : décrier à la fois les aéronautes et les ascensions. En voyant les aéronautes se disputer les découvertes faites dans la haute atmosphère , ils auraient quelque raison pour dire que ce terrain presque vierge n'est point si riche que quelques enthousiastes l'ont prétendu. Nous considérons donc comme un devoir scientifique et national de déclarer que c'est à >I. Glaisberque Ton doit exclusivement les lois fondamentales qui semblent devoir transformer la physique aérienne, et dont aucune n'a encore trouvé place dans les cours publics de nos grandes écoles et de nos universités. Nous avons été heureux de leur consacrer quelques séances dans notre cours libre de la salle du boulevard des Capucines, bien avant l'époque des communications académiques auxquelles nous venons de faire allusion.

Si nous ne craignions de dépas^r les limites que nous avons dû nous tracer, nous, présenterions une analyse complète de cette magnifique série d'excursions brillantes, dont il n'a point été question dans notre académie, et qui ont rendu pourtant le doyen des aréonautes très-populaire. Nous voudrions surtout montrer avec quelle netteté les immortels travaux de M. Glaisher mettent en évidence la futilité des connaissances physiques dont on se contentait en Angleterre et

en Amérique il y a quelques années, dont bientôt, il faut Tespérer, on ne se contentera plus chez nous. Qui n*a entendu déclarer dans tous les cours de la Sorbonne, du Collège de France^ de nos grandes écoles, que la températuit va en décroissant à mesure qu'on s*élève dans Tatmosphère. Cependant ce fait fondamental de la vieille science est démontré faux^ car dans ses courses en haute région Glaisher a rencontré à plusieurs reprises de véritables fleuves d'air chaud. En pénétrant dans leurs ondes invisibles, le célèbre physicien a éprouvé un véritable sentiment de bien-être et de surprise qu'il a décrit avec une grande énergie et une remarquable naïveté d'expression. Qui eût deviné qu'après avoir traversé des régions dont la température était voisine de celle du pôle, l'aéronaute allait se heurter contre de véritables Gulfs streams aériens? Qui aurait pu croire qu'une découverte aussi grande pourrait quelques années plus tard paraître nouvelle au président de l'Académie des sciences! Ces courants chauds viennent-ils de régions inférieures comme ceux qui sortent du golfe du Mexique ; descendent-ils au contraire des couches mystérieuses voisines du milieu planétaire, où tant de physiciens croient encore que régnent le vide et un froid dont ils ont mesuré Ténergie, par des calculs peu sûrs; car ceux qui les ont faits n'ont même pas daigné prendre la peine d'étudier la température qui règne le long des pentes neigeuses des mon{agnes. En effet, ils auraient vu depuis longtemps par les observations faites au Saint- Bernard, que la décroissance est bien loin d'être régulière; qu'elle varie communément du simple au double suivant les heures delà journée et les jours de l'année (Voir les Matériaux' de M. Dolfus Ausset, pour l'étude des glaciers)', qu'il y a des cas où elle fait place à un accroissement très-notable quand les courants d'air chaud viennent frapper les montagnes. M. Muhry (voir dans les Matériaux son travail sur l'orogra-

phie des montagnes, tome P', 3* partie) a reconnu cet effet pendant que le Fœhn soufflait sur les Alpes. Deux guides qui ont hiverné pendant Thiver de 1866, au col de Saint- Théodule (station Dolfus Ausset), ont constate que la neige so fondait au cœur de Thiver, à près de 4,000 mètres audessus du niveau des mers, et que la chaleur du soleil y acquérait parfois une intensité inexplicable avec les idées admises jusqu'à ce iour sur le refroidissement atmosphérique *.

Glaisher a encore eu Thonneur de démontrer, par ^ ascensions exécutées dans des conditions exceptionnelles, que la vapeur d*eau ne va point en diminuant constamment à partir de la surface du so1> comme on le croyait avant lui. C'est lui qui a-xlonné un premier démenti aux physiciens fantaisistes plus pressés de mettre le monde en équation que de monter en ballon. En effet, il a très-nettement établi par une mîultitude d'observations que l'on arrive généralement à une couche éloignée de la surface de la terre où Pétat hygrométrique de Tair aUeint une valeur maxima. Il en résulte que la tension aqueuse de Tair éprouve bien une diminution quand on continue à s'élever plus haut, mais rien ne prouve que cette diminution soit constante comme l'avaient cru follement ces physiciens enfantins, qui prolongent jusqu'à rinfini les indications de leurs instruments, qui croient que l*intérieur de la terre est occupé par une fournaise, et que l'espace éthéré

1 Voit le tome VIII des Matériaux pour Vhistoire des glaciers, par M. Dolfus Âusset, où sont consignés les résultats de cette campagne glacière. M. Dolfus Ausset a constaté que les températures des 11, 12, 13 décembre 1850; 2 janvier 1851; 5,6, 7 décembre 1852; 1" février 1854; 16 décembre 1855; 13, 17 décembre 1856; 1"' janvier 1858; 12 janvier 1859, ont été plus chaudes au mont Saint-Bernard qu'à Genève. La différence s'est élevée à près de 7' centigrades en faveur du Saint-Bernard, qui est de 2,000 mètres au-dessus du lac de Genève.

lÊmm

est à la température du froid t^solu^. C'est donc seulement à partir d^une couche dont la hauteur et la valeur ahsolue varient suivant les saisons de Tannée et lesi heures de la journée, que Ton constate daiis Tétat hygrométrique de Pair une décroissance qui paraît régulière, mais qui sans doute ne l^est pas. Qui dit, en effets qu'il n'y a pas plus haut une nouvelle alternance^ et que le dessèchement ne fait pas place à une humidité progressive? Dans l'état actuel de la physique aérienne, personne ne sait si Teau ne cesse pas de se montrer au moment où quelque autre corps inconnu dans nos régions basses commence à manifester sa présence. Je dois avouer pour ma part que je suis persuadé que les physiciens qui restent à terre sont bien loin de se douter de la nature des réactions qui s'opèrent aux limites de l'atmosphère, puisqu'ils ignorent sans doute la composition des substances qui se trouvent en présence, les lois des frottements célestes qui ont sans doute lieu dans ces hautes régions. N'est-il point à présumer qu'elles produisent des effets en rapport direct avec les immenses efforts nécessaires pour que le mouvement des astres puisse persister, quelque mobile que soit la substance remplissant le milieu planétaire. Car, avec des vitesses de 50 ou 60 kilomètres à la seconde^ les frictions ont nécessairement une énergie véritablement effrayante. Quels effets curieux, aux points où notre air se mêle aux océans du monde ! ' Hais la constatation de ces phénomènes offre des difficul-

' Car, ponr comble d'absurdité, comme s'il était nécessaire que rien ne manquât à leurs étranges créations, ils ont tracé une limite au-dessous de laquelle leur thermomètre ne peut descendre.

* Ces efforts, quelque grands qu'ils soient, ne sont qu'un atcTnae en comparaisjon de la force vive du mouvement de fa terre, qui ne pourrait cesser sans que tous les corps qui la constituent soient volatilisés par la transformation du mouvement en chaleur.

tés immenses. Nous avons essayé de faire comprendre plus haut combien il élait difficile de mesurer la température, de s'assurer que le froid ne provient pas du mouvement ascendant du ballon. Comment^ sans exécuter des ascensions mul< tiples à des hauteurs effrayantes^ s'assurer qu'il n'est pas produit par des circonstances locales ^ la précipitation de la vapeur d'eau^ le contact des glaces qui viennent à s'accumuler sur le iront neigeux des montagnes? Comment n'est-il pas plus difficile encore de suivre la loi de la tension électrique que Dupuis-Delcourt a cru trouver croissante, et que Pelletier a considérée comme essentiellement positive ?

Faut-il dire que tout espoir de solution de ces questions doive être abandonné? S'il en était ainsi, il faudrait condamner, à bien plus forte raison, les travaux des physiciens de l'association britannique qui poursuivent un problème bien plus compliqué, l'analyse des températures dans le fond des mines profondes. Il faudrait protester contre les recherches de l'Union magnétique de Gauss, contre les travaux des observations magnétiques du gouvernement britannique, en un mot contre toutes les recherches dans lesquelles on se propose d^éludier ce que nous appelons les fonctions vitales, de la terre. Bien au contraire il faut voir dans toutes ces difficultés un nouvel attrait pour multiplier les ascensions systématiques qui nous permettront un jour de pénétrer certainement à des hauteurs auxquelles on n'oserait rêver de nos jours ^

» Pour s'élever à une hauteur moyenne de 10,000 mètres, comme Ta fait Glaîsher, il faut avoir un ballon, qui, rempli de gaz kydrogène, s'enlève avec le tiers seulement de sa capacité. Les voy-ageurs doivent être pourvus d'appareils pour se chauffer facilement. Ils doivent avoir, de plus, des outres pleines de gaz oxjgène disposées de manière à ce qu'ils puissent le respirer afin de compenser la grande rareté du gaz par sa richesse en principes oxydants. Ce gaz doit être dilaté pour ne pas produire de trouble dans les organes respiratoires des expérimentateurs.

Les recherches chimiques exécutées sur la composition de l'atmosphère * montrent déjà qu'elle est bien loin d'être identique à elle-même dans toutes les parties accessibles sans avoir recours aux aéronautes. Sans parler de ce qui peut ^ passer dans la haute atmosphère dont nous venons de nous occuper tout à l'heure, même dans les régions basses voisines de nous, on peut constater des variations aussi grandes que les différences reconnues dans la composition de l'eau des mers, des sources thermales, ou médicinales.

L'air inférieur a ses qualités spécifiques qui doivent agir sur les organes respiratoires des hommes et des animaux qui le i^espirent ! Car on sait quelle influence la composition de l'eau exerce sur la santé, sur la vie des êtrett qui y vivent ; or, l'on ne peut en conscience supposer que les poumons soient bien moins délicats que les branchies sur le choix du milieu où lis opèrent. Probablement l'air supérieur est plus uniforme à une hauteur constante; mais il n'en doit pas moins éprouver des variations progressives avec l'altitude.

Qui sait si Toxygène ne va pas en augmentant ? Qui sait si l'hydrogène ne fait pas son apparition dans une proportion notable? Slil ne domine point, quoique chez nous il ne se montre qu'en quantité presque impalpable ! Qui sait s'il n'y a point là-haut une sorte d'évolution progressive, analogue à celle que nous constatons sur la surface de la terre ? Autant de problèmes, autant d'études à accomplir dans des laboratoires flottants, par des réactifs sensibles, sous les yeux des

L'ascension doit être assez longue pour que les organes inférieurs aient le temps de s'habituer progressivement à la décroissance du poids de l'air ; les opérateurs doivent être entraînés par une série d'ascensions antérieures. Avec ces précautions on pourra dépasser l'altitude obtenue par Glaisher.

* Voir le Traité de Chimie d'Odlin, dont il vient de paraître i^ne traduction due à M. Wilkins.

acionautes. Ce n'est point seulement en rapportant quelques bouteilles dans les cabinets de la terre que l'on arrivera à découvrir la clef de tous ces attrayants problèmes.

Certainement des lois harmoiiieuses dirigent les mouvements de ce grand tout^ où notre science imparfaite ne voit qu'une espèce de désordre étrange^ indéchiffrable. Mais le génie humain, quelque brillant^ quelque pénétrant qu'on le suppose, ne peut débrouiller ce chaos sans sonder toutes les plages de l'air >, sans s'approcher du milieu inconnu.

L^océan éthéré n'est point fait certainement pour nos poumons terrestres. C'est sans doute notre imagination seule qui peut errer de sphère en sphère. Il n'y a pas d'Alexandre qui puisse avoir la prétention de trouver là-haut des mondes à conquérir. Est- ce une raison pour nous tenir à distance si respectueuse des limites de notre atmosphère.

M. Glaisher a signalé dans ses dernières ascensions un fait saillant^ qui paraît avoir échappé d'une façon complète aux aéronautes physiciens qui n'ont pas pris connaissance de la cinquième partie de ses mémoires. 11 a reconnu que la décroissance de la température, assez générale pendant la présence du soleil, semble faire place à un accroissement dans la

^ Robertson a prétendu trouver de Thydrogène dans de l'air analysé et puisé, à 7,000 mètres d'altitude. Peut-être était-ce du gaz du ballon qui s'était mélangé avec l'air de la nacelle, c'est au moins l'opinion à laquelle on s'était arrêté, parce que Gay- Lussac avait trouvé un résultat tout autre. Mais il est bon ae remarquer qu'il devrait en être ainsi, si le milieu planétaire était rempli d'hydrogène. Or, l'analyse de plusieurs météorites ferrugineuses a constaté que ces corps tombés du prétendu vide pla^ nétaire renfermaient une grande quantité d'hydrogène condensé dans leurs pores, comme s'ils s'étaient trçuvds soumis à une pression immense, dans un milieu rempli de ce gaz. Nous ne tirerons aucune conclusion de ces rapprochements, mais nous les signalerons comme autant de problèmes dont doivent s'occuper les physiciens aéronautes.

quantité de chaleur pendant la nuit. On dirait que les lois générales de la répartition du calorique de l'atmosphère se trouvent complètement renversées dans la période nocturne, et non pas seulement altérées comme elle le sont temporairement pendant la période diurne, quand un Gulfstream aérien vient échauffer les régions supérieures. Ce phénomène étrange commence à se manifester au coucher même du soleil. Car en ce moment la température paraît atteindre une uniformité des plus remarquables, le thermomètre cessant d'éprouver la moindre variation sur une épaisseur de plusieurs milliers de métrés. Ajoutons cependant que cette uniformité ne paraît pas se manifester aussi nettement dans la couche de deux ou trois cents mètres que les captifs de Paris ont parcourus, en 4867 et 1866. Les variations étaient très-faibles dans les cas trop peu nombreux où j'ai pu les mesurer, mais elles m'ont toujours paru exister cependant d'une façon incontestable. Les expériences qui vont être failes à bord du captif de Londres, par M. Glaisher lui-même, montreront si le théorème est absolu, s'il est vrai pour les couches inférieures de l'atmosphère comme pour celles qui sont plus élevées. Est-il besoin d'insister sur l'influence que cette circonstance capitale possède dans les formules connues qui servent à la réduction des observations d'ascension droite et de déclinaison ! Voici une nouvelle cause d'erreur pour les astronomes, s'il ne se font point aider par les aréonautes pour étudier d'une façon sérieuse les lois de la réfraction dans des circonstances choisies ^ Que

^ La quantité, qu'on appelle la dépression de Thorizon dans les observations navales, acquiert en ballon une valeur bien autrement CQnsidérable ; elle se trouve liée à l'altitude qui peut aller dans l'état actuel de la navigation aérienne jusqu'à 10,000 naètres. Quel parti pourra-t-on tirer de l'étude de ces réfractions extraordinaires? c'est ce qu'il est encore impossible de dire, et ce que l'avenir seul nous permettra de découvrir. ,

En tout cas, le grand diamètre apparent de la lune et du soleil,

diront les astronomes qui prétendent qu'il n^y a rien à apprendre en courant les nuages? Ils n'ont pas besoin de quitter la terre pour apprendre que leurs mesures les plus délicates, celles auxquelles ils attachent le plus d'importance^ pèchent par la base?

En effet^ les réfractions atmosphériques dont on fait un usage constant dans tous les observatoires sont calculées comme si la température allait toujours en décroissant à mesure que Ton s'élève dans l'atmosphère. Non-seulement les courants d'air chaud peuvent modifier les coordonnées du ;$oleiI, mais toutes les obseryations faites pendant la nuit sont affectées d^erreurs organiques^ bien supérieures à la parallaxe des étoiles, dépassant de beaucoup certaines petites inégalités sur lesquelles la théorie des mouvements stellaires se trouve basée tout entière.

M. Glaisher a de plus énoncé une loi très-remarquable qui semble renverser les idées régnant actuellement à propos de l'analyse spectrale, ce merveilleux moyen que la science moderne a inventé pour sonder les espaces infinis.

Le savant physicien a reconnu que le spectre solaire ne s'appauvrit pas, comme on l'imaginait avant lui, de toutes les raies dites atmosphériques, et notamment de celles qui indiquent la présence de la vapeur d'eau, quand on Finspecte d'une station aérienne élevée de quelques milliers de mètres. 11 manifeste, au contraire, des raies à la fois très-fines et trèsserrées que n'aperçoivent pas les expérimentateurs qui se tiennent à la surface de la terre.

Les conclusions de M. Glaisher sont diamétralement oppo-

quand ils se trouvent \ l'horizon, paraît tenir à une curieuse illusion d'optique, confirmée par tous les aéronautes, qui se sont élevés à une grande hauteur. La terre, qui commence par offrir Taspect d'un plan parfait, change de figure et se présente sous la forme d'une cuvette trèo-sensiblement relevée sur les bords.

sées à M. Janssens, physicien, qui s'est fait une spécialité de l'analyse spectrale, et que TAcadémie des sciences a envoyé à Masulipatam pour étudier la dernière éclipse de soleil.

Faut-il en conclure que M. Janssens ait raison^ ou bien affirmer au nom du parti pris que Taéronaute a eu raison contre le physicien ? Dieu nous garde de tomber dans l'un ou dans l'autre de ces eicës diamétralement opposés. En effet, M. Janssens et M. Glaisher ayant observé dans des conditions différentes, puisque M. Janssens s'est contenté de s'élever à quelques milliers de mètres le long des pentes des Alpes, nous devons commencer par supposer que les deux observateurs ont raison et que le désaccord tient à la différence des stations qu'ils ont choisies.

Nous ne sommes pas réduits à la triste nécessité d'admettre que l'un ou l'autre de ces hommes éminents s'est trompé. On ne serait sans doute point étonné d^apprendre que le voisinage des glaciers, dans les expériences de M. Janssens, ait modifié les propriétés intimes de la lumière sur laquelle il a opéré. Ne voit-on pas que la couleur bleue du firmament disparaît dans les ascensions alpestres, tandis qu^elle s'accroît dans les excursions faites au milieu de l'atmosphère? Les aéronautes voient un clair de plus en plus franc, de plus en plus bleu à mesure qu'ils s'approchent des régions où les anciens avaient placé l'Olympe. Leur témoignage ne pourrait être invoqué par les physiciens qui aperçoivent le vide à travers le bleu du firmament, et croient qu'en s'appprochant du ciel, séjour de lumière, on voit par transparence l'obscurité. Si on les écoutait, c'est en haut qu'on chercherait la clarté de l'œil et de la raison. Ad excelsiora! Qui sait les découvertes qui attendent les heureux équipages des aérostats de l'aYenir ^ !

1 Qui nous oblige à tracer des limites à l'intelligence hamaine, à l'activité dei hommes? Edgard Poë, dans ses rêvea poétiques,

Quel est du reste le seuHnoyen pratique de sortir de cette incertitude? N'est-ce point démultiplier à la fois les ascensions en montagne et les ascensions en ballon ?

La géographie du spectre constitue pour ainsi dire une branche spéciale de la physique moderne, dans laquelle M. Janssens, de l'aveu de tous, s'est acquis un mérite tout à fait exceptionneU II est difficile d'observer aussi bien que lui dans les mêmes conditions physiques. Nous avons proposé à ce physicien éminent de nous accompagner dans une de nos expéditions pour appliquer lui-même le spectroscope dans les conditions où M. Glaisher s'est trouvé. Il nous a promis de le faire <iès qu'il sera de retour de son voyage de l'Inde^ où nous espérons qu'il sera favorisé par la Mousson.

Mais croit-on qu'il faille féliciter la prévoyance des Savants qui vont en Cochinchine dans ballon, et qui, menacés de faire chou-blanc si la voûte céleste se barbouille, ont organisé l'expédition comme si la sublime invention de Montgolûer était encore à faire? Même quand le ciel serait resté d'une limpidité parfaite, ils ont perdu l'occasion d'examiner la nature des protubérances rosacées d'une manière nouvelle en négligeant d'or-

est plus raisonnable qire ceux qui disent qu'il n'y a rien à apprendre en se servant des ballons. Loin de nous la pensée de dire qu'un jour viendra où les aéronautes pourront s'élancer à la conquête de la lune. Il est probable que l'air du monde diffère dans sa composition chimique de notre atmosphère terrestre, de telle manière que la respiration j serait impossible. Tout porte à croire que la vie à la surface de la lune serait impossible pour nos organismes terrestres, par une foule de raisons dont il est inutile de présenter ici la nomenclature. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que la lune ne se trouve qu'à une distance de soixante rayons terrestres. Il n'y aurait rien d'extraordinaire à* ce qu'un ballon pût s'élever avec une vitesse régulière d'un kilomètre par seconde (en -admettant qu'i' fût assez léger, ce qui parait ansurde dans l'état de nos connaissances). Cette distancé ne serait après tout dans ce cas que raffaire d*un voyage de trois à quatre cents jours. Mais quittons ces rêves pour nous occuper d'objets plus sérieux!

ganiser une eipédition dans la région des nuages. Qui oserait dire que cette différence d'aspect n'aurait point fourni quelques idées fécondes sur la nature de ces mystérieux appendices de notre soleil? Croit-on qu'un aéronaute n'aurait pu fournir son contingent d'observations intéressantes, de suggestions peut-être dignes de fixer l'attention le l'Académie?

Que de regrets nos savants compatriotes né se sont-ils point préparés^ si le malheur voulait qu'ils n'eussent quitté l'Europe que pour avoir au-dessus de leur tête un épais rideau de gros nuages obstinés!

Si ce sinistre astronomique arrivait^ je ne me sentirais point la force de m'en plaindre, car cette dure leçon ne serait peutêtre pas perdue. Elle servirait peut-être à éclairer les savants qui croient que dans les recherches astronomiques, les ballons dont ils ont peur sont des instiniments superflus. Cette expédition inutile justifierait mieux que tous les discours, 1^ novateurs téméraires, les affreux petits rhéteurs, qui osent s'étonner quand nos astronomes vont dans l'Inde pour attendre respectueusement que messieurs les nuages veuillent bien s'écarter un peu pour laisser arriver jusqu'à eux la lumière des cieux!

Pour peu que Ton ait feuilleté les mémoires du grand Herschell, de Struve, de Lalande, de lord Ross, on est frappé de l'espèce d*incertitude qui règne dans l'astronomie stellaire. Jamais un astronome sérieux n'est certain de la grandeur relative de l'éclat des étoiles ou de la valeur optique de leur teinte. Il n'est jamais sûr, quand la lumière d'une étoile faiblit, qu'il faille Pattribuer à un changement quelconque arrivé à sa surface* Il peut arriver, en effet, qu'elle en soit innocente comme l'enfant qui vient de naître, mais que les propriétés optiques des milieux traversés par les rayons qu'elle nous envoie aient été modifiées le long de leur parcours I Que de substances différentes, inégalement diaphanes, quoique toutes à peu près transparentes, ne doit point rencon-

trer cette lumière si lointaine avant de frapper notre rétine ! Que de matières peuvent lui enleyer une portion de sa force, ou changer la nature de sa couleur! Que d'étamines ne doit pas traverser la lumière dans ces plages où nous avons mis le vide, mais où la nature, qui n'a pas lu la Mécanique céleste, a répandu à profusion le mouvement et la vie.

Si nous prétendons étudier les propriétés de ces flammes mystérieuses, débarrassons-nous au moins des nuées grossières que nous voyons au-dessus de nos têtes flottant dans notre atmosphère terrestre. Transportons-nous dans des régions où nous n'avons plus à redouter que les nuages^ qui obscurcissent la limpidité de Tocéan céleste où nagent les planètes. Pénétrons aux frontières du milieu divin^ où il parait que les. hommes ne peuvent vivre, mais où les soleils eux-mêmes trouvent la substance qui nou rit leurs rayons !

Il restera certainement bien assez de causes d'erreurs dont il serait impossible de se garantir, même en allant jusqu'aux limites de l'air respirable. Supprimons au moins les brumes inférieures auxquelles nous pouvons échapper par une facile excursion à trois, quatre ou cinq mille mètres de hauteur. Au lieu de nous borner à transporter notre observatoire flottant, comme celui de Paris, sur les hauteurs de Fonten^y-aux- Roses, allons chercher un air toujours pareil à lui*même^ constamment plus limpide que sur les plus hautes cimes des Andes ou de THymalaya !

Nous trouvons dans le dernier rapport de M. Hancini, directeur de l'Observatoire du Collège romain, plusieurs preuves frappantes de l'incertitude à laquelle on est réduit dans les apparitions d'étoiles filantes^ avec les malheureuses habitudes de nos astronomes de ne point s'apercevoir que les ballons ont été inventés. Pour observer l'apparition des météores d'août 1867, les savants italiens ont établi deux centres temporaires d'observation, Tun à Florence, et l'autre à

Alexandrie. Les astronomes d'Alexandrie trouvèrent qne le maximum s'était produit le 12 à 3 heures du raatin^ et ceux de Florence déclarèrent au contraire qu'il s'était produit la veille à la même heure. 11 serait absurde de supposer qu*une si faible distance a suffi pour produire une diéiérence aussi saillante dans la manière dont on apercevrait le phénomène dans un ciel d'une pureté pareille. Qu'est-ce qui a donc produit une discordance assez grande pour que^ malgré leurs prétentions de ne jamais abandonner la terre, les astronomes ne fassent dans ce cas important que de la science en F air? N'est-ce point Tétat du firmament, dont on ne peut répondre tant qu'on ne s'élève point au-dessus de toutes les brumes, non-seuKiment nulles mais encore possibles ? En effet, pour que l'on puisse avoir confiance dans le résultat d'observations de cette nature, il ne suffit pas que le ciel soit limpide, il faut encore qu'il ne puisse être soupçonné d'être zébré de nuages qui^ quoique invisibles, altèrent sa transparence.

Au mois d'août i86B, les astronomes italiens cherchent encore une fois à déterminer les orbites de ces corps. Mais autre embarras, la lune se trouve voisine du radiant des étoiles filantes, sa lumière éclipse la plupart des météores, aussi les observations qui ont eu lieu cette fois à Rome ne donnent le maximum que d'une façon vague. On ne découvre qu'une différence de quatre unités entre le nombre des apparitions du matin, et celui des apparitions du soir.

Il en aurait été tout autrement si Ton s'était élevé à une hauteur de 4 à 5,000 mètres, car l'éclat absorbe des, étoiles filantes ou non, augmente en même temps que le rayonnement diminue d'une égale manière*.

^ Il faut ajouter que le gouyernement pontifical parait bien éloigné d'avoir recours aux ballons, car il vient de publier, à ce que l'on dit, une ordonnance pour défendre dé s'enlever a^ec une femme dans les airs. (Voir 1 Appendice.)

Quand même le catalogue d'étoiles que Ton pourrait construire en utilisant toutes les nuits sans lune se bornerait à (établir la valeur optique des constellations visibles à la vue simple, il n'en constituerait pas moins un point de départ inébranlable pour l'astronomie des siècles futurs. Est-il néces^ saire d'allonger cet opuscule pour indiquer tous les progrès que l'astronomie stellaire fera le jour où on possédera deux ou trois mille points de repère dont la valeitr optique aura été déterminée. N'est-il pas temps que l'astronomie contemporaine se préoccupe de fixer Tétat des constellations par des mesures qui^ quoique exécutées à la vue simple, serviraient de base aux recherches effectuées dans vingt ou trente siècles d'ici ? N'est-ce point à la nation qui a trouvé les aérostats que doit appartenir l'honneur de les utiliser à des études qui n'en seraient pas moins sublimes^ quand bien même elles n'auraient été exécutées qu'à la vue simple^ car l'instrument ne fait en aucune façon le mérite de l'observateur. Galilée n'avait pas de lunettes bien- puissantes quand il changea la face de l'astronomie moderne. Au contraire, les mauvais ouvriers astronomiques ne sauraient jamais avoir de bons outils^ auraient-ils entre leurs mains les plus splendides sidérostats du monde.

Mais il ne faut pas croire qu'il soit impossible de se servir d'instruments d'optique d'un assez grand pouvoir^ en modifiant légèrement peut-être ceux dont doivent se servir les astronomes qui restent à terre. On pourrait, par exemple, adapter des jumelles astronomiques composées de deux lunettes associées, qui seraient d'uns manœuvre très-commode et qui seraient facilement douées d'un pouvoir grossissant supérieur à celui des meilleures lunettes marines. Il me semble que rien n'empêcherait de monter une lunette sur pivot dans un coin de la nacelle, et qu'avee de l'habileté et un pied mobile on arriverait à voir bien des choses; on parviendrait sans doute à

suivre 1m astres au moins en triomphant des petits mouvements de rotation du ballon ^ S'il faut même dire notre pensée tout entière^ le ballon lui-même est susceptible de servir d'écran, pour étudier le ciel dans le voisinage d'un astre puis» sant. Ne pourrait-on pas se servir de son profil pour jalonner l'espace céleste et décrire la route suivie par les météores ? L'aiéostat est susceptible d'être transformé^comme nous Ta vous dit^ en instrument de précision, si Ton pénètre ce que je voudrais pouvoir appeler son caractère, si Ton se préoccupe de profiter de son inconstance, de ses défauts eux-mêmes, si on se garde de chercher à exiger de lui ce qui lui est interdit par la nature des choses. Mais que les astronomes qui restent à terre se rassurent, même dans ce cas, ils auraient encore bien du fil à leur quenouille analytique. Ils auraient à déterminer, avec le même soin que maintenant, les ascensions droites et les déclinaisons; ils ne devraient renoncer à au-cune partie de leur besogne régulière. Bien plus, chacune de leurs opérations acquerrait un intérêt nouveau, car elle serait complétée par ce que verraient les enfants perdus de la science dans la région supérieure aux derniers nuages !

Que de choses n'apercevraient point les astronomes-aéronautes en flottant ainsi dans la nuit noire ? Arago avait coutume de dire que l'imprévu a la part du lion dans les circonstances ordinaires; il disait vrai, mais combien n^aurait-il pas eu plus raison encore s'il eût parlé d'observations faites

' Ce résultat ne peut être atteint qu'à force d'habitude, de dextérité spéciale, tant que l'on n'arrivera point à être maître de son ballon dans un air a peu près calme; mais cette direction partielle resterait-elle longtemps hors de la portée des navigateurs aériens, si on en poursuivait l'étude par des moyens rationnels? Les mouvements de rotation du ballon ne seraient-ils point diminués dans une proportion notable, en lui donnant une forme elliptique ?

dans des circonstances aussi nouvelles, aussi favorables pour exciter Pesprit, pour aiguiser la sensibilité de la vue, de Touïe et du tact, pour saisir Timagination des explorateurs ^

On peut citer comme exemple de ces découvertes impré- Tues, de ces bonnes fortunes scientifiques, qui arriveront forcément aux aéronautes, l'averse des météores d'août découverts par Garnerin dans une ascension faite pour la Saint- Napoléon, en 1808, qui le conduisit, grâce à un vent violent, jusqu'en Lorraine.

Uaréonaute, qui s'était préparé aux ténèbres, se vit plongé dans une pluie de feu. A peine alors si les grands savants qui restent à terre croyaient aux récils de Humboldt et de Bomplaudt. Son rapport fut consigné dans ]e Moniteur universel du temps. Mais, exemple qui n'est pas non plus à dédaigner dans l'histoire des sciences, personne ne fît attention à ce passage, même lorsque Ton s'occupa cinquante ans plus tard d'étudier la périodicité des averses de novembre. Cette décou*

^ Du moment qu'un aéronaute connaît bien sa route, il peut courir des bordées verticales comme Duruof l'a fait dans son ascension du 16 août, toutes les' fois qu'il reconnaît l'existence de courants superposés entre lesquels il peut choisir. Dans l'état actuel de Taéronautique, la difficulté réelle n'est point de monter ou ae descendre, mais défaire le choix des courants qui conduisent dans la direction que l'on veut atteindre. Si l'on ne perdait jamais de vue la terre, le passage du détroit n'offrirait point une difficulté bien grande, car la Manche est presoue toujours parcourue par une multitude de courants contradictoires» Il n'y a que l'embarras de prendre un parti prompt; mais cet embarras est grand, quand tout faux coup de lest conduit en plein sur la mer du Nord.

Dans l'état actuel des choses, et tant que l'on ne trouvera point sa route par rapport au soleil ou aux étoiles, sans avoir besoin de la terre, je proposerai de tenter le passage par le Havre ou par Cherbourg. Dans ce cas il faut prendre un vent régulier qui semble bien établit, et qui soit signalé sur les côtes anglaises. Avec une bonne brise, le passage doit se faire en trois heures,, et c'est à une brise bien franche que peuvent se fier seulement les expérimentateurs. (Voir l'Appendice*)

verte importante, à mettre h Kactif de Vimprévu d'Arago, dans les hautes régions, serait encore oubliée, si elle n'avait été signalée par M. Richard, le doyen des aéronaules français.

Pour déterminer la hauteur de la lueur crépusculaire et sa forme^ il paraît avantageux de choisir le crépuscule du matin, l'aurore, à cause de la possibilité de descendre en plein jour. Toutefois il n'est pas hors de propos de remarquer que les ascensions nocturnes auraient de grands avantages si Ton arrivait à emporter du feu, ce compagnon nécessaire de Ja pensée humaine, sans danger d'explosion ou d'incendie bien entendu. Ce problème a été résolu d'une façon complète par Glaisher, à l'aide de lampes de sûreté perfectionnées^ qui pouvaient brûler sans accident au milieu d'un jet de gaz d'éclairage.

Mais nous n'approuverons point les aéronautes de se contenter d'une quantité de lumière que les mineurs trouvent à peine sufGsante dans les entrailles de la terre.

Le seul procédé digne de ceux qui veulent sonder le pays de la lumière est de pourvoir le ballon des soupapes dont nous avons indiqué plus haut l'utilité, et qui empêchent tout afQux de gaz. Les lampes peuvent être en outre disposées de manière à consommer de l'air extrait de dessous la nacelle. Un mécanisme peut permettre de les éteindre instantanément, et de les allumer à l'aide de l'étincelle électrique. La réussite peut être aussi absolue qu'avec les tub'es de Geisler, ou les vers luisants dont quelques aéronautes trembleurs ont imaginé de garnir leur chapeau! (Voir V Appendice.)

Le feu n'est pas seulement indispensable pour éclairer, il Test surtout pour chauffer les voyageurs, car on peut s'afifranchir des ténèbres qui ne sont qne temporaires, tandis que ie froid est dit-on éternel dans les hautes régions de l'atmosphère, but suprême et sublime de nos efforts. La chaleur obscure que Ton obtiendrait^ comme l'ont proposé certains

chimistes^ ne saurait nous suffire pas plus que de simples phosphorescences pour lire nos thermomètres. Quand nous avons un réservoir du pi us puissant de tous les combustibles au-dessus de nos têtes, le commencement de la sagesse aéronautique est de commencer par apprendre à en faire usage. Ils seraient indfgnes des beaux problèmes dont ils chercheraient la solution^ ceux qui se contenteraient de bouteilles d'eau bouillante^ comme les passagers des trains de première classe^ de mélange d^eau et diacide, ou bien des températures produites par l'extinction de la chaux vive.

Il est possible que Prométhée ait ravi le feu du ciel comme la mythologie nous renseigne. Mais ce qui est certain^ comme nous ne saurions trop le répéter, c'est qu'il est temps que la terre rende au firmament ce qu'elle a pu recevoir !

La lumière zodiacale, qui se montre à l'automne et au commencement du primptemps, ne peut être l'objet d'observations longuement préparées à Tavance. Malgré Tignorance où l on affecte d'être, lorsqu'il s'agit de navigation aérienne, nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'insister sur l'avantage qu'il y aurait à faire servir des ascensions simultanées à la détermination de sa nature, sur laquelle nos astronomes sont dans l'incertitude la plus honteuse. Aucun d'eux, en effet, n'ose dire si elle appartient à la terre, si elle lient au soleil, si elle gravite dans l'espace céleste planétaire !

La seule difficulté sérieuse sera, non de voir le secteur zodiacal toutes les fois qu'il doit apparaître, mais de reconnaître la situation que l'observateur occupait à la surface de la terre.

L'élément géographique peut être déterminé avec une approximation plus que suffisante à l'aide de l'estime en se rapportant aux objets terrestres que l'on peut apercevoir en redescendant des nuages. Du reste, si les ascensions durent peu de temps, une heure ou deux heures, l'erreur sur la situa-

tiôn du ballon ne peut être importantet L'erreur commise est donc presque négligeable pour Tétude de cet objet lumineux, même si Ton cherche à obtenir des résultats d'une précision véritablement astronomique. Elle devient tout-à-fait insignifiante si l'on prend toutes les précautions nécessaires, car le feu nous fournira l'argument sans réplique.Combien ne serait-il pas facile de déterminer avec précision la route d'un observatoire volant qui lancerait des bombes, des fusées à la congrève, des rayons d'électricité^ qui serait accompagné^ s'il est n^essaire, d'artifices? Ce que des saltimbanques ont fait bien des fois dans les jardins publics^ sans précautions suffisantes, d'une façon irrationnelle, est-ce que de véritables savants se refuseraient à le tenter dans l'intérêt de la science? S'il en était ainsi, on pourrait dire que le monde est perdu, que l'humanité dégénère, que la société, suivant un proverbe turc, ressemble à un poisson qui se pourrit par la tête.

L'aurore boréale éclate à Timproviste et Ton ne peut se préparer à l'apercevoir. Mais elle se manifeste par de violents troubles électriques tellement énergiques^ que l'on peut dire que c'est la nature qui donne le signal du départ aux aéronautes éloignés qui ne voient point les flammes en restant à terre !

Que de renseignements précieux à découvrir en s'élançant dans les airs jusqu'à la région où l'on pourra les apercevoir ! Quel spectacle digne de^ dieux que d'avoir son nadir recouvert d'un tapis de lumière, qui sait peut-être, de naviguer dans la mer, de flammes? Quand nous sera-t-il donné d'assister, du haut de la nacelle d'un aérostat, à ces fêtes de la nature, alors que notre pauvre grenouille semble vouloir rivaliser avec le gigantesque bœuf qu'on nomme le soleil.

Il faut cependant ajouter que ces recherches sublimes supposent des aérostats manœuvres par des équipages d'élite,

pourvus de tous les appareils de sûreté que le génie humain a découverts. Car il semble que de grands troubles électriques sont le plus souvent des avants-coureurs de tempêtes. Mais rhonneur de mettre en évidence une connexion aussi importante vaut bien quelques hasards .

Malgré le petijt nombre des aéronautes, on trouverait certainement à recruter parmi eux les équipages nécessaires pour procéder à ces magnifiques expériences. Le sentiment du d^ voir scientifique, si faible ti'op souvent parmi Jes savants gui restent en terre^ n'est point éteint chez les fils de Tair. Toutefois, il faut remarquer encore que sans le secours de la flamme, tous les grands efforts mécaniques, peut-être nécessaires dans ces circonstances, sont impossibles. Un foyer de machine à vapeur ne saurait être entretenu à bord de ballons imparfaits sans augmenter les dangers que l'on chercherait à prévenir. Une base essentielle de Taéronautique, c'est donc de faire l'exercice à feu dans les nuages I !

Sans chercher à deviner, sans aller au hasard, sans nous demander si Pon pourrait vivre dans la familiarité des as très, sans nous préoccuper des idées qui pourraient surgir sur leurs propriétés, leur organisation, leur nature, nous avons donc à résoudre d'immenses problèmes préoccupant la science contemporaine, même la plus terre-à- terre. N'avons-nous pas nommé la lueur crépusculaire^ qui a donné naissance à tant de mémoires tronqués, de calculs incomplets, d'observations à reprendre?

Comment, sans des ascensions multipliées, nous rendre compte des limites de ces apparitions, de leur énergie, de leurs teintes^ de leur situation par rapport au soleil et par rapport à la terre, de leur liaison avec les grands phénomènes cosmiques, de leur périodes d'éclats, de leurs allures ! Que de questions à résoudre, à poser même ! que d'hypothèses à contrôler, à épurer^ à combiner les unes avec les autres. Mais

il nous semble que nous insistons trop sur des vérités évidentes d'elles-mêmes ^

Nous avons déjà indiqué plus haut la résolution prise par M. Glaisher d'exécuter une campagne complète d'ascensions captives, à bord du nouveau captif de Londres, qui sera livré au public le printemps prochain.

Elle serait trop longue, la liste des expériences auxquelles

' Parmi les objets imprévus dont l'astronomie en ballon peut avoir à se préoccuper, il faut compter les offuscations du soleil, longtemps dédaignées, et auxquelles on commence à accorder l'intérêt dont elles sont dignes à tous égards. Ces phénomènes sont en effet nlus fréquents qu'on ne l'imaginait, et ils sont peutêtre susceptioles d'être rattachés les uns aux autres.

Le lundi 3 mai de cette année, on a pu remarquer, à Paris, de neuf à dix heures du matin, un brouillard sec, très-intense et obscurcissant l'éclat du soleil. Le lendemain, un affaiblissement très-sensible de la lumière solaire s'est également manifesté.

D'après le Messager de Toulouse^ un phénomène des plus intéressants s'est produit le 4 mai au suir, et la population de cette ville n'a pas été médiocrement étonnée en voyant, le lendemain, la terre couverte d*une poudre jaunâtre, ressemblant beaucoup à du soufre pulvérisé. Les environs de la gare et quelques autres

S oints de la ville en avaient reçu plus abondamment. L'aspect e cette pluie jaune indique, comme provenance, le pollen des fleurs de quelques forêts dé pins, sans doute, qui peuvent d'ailleurs être transportées par le vent à d'assez grandes distances. - Au même instant, Naples a été témoin d'un phénomène analogue, très-rare dans ce climat. Vers six heures du soir, un immense brouillard blanc, venant de la mer, a enveloppé en peu de moments le golfe et la ville ; on ne voyait plus le Vésuve ni les hauteurs de Saint-Elme, et les habitants de Santa-Lucia ne pouvaient apereevoir le fort de l'Œuf, qui est à quelques pas d'eux. Cette obscurité générale était d'autant plus enrayante qu'elle succédait brusquement à l'une des plus brillantes journées de printemps. Ce phénomène a duré une demi-heure dans toute son intensité. Ensuite ce brouillard, devenant encore plus épais s'est abaissé des hauteurs de l'atmosphère vers le sol, formant ainsi un immense linceul blanc. Des points les plus élevés de la ville on voyait au-dessus du bjouillardles lignes du sommet du Vésuve, de la Somma et des montagnes de Castellasiare et de Sorrento se détacher dans une atmosphère d'une transpareltcte^arfaite. Cette seconde période du phénomène a duré plus d'un qulcri d'heure, formant un spectacle de toute beauté.

— Taie savant physicien compte se livrer^ pour que nous essayons de rindiquer. Du reste, ce n'est point à nous qu'il appartient de tracer un programme à l'illustre aérjonaute qui a pénétré dans des régions inexplorées^ et qui a porté la vie^ la science, la pensée, à plusieurs milliers de mètres au-dessus du niveau où Gay-Lussac, Robertson,Bixio et Barrai avaient été obligés de s'arrêter. Mais -il nous est impossible de terminer cet opus* cule sans faire quelques remarques sur le rôle scientifique que ces ascensions semblent appelées à jouer dans le développement de l'aéronautique, et de tout ce qui s'y rattache.

C'est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, par des ascensions captives, que Pilâtre des Rosiers débuta dans la carrière aérienne où il devait s'immortaliser.

Sans les glorieuses campagnes des aérostats militaires, il est permis de douter que l'on soit parvenu à organiser ce bonds célèbres, auxquels on doit presque toutes les notions que l'on a possédées pendant longtemps sur la physique aérienne, car c'est le ballon de Fleurus qui, acheté par le physicien Robertson, lui permit de faire sa belle ascension avec l'académicien Sakaroff. C'est l'illustre Conté, l'ancien directeur de l'école aérostatique de Meudon, où l'on enseignait l'art des ascensions captives, qui Rt tous les préparatifs de l'ascension de Gay-Lussac, et contribua par conséquent à son succès pour plus de moitié. Est-il donc surprenant que les ascensions captives, qui ont pour ainsi dire guidé les premiers pas de Taéronautique, yiennent donner une impulsion puissante à un art si étrangement négligé? Le nouveau service que les ascensions captives commencent à rendre à la physique céleste est tout à fait conforme à la tradition scientifique. Une nouvelle période s'ouvre dans l'histoire des ballons, tirés enfin des fêtes publiques, et dont les savants vont s'emparer. H serait téméraire de tracer la limite des découvertes que leur usage rendra possibles. Mais il y aurait de

Pingratitude à ne pas rendre hommage à tous ceux qui ont préparé cette renaissance de raéronautique. Il faudrait bien peu connaître la logique des choses et Tétat actuel de nos connaissances pour se figurer que la nouvelle période sera inféconde, qu^elle restera sans influence au milieu de nos doctrineç actuelles, qu'elle respectera des opinions usées, dont plusieurs semblent prêtes à s'abîmer sous leur propre poids ! Combien nous avons au contraire d'excellentes raisons pour avoir confiance dans ravenir, pour croire qu'il y a une ample moisson de découvertes à faire et de gloire à recueillir pour tous les physiciens, les astronomes et même les poètes, en un mot pour tous ceux qui, savants ou ignorants, iront chercher de nouvelles impressions dans les plaines de l'air.

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