‹ La science et la conscienceChapitre 3 sur 11 · LIBRE EXAMEN · texte numérisé non relu

LIBRE EXAMEN

Dans ses Pensées^ Alfred de Vigny dît avec justesse : « On parle de la Foi.

Qu'est-ce, après tout, que cette chose si rare ? — Une espérance fervente. — Je l'ai sondée dans tous les prêtres qui disaient la posséder, et n'ai trouvé que cela. Jamais la certitude. »

Voltaire avait dit : < La fe\ ^'^\» Ws^sîfer» duli^ isoumise* »

Les prêtres, toutefois, et par eux les croyants en général, reçoivent un système tout fait, et de toutes pièces, qui peut satisfaire les esprits ardents et mystiques, aussi bien que les esprits faibles et dociles, ou même indifférents : un Dieu qui a créé le monde et qui le gouverne; une âme immortelle, qui, dans une autre vie sans lin, sera récompensée ou punie suivant ses mérites ; — des mystères, tels que la Trinité (1), l'Incarnation (2), la

(1) Gomme la ^rtmouWt hindoue d« Brama, Shi va et Vischnou, « qui personnifient les trois formes de l'existence universelle : création, destruction, renaissance » ( Edgar Quinet ) ; comme l'autre triade hindoue de Bouddha^ Dharmas et Sangghas; — comme la triade persane d'Ormuzd^ Ahriman et Mithra^ celui-ci médiateur attendu entre l'ange du bien et l'ange du mal ; — comme les triades égyptiennes d'Ammon, Mouth et Khons, d'Osiris, Isis et Horus; — comme celle de Platon, celle des Druides, etc. « Dieu le père juge les hommes dignes de sa vengeance éternelle^ Dieu le fils les juge dignes de sa miséricorde infinie* le Saint- Esprit reste neutre. Gomment accoraer ce verbiage catholique avec l'unité de la volonté divine»? (Diderot.)

(2) Comme, chez les Brahmes, l'avAterde Vischnou dans le sein de la vierge Maïa, et, chez les Bouddhistes, celui de Çakia-Mouni dans le sein de la vierge Avany, fécondée par un rayon de la

SétgresBB éternelle; — comme, en Chine, Po-hi,

J'ia vente ur de l'écritare, né d'un* vierge qui l'a

eoaça en marchant sur les traces de Diew, oxi \ao-

ET LÀ CONSaENCE 13

Rédemption (1), TEucharistie (2), auxquels on ajoute foi, précisément à la manière de saint Augustin, quia absurdum (3) ; — des miracles, depuis Josué arrêtant le

Tseu, le docteur, enfanté par la vierge bleue; — comme, dans Tancienne Egypte, le bœuf Apis, né d'une génisse vierge: — comme^ à Siam, le dieu Sammonocodom , fils aussi d'une vierge^ élevé dans une fleur; — comme^ dans l'ancien Mexique, les deux jumeaux mis au monde par la vierge Tétéoïnan, etc.

(1) « Dieu qui fait mourir Dieu pour apaiser Dieu. » (Diderot.)

(2) <f S'il faut entendre à la lettre hoc est corpus meum, Jésus se donnait à ses apôtres de ses propres mains, ce qui est aussi absurde que de dire que saint Denis baisa sa tête après qu'on la lui eut coupée. » (Diderot.)

<t Non-seulement un Dieu dans un pain, mais un Dieu à la place du pain ; cent mille miettes de pain devenues en un instant cent mille dieux; cette foule innombrable de dieux ne faisant gu'un seul Dieu... Du vin changé en sang, et qui a le goût du vin ; du pain changé en chair, et qui a le goût du pain... Des prêtres, des moines, qui, sortant d'un lit incestueux et n'ayant pas encore lavé leurs mains souillées d'impuretés, vont faire des dieux par centaines, mangent leur Dieu, digèrent leur Dieu. » (Voltaire.)

(3) Celse avait dit des chrétiens : « Ces gens se contentent de répondre : N'examinez pas, croyez seulement. » Anselme de Canterbury igoute : « Je ne cherche pas à comprendre pour croire; mais je crois pour comprendre. » Et Pascal eKvQjOL-.

« Faites comme ceux qui cioV^tlV, ^Oi». ^w» ^««^ ofoire, et vous abètÎTa. »

j4 LA SCIENCE

soleil, on Jésas ressascitant Lazare, jush qu'à sainte Apolline, dont l'oraison guô« rit le mal de dents; — des sacrements, qui occupent toute la vie, du baptême à Fextrême-onction; — enfin, autour de rhomme, les anges et les démons ; à sa mort, les légendes du paradis, du purgatoire et de l'enfer.

Ce système est complet; il est commode. Les croyants l'ont appris, ils l'enseignent; ils s'y tiennent; ils croient croire.

Nous devons examiner.

D'une autre part, dans le siècle passé et dans le siècle présent, par la Profes^ sion de foi du Vicaire Savoyard et par la Religion naturelle de notre digne ami Jules Simon, les spiritualistes ont formulé un vaste amendement au christianisme officiel.

Quoique religieux, ils se sont montrés sincères, raisonnables, tolérants, humains.

Ils ont rejeté résolument toutes les superstitions, tous les absurda. Les seules croyances positives qu'ils aient conservées, sont celles d'un Dieu étemel, \ûwt-

ET IJL GONSaENCE 15

puissant, créateur et gouverneur des mondes, et d'une âme immortelle, douée de libre arbitre, qui, dans une autre vie, sera rémunérée selon ses œuvres (1).

De ces deux croyances fondamentales ils font découler une morale pure, sage, capable de consoler et de sanctifier la vie ; et bien heureuse, il me semble, serait l'humanité, si, dans son impérieux besoin d'une religion quelconque, elle embrassait ce culte épuré du simple déisme.

En effet, d'après Em. Kant, si les religions positives tendent à absorber la morale dans le culte, la religion naturelle, tout au contraire, tend à absorder le culte dans la morale.

J'en conviens volontiers. Mais Âristote

(1) «Je crois^ dit M. Jules Simon, que Dieu est mon créateur; je crois que, pendant cette vie, je remplis sons ses venx la tàcne qu'il m'a donnée, et je crois qu'il m attend, au terme de la vie, cour me récompenser ou me punir. Voilà, ma foi. »

Telle est précisément celle de Rousseau, qui, toutefois, est bi'in moins affirmalVt ^Mm\^\^^"^^^compenses et des peiuea. \A,*^ >ûfe»Xfe^*^ $^^^îi^si^ 1/ B'ahatieià.

affirme que «rincrédulîtéest la source de toute sagesse, » comme Diderot « qu'elle est le premier pas vers la philosophie ; »

mais saint Paul veut que « Tobéissance soit raisonnée, » — mais Descartes veut aussi « ne rien recevoir en sa créance qui ne paraisse clairement et évidemment être vrai ; ^ mais au dire de Ghaning luimême, ce pieux apôtre des unitaires, « l'homme croit ce qu'il peut, non ce qu'il veut; il doit interroger la raison que Dieu lui a donnée, » la raison « cette parente de Dieu » (Philon), « cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Abélard), « cette contre-rooleuse générale de tout ce qui est au dedans et au dehors de la voulte céleste » (Montaigne); (( la raison qui est moi-même, que je ne puis abdiquer sans suicide »

(Proudhon), — et nos spiritualistes disent eux-mêmes fièrement : « Nous aimons mieux l'erreur librement cherchée que la vérité servilement adoptée » (Paul Janet, le Spiritualisme français).

Donc, examinons encore; et, faisant mentir une des tristes maximes de La Rochefoucauld, « ayons cette fois assez de force pour suivre toute notre raison ».

Crlera-t'On à iïmpiété? Alors je àk^

avec Diderot : « Le chrétien est impie en Asie, le musulman en Europe, le papiste à Londres, le calviniste à Paris... Qu'estce donc qu'un impie? Tout le monde l'est-il, ou personne ? »

Page 1