Emile de Laveleye, le Socialisme contemporain, p xui
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cédés perfectionnés de la production moderne s'accomplissent de plus en plus au moyen de machines... il s'ensuit que la totalité des profits perçus par la classe supérieure s'accroit rapidement. » Mais il continuait, un peu naïvement : « Cependant il n'est pas exact que la condition des ouvriers ait empiré ! » Non, sans doute ! cela n'est pas exact, si les ouvriers ne sont eux-mêmes que des machines ! Mais s'ils sont des hommes comme nous, s'ils ont des sens et s'ils ont des passions comme nous, leur condition a « empiré » de toute l'amertume des comparaisons qu'ils ne peuvent pas ne pas faire. Aigreur, envie, colère, mettons d'ailleurs que ce soient là de a mauvais sentiments », et combattons-les ou tâchons de les apaiser dans les cœurs ! Prêchons-leur la résignation et la solidarité. Quoi encore? Faisons-leur voir, si nous le pouvons, combien le paysan du dixseptième siècle, le paysan de La Bruyère, était plus malheureux que le mineur de Garmaux ou le chauffeur de nos transatlantiques : nous ne ferons pas que les « faits » ne soient ce qu'ils sont ! Les progrès de l'industrie, qui sont ceux de la science, ont amené à leur suite, ils ont créé dans le monde entier des formes nouvelles de « misère », plus aiguës, plus intolérables ; et de compter pour y remédier sur les
progrès ultérieurs delà science et de l'industrie, je ne sais si c'est peut-être de l'homéopathie politique, mais je dis que c'est une chimère, et je le dis au nom de la science, si je le dis au nom de la doctrine évolutive.
Pas de progrès sans compensation, nous enseigne-t-elle effectivement, et, — bien avant que Darwin ou Hseckel eussent paru, — c'était l'une des lois les mieux établies de ce que l'on appelait l'anatomie philosophique. « Un organe normal ou pathologique, — écrivait Geoffroy Saint-Hilaire en 1818, — n'acquiert jamais une prospérité extraordinaire qu'un autre de son système ou de ses relations n'en souffre dans une même raison "1. » C'est ce que Gœthe a exprimé d'une manière plus vive : « Les chapitres du budget qui doit régler les dépenses de la nature sont fixés d'avance, — si elle veut dépenser davantage d'un côté, elle ne rencontre point d'obstacles, mais elle est forcée de se restreindre sur un autre point". » Et Darwin enfin, plus pratique, ainsi qu'il convient au génie de sa race : « Il est difficile de faire produire à une vache beaucoup de lait,
1. Vie, travaux et doctrine scientifique d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, par son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, p. 214, 215. Paris, 1847.
2. Œuvres scientifiques de Gœthe, analysées par M. Ernest Faivre, p. 130,
et de l'engraisser en même temps... Les mêmes variétés de choux ne produisent pas en abondance un feuillage nutritif et des graines oléagineuses... Quand les graines que contiennent nos fruits tendent à s'atrophier, le fruit lui-même gagne beaucoup en grosseur et en qualité ^ » Et la loi est si simple; elle se vérifie si constamment dans la nature ; elle est si conforme aux leçons de l'histoire et à l'expérience de la vie que, si quelque chose étonne le lecteur, ce sera sans doute qu'elle ait attendu, pour trouver son expression, le dix-neuvième siècle et Geoffroy Saint-Hilaire.
Est-ce là nier le progrès ? Je dirais plutôt qu'au contraire c'est l'affirmer, c'est le démontrer, — en tant que « déplacement », que « changement », que « mouvement », — mais d'ailleurs c'est en modifier profondément la notion. 11 y a de faux mouvements, et l'histoire est pleine de changements désastreux, c'est-àdire qui ne s'accomplissent qu'au détriment de quelque chose ou de quelqu'un.
Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue, Que roiseau perd sa plume et la fleur son parfum,
1. D.irwin, l'Origine des espèces, édition française de 1876, p. 159.
Voyez également, dans la Variation des animaux et des plantes, les chapitres xxi : sur la Sélection par l'hommt, et ïxv : sur la Variabilité corrélative.
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un
Il en est de la « société » comme de la « création ». Quelques progrès se compensent ou, en quelque sorte, s'annulent; mais quelques autres se paient plus qu'ils ne valent ; et en fait de progrès matériels, je n'en sache guère qui soient pour l'espèce un accroissement de bonheur ou de dignité. « Depuis cent ans, a-ton dit, — et peut-être n'est-ce pas un savant qui l'a dit, mais c'est un anthropologiste, — l'Europe occidentale a fait plus d'inventions que l'humanité tout entière depuis vingt siècles. Mais l'immensité des résultats matériels acquis devait être compensée par une somme équivalente de douleurs et d'angoisses provenant de la lutte de l'homme contre l'homme. Le résultat n'est point visible, les larmes et les sueurs ne se mesurent point au poids, les désespoirs ne se jaugent pas, et les suicides mêmes s'oublient vite. Mais qui ne voit que les deux genres de lutte étant engendrés par une même passion pour l'argent, la puissance de ses bienfaits dans le domaine matériel mesure exactement la grandeur de ses désastres dans le domaine humain * ? » A la bonne heure, et
1. Arsène Dumont, Dépopulation et Civilisation, p. 343, Paris, Lecrosnier et Babé, 1890.
voilà parler* ! Mais voilà ce que l'on oublie quand on s'emplit la bouche de ce grand mot de a progrès ». Car, en quoi consiste-t-il, je vous le demande, ô... savants que vous êtes, ce « progrès » que vous nous vantez, si jamais les revendications ouvrières n'ont rien eu de plus âpre et n'ont paru plus justifiées? si la « misère physiologique » et la « détresse morale » semblent augmenter tous les jours ? et dans l'Europe entière, depuis cinquante ou soixante ans, si le nombre des suicides a plus que triplé ? On ne se suicide guère au Congo ; et ce ne sont pas, sans doute, les religions qui conseillent à leurs fidèles de se débarrasser de la vie par une mort volontaire I Hélas ! une seule chose est certaine, qui est que nous marchons ou, comme on dit familièrement, que nous en faisons le geste ; mais une chose est douteuse, problématique, et inquiétante, qui
l.Nous nous rappelons avoir autrefois signalé ce Tolume, dont nous sommes fort éloigné d'approuver toutes les conclusions, mais que nous n'en croyons pas moins devoir signaler de nouveau, comme étant l'un des plus remarquables de Ia Bibliothèque anthropologique. Il ne contient, en apparence, qu'une a théorie de la natalité », mais la natalité dépend elle-même de tant de causes, que, pour les énumérer et les analyser seulement, M. Dumont a dû toucher aux plus graves questions que la « sociologie » soulève; et, en outre, ce qui est si rare en pareille matière, son livre est vraiment un livre de bonne foi. Est-ce peutêtre pour cela qu'il a passé comme inaperçu ?
est de savoir si nous avançons ; — et ceci, c'est encore la théorie de l'évolution qui nous en avertit.
Si le mot d'évolution, comme on affecte encore trop souvent de le croire, était synonyme de progrès, — ou, en d'autres termes, si c'étaient toujours et constamment les mieux doués, les plus voisins de la perfection idéale de leur type, qui sortissent victorieux de la lutte pour l'existence, — on ne s'expliquerait pas la survivance obstinée des types inférieurs ; et leur défaite aurait dû se terminer par leur anéantissement. Ils continuent de vivre, pourtant, et comme leur fécondité ne semble pas avoir diminué, — les recherches de la science sembleraient même indiquer plutôt le contraire, — nous n'entrevoyons pas de « progrès » qui puissent triompher de leur persistance. Parmi les hommes comme dans la nature, il y aura toujours des types inférieurs, et, pour dire encore quelque chose de plus, dans l'avenir comme dans le passé, c'est leur infériorité même qui leur sera une garantie d'éternité. C'est que « le mieux doué » n'est pas toujours « le plus apte » ; cela dépend des conditions delà lutte; et il se peut, il se voit tous les jours qu'un manque, un défaut ou une malformationmêmesetournentenautant d'avantages.
Les évolutionnistes en citent volontiers un exemple devenu classique : « N'avons-nous pas vu, disent-ils, ce qui est arrivé lorsque le rat gris a été introduit en Europe, et s'est trouvé en lutte avec le rat indigène et la souris ! De ces deux espèces, une seule a survécu devant l'invasion du rat gris. Est-ce le rat noir ou la souris, l'un plus gros, armé de dents plus fortes, l'autre plus petite et plus faible ? C'est la souris. Précisément à cause de sa faiblesse, ou, pour parler plus exactement, de sa petite taille, qui lui permettait de trouver asile dans des trous étroits où son ennemi ne pouvait venir la détruire ^ » Mais un autre exemple, plus humain, donne bien plus à songer : c'est celui des Chinois de New-York ou de San- Francisco; « plus dangereux pour le socialisme, — et pour l'ouvrier américain, je pense, — que les plus féroces capitalistes, travaillant, comme ils font, pour rien et d'un travail toujours égal, jamais rebuté, jamais lassé, des quinze et des seize heures d'affilée. Avec eux, la main-d'œuvre s'avilit, et sans cesse il faut les protéger contre la fureur de leurs concurrents de race blanche qu'ils ruineraient en
1. Mathias Duval, /e Darwinisme, p, 521; Paris, Lecroânier et Babé, 1886.
quelques années, si on les laissait libres "*. » Il y aura toujours de ces Chinois parmi nous, qui seront forts contre nous de leur infériorité môme, et par qui le « progrès matériel » deviendra tôt ou lard le pire ennemi du progrès intellectuel et moral. Les moins préoccupés, les moins soucieux des seules choses qui fassent, après tout, la dignité de l'être humain, tous ceux qui ne seront avides uniquement que de jouir, les moins « bien doués » en un mot, deviendront les « plus aptes » ; et de même qu'ils ont déjà triomphé de la métaphysique, ils finiront par triompher de ce que les applications de la physique ou de la physiologie n'auront pas d'immédiat, d'industriel et de mercantile.
Écoutez-les plutôt célébrer la science ! Le télégraphe, le téléphone, les matières colorantes, les « wagons réfrigérateurs », les ignobles usines à dépecer les moutons ouïes porcs par centaines de mille, voilà surtout ce qu'ils admirent ! Ont-ils jamais entendu parler d'Ampère ou deCauchy ? Mais ils connaissent tous « l'inventeur » Edison. Et ils ne s'aperçoivent pas qu'à traiter ainsi la science, ils la rabaissent premièrement au niveau de la pire vulgarité. Leur enthousiasme se tire de la satis^
1, Paul Bourgttt, Oulre-Mtr.
faction que la science procure à nos plus grossiers appétits ! Bien moins encore se doutentils qu'ils travaillent de leurs mains comme à tarir la source de ses « progrès » futurs, si l'on ne saurait les dériver que des hauteurs de la métaphysique ou de la spéculation abstraite *. Les Chinois en sont un exemple, dont la civilisation ne s'est peut-être arrêtée que pour n'avoir eu depuis quatre mille ans d'autre idéal que le bien-être. Et pour toutes ces raisons, qui dira qu'en fin de compte ce qu'on appelle si facilement « progrès » ne serait pas quelquefois une espèce de recul?
C'est en tout cas la question que la doctrine évolutive nous autorise à nous poser. Et en effet, depuis si peu de temps que nous nous connaissons, que nous pouvons raconter notre histoire, — mettons depuis trois ou quatre mille ans, — combien de civilisations n'ont-
1. On lit dans Plutarque : Vie de Marcellus : < Archimedes a eu le cueur si hault et l'entendement si profond, qu'il ne daigna jamais laisser par escript aucun œuvre de la manière de dresser toutes ces machines de guerre pour lesquelles il acquit lors gloire et renommée non de science humaine, mais plus tost de divine sapience. Ains reputant toute celte science d'inventer et composer machines, et généralement tout art qui apporte quelque utilité à la mettre en usage, vile, basse et mercenaire, il employa sou esprit et son estude a escrire seulement choses dont la beauté et subtilité ne fut aucunement meslée avec nécessité. >
elles pas disparu ? je veux dire, combien de démentis l'expérience n'a-t-elle pas infligés à la théorie du progrès continu?
Comme une mère sombre, et qui, dans sa fiertét Cache sous son manteau son enfant souffleté,
L'Egypte au bord du Nil assise.
Dans sa robe de sable enfonce, enveloppés, Ses colosses camards à la face frappés
Par le pied brutal de Cambyse I
Ce que l'invasion et la conquête brutale ont fait de l'ancienne Egypte, ou de Carthage, ou d'Athènes, ou de Rome elle-même; ce qu'elles peuvent demain faire de nous, de nos arts et de nos sciences, d'autres moyens peuvent l'opérer, qui n'agissent pas moins sûrement i et, selon le mot d'un profond observateur, « s'il y a des peuples qui se laissent arracher des mains la lumière, il y en a d'autres qui l'étouffent eux-mêmes sous leurs pieds ' ». C'est ce qui est arrivé, — pour des raisons que je me contente aujourd'hui d'indiquer, — aux Grecs, par exemple, ou aux Italiens de la Renaissance, les plus intelligentes pourtant, les mieux douées, et aussi, dans tous les sens du mot, les plus « avancées » des races de leur temps. Leur civilisation a péri sous l'excès de
1. A. de Tocqueville, la Démocratie en Amérique, t. III, 1'* partie, cbap. z.
son propre principe. Ils sont morts d'avoir cru que l'art pouvait exercer sur la vie la domination absolue, unique, et illimitée que la science prétend aujourd'hui s'arroger. 11 se commettait alors de « beaux » crimes, des crimes, « esthétiques » ; et il s'en commet aujourd'hui de « scientifiques » ou de « savants » ! Mais si Ton dit que, de ces civilisations expirées, les acquisitions ne se sont pas perdues; si l'on ajoute que d'autres civilisations les ont elles-mêmes suivies ou remplacées, ou dépassées ; si l'on répète une fois de plus et que, « rien ne pouvant se créer, ni se perdre», il importe assez peu qu'une civilisation particulière ait péri, du moment que l'humanité continuait de progresser, je réponds que c'est une question ; j'ajoute à mon tour qu'elle est extrêmement difficile à résoudre ; et je dis que c'est encore ici que la doctrine évolutive intervient. Il y a des « rétrogradations » dans l'histoire, il y a des « décadences », comme il y en a dans la nature ; et pour écar-i ter la chimère du « progrès à l'infini » nous n'avons qu'à invoquer les conclusions de la science elle-même.
« L'un des grands mérites de l'hypothèse de M. Darwin — écrivait le professeur Huxley, voilà déjà bien des années — •. provient
précisément de ce qu'elle n'implique pas nécessairement la croyance en un progrès nécessaire et continu des organismes. » Et en un autre endroit : « Supposons, disait-il, que nous revenions à la période glaciaire et que les conditions de climat qui sont celles des pôles deviennent celles de tout notre globe. Bans ces circonstances, V action de la sélection naturelle tendrait en fin de compte à la ruine de tous les organismes supérieurs et à la prospérité des •formes inférieures de la vie ^. » Celte supposition semblera-t-elle troparbitraire? Voici donc alors, sur la régression, les propres paroles du savant physiologiste dont les travaux sont en train de renouveler la notion de l'hérédité. « Lorsque l'on parle du développement du règne animal ou du règne végétal, — a écrit M. Weismann, — on pense, le plus souvent, à un développement dirigé de bas en haut, se continuant sans interruption. Telle n^est pas la réalité. La régression y joue, au contraire, un rôle très important, et, à bien considérer les phénomènes de retour en arrière, ils nous permettent, presque encore plus que ceux de la
1. Th. -M. Huxley, l'Evolution et l'Origine des espèces, édition française, p. 80, 81 (Paris, J.-B. Baillière, 1892). Sur les critiques adressées au livre de M. Darwin. L'article est de 1864.
^marche en avant, de pénétrer les causes qui idéterminent les transformations de la nature vivante *. » Et, pour bien montrer que l'homme même n'échappe pas à l'empire de cette loi, c'est M. Herbert Spencer qui nous dit à son tour « que, dans les solitudes de l'Australie comme dans les forêts de l'ouest de l'Amérique, la race anglo-saxonne où notre civilisation a développé à un haut degré les sentiments élevés, déchoit rapidement vers une barbarie relative ; elle adopte le code moral, et quelquefois, les habitudes des sauvages * ».
On me permettra, je l'espère, de ne pas multiplier inutilement les témoignages, et si M. Spencer n'est peut-être qu'un « philosophe » , je ne pense pas que l'on récuse l'autorité de M. Weismann ni celle du professeur Huxley. Ce sont bien là des « savants » ! Non seulement le progrès n'a rien de nécessaire et de continu, non seulement il ne va jamais sans quelque compensation, mais encore il n'est souvent que « retour en arrière ». Je me rappelle un
1. M. A. Weismann, Essais sur l'hérédité, traduction de M. Henry de Varigny, p. 381. Paris, Reinwald, 1892. C'est le début d'une conférence sur la Régression dans la nature.
2. Herbert Spencer, Principes de Biologie, traduction de M. Gazelles, t. I, p. 231. — Cf. Quatrefages, les Prieurtturt de Darwin. Paris, Germer-Baillière, 1870.
LA MORALITÉ DE LA DOCTRINE ÉVOLUTIVE J6l
mot de M""® de Staël : « Cette Révolution, — écrivait-elle, il y a bientôt cent ans, vers 1798, — peut à la longue éclairer une plus grande masse d'hommes, mais, pendant plusieurs années, la vulgarité du langage, des manières et des opinions doit faire rétrograder, à beaucoup d'égards, le goût et la raison. » Dira-t-on qu'elle ne parlait que de « littérature » ou de « philosophie » ? Mais depuis elle, et à mesure que l'événement s'éclairait à la lumière de ses conséquences, ai-je besoin de rappeler le langage de M. Emile Montégut ^, celui de Taine, ou celui de M. Paul Bourget?«Nous devrions... défaire l'œuvre meurtrière de la Révolution française. C'est le conseil qui, pour l'observateur impartial, se dégage de toutes les remarques faites sur les Etats-Unis... C'est pour avoir violemment coupé toute attache historique entre notre passé et notre présent que notre Révolution a si profondément tari les sources de la vitalité française. «Ainsi conclut l'auteur d'Outre-Mer. Et, à la vérité, comme je l'ai fait autrefois contre Taine lui-même ^, je défendrais volontiers contre M. Bourget la
1. Voyez dAiis la Bévue des Deux Mondes dulo&oùil&ll: Où en est la Révolution française?
2. Voyez dans Histoire et Littérature^ 3e série : Un récent historien de la Révolution.
Révolution et son œuvre. Mais, que tant d'observateurs, « partis de doctrines si différentes et avec des méthodes plus différentes encore », aient agité la question, c'est une preuve au moins qu'elle existe et qu'il y a lieu de nous la poser. Reculions-nous donc peut-être quand nous nous flattions d'avancer? En croyant faire ce que nous voulions, tendions-nous peutêtre où nous ne voulions pas? Le passé que nous abolissions valait-il mieux que le présent, et surtout que l'avenir dont nous nous croyons menacés? C'est ce que les analogies de la doctrine évolutive nous permettaient tout à l'heure, et c'est maintenant ce qu'elles nous obligent de nous demander. Puisqu'un « progrès graduel vers la perfection est très loin de faire nécessairement partie de la doctrine darwinienne », et qu'on la déclare même « parfaitement compatible avec un recul graduel * », la théorie du progrès, qui n'avait pas de base dans l'histoire, n'en a pas davantage dans l'histoire naturelle. Elle est en l'air, pour ainsi parler; et de l'imprudente confiance que nos pères avaient mise en elle, il ne nous reste plus qu'à réparer les désastreux effets.
Je ne veux parler, après cela, ni de la lenteur ni de l'instabilité du progrès, mais com-