‹ La science et les lettres en OrientChapitre 11 sur 101 · I.A SCIENCE EN ORIENT · texte numérisé non relu

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sc trahit par une certaine tendance à l’exagération qui touche au paradoxe. C’en est un véritable de contester au chinois sa nature monosyllabique. D’abord, et c’est la plus mauvaise raison de M. À. Rémusat, il est, ditil, certains mots qu’on ne peut prononcer sans les diviser en plusieurs syllabes, tels que thsi-ao-phie-eou , etc. C'est arguer très à tort de notre écriture contre la prononciation chinoise, qu’ alors il n’avait eu aucune occasion de connaître ; il suffisait, pour ne pas tomber dans cette erreur, de remarquer que ces mots et leurs analogues ne comptent dans les vers chinois que pour des monosyllabes. Les autres allégations sont plus spécieuses, et contiennent môme une vérité, savoir que les Chinois ont formé, par la réunion de plusieurs mots monosyllabiques, des expressions qu’on peut appeler, si l’on veut, polysyllabiques. 11 n’en est pas moins vrai que chacune des syllabes dont elles sont composées est un mot à part, auquel correspond un caractère distinct; car qui distingue un mot d’un autre mot, si ce n’est l’écriture qui les sépare? Jusqu’à ce qu’on trouve en chinois un mot de deux syllabes, représenté par un seul caractère, il sera donc vrai de dire que le chinois est une langue monosyllabique. J’ai insisté sur ce point, parce que M. A. Rémusat n’a jamais assez complètement abandonné ce paradoxe sans importance, qui avait séduit sa jeunesse.

Du reste, dans ce mémoire, M. A. Rémusat montrait

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lu

beaucoup de justesse d’esprit en défendant la langue clunoise de l’imputation d’obscurité forcée dont°on l’avait chargée sans la connaître. Il faisait voir par quels artifices les Chinois réparent les inconvénients d une langue dont chaque mot est inflexible ; comment, au moyen de particules ajoutées aux substantifs et aux verbes, ils parviennent aux résultats qu’atteignent d autres peuples par des désinences ou des préposions. 11 faisait voir que, quoi qu’on en eût dit, partout ou les hommes parlent et écrivent, ils s’y prennent de manière a s entendre. A celte époque, les idées de il. A. Remusat, sur le parti à tirer de l’étude de la langue chinoise, n’avaient pas la précision quelles ont acquise depuis ; mais elles avaient peut-être, avec un peu plus de vague, encore plus de largeur et d’étendue. C est ce qu’on observe en lisant son plan un Actionnaire chinois, qui parut en 1814 Ce plan gigantesque contient des parties qu’il serait peut-être impossible et certainement inutile d’exécuter jamais.

• L auteulr de ce P'anl ne se dissimulait pas quelle immense lecture il exigeait, et on voit qu i, ne VeR

■7“ P“ de 13 Pensée <l“e lui-même pût être appelé a le remplir. Mais ce projet n’eut pas de suites e, „„ peut se féliciter que M. A Rémusal ’

l'orces dans une entreprisfrTe^^^t emps, deux dictionnaires chinois ont été imprimés,

1 (manques. !.. II, pafr. or,

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celui du père Basile de Glérnona, eu France, et celui du révérend Morrison, à Macao.

Le dictionnaire laissé manuscrit par le père Basile a été imprimé sous l’Empire par les soins de M. de Guignes fils, soins qui, à vrai dire, ne furent pas Irèsdiligents, ni surtout dirigés par une connaissance bien profonde du chinois. Composé sur une échelle beaucoup plus modeste que celui de Morrisson, ce dictionnaire, malgré ses imperfections et celles dont 1 a enrichi son éditeur, est fort utile pour l’étude, surtout si l’on y joint l’excellent supplément de M. Klaprolh, qui en complète les lacunes et en rectifie les erreurs. En tète de ce supplément est un examen critique du dictionnaire en question, dont M. A. Bémusat s est avoué l’auteur. C’est un modèle de savoir, de finesse et de malice. M. de Guignes fils ayant oublié de meltic sui le frontispice de l’ouvrage qu il publiait, le nom du père Basile qui l’avait composé, M. A. Rèmusat commença son Examen critique par une anecdote chinoise, dans laquelle figurent un lettré, pauvre et savant, auteur d’un dictionnaire, et un bibliothécaire ignorant qui, après avoir mis son nom à ce dictionnaire, est reconnu pour plagiaire, et solennellement flétri comme tel; suivait immédiatement le récit de ce qui s’etait passé à l’occasion de la publication du manuscrit du père Basile, et le soin de faire le rapprochement et de tirer la conclusion était laissé au lecteur.

Quant au dictionnaire de M. Morrison, il semblait

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être conçu d’après le plan que huit ans auparavanl M. A. Rémusat avait indiqué dans l’opuscule dont j’ai parlé plus haut. Aussi, lorsque, en 1822, la première livraison du dictionnaire de Morrison parut, M. A. Ré-' musât se hâta de rendre cet hommage à son auteur: « Le lexicographe anglais pourrait adopter la brochure du Français pour le prospectus de son travail, et, en réalisant les vues qui y sont présentées, dire comme l’architecte athénien :« Ce qu’il a proposé, je le ferai.»

Mais les difficultés d’une si vaste entreprise ne tardèrent pas à se faire sentir, et il faut avouer que le révérend missionnaire ne lit pas de grands efforts pour les surmonter. L écueil à éviter était 1 abondance môme des matières qu il avait à coordonner. M. Morrison pai ut prendre plaisir à faire cette difficulté plus grande qu elle ne 1 était naturellement ; car, dans la seconde livraison, il se mit à insérer, au lieu d’articles, de Aéiitables traités, de sorte que son dictionnaire lournait à 1 encyclopédie. Ainsi, il ajouta à l’explication du caractère hio, Élude, un article qui occupe quatrevingts colonnes in-quarto, où il fit entrer tout ce qu’il avait pu recueillir de curieux sur la manière dont les Chinois font leurs études, et sur le système d’examen, établi au huitième siècle, d’après lequel on choisit les lettrés pour occuper toutes les places de l’administration. M. A. Rémusat louait M. Morrison d’être entré dans quelques détails a ce sujet. Quoi de plus frappant, en ell'el, qu un grand pays de l’Orient sans pouvoir sacer-

dolnl, el presque sans arislocratiemilitaire, qui est gouverné par un corps toujours mobile de gens de lettres, où toutes les fonctions publiques se dorment, d’après des examens de morale, et sont mises au concours de la science? Mais il faut avouer, comme M. A. Rémusat en convient aussi, que ces détails, tout, intéressants qu’ils sont en eux-mêmes, étaient fort déplacés dans un dictionnaire. Il est vrai que M. Morrison ne mérita pas longtemps le reproche de trop développer les articles du sien ; se fatiguant tout à coup de son immense travail, il passa brusquement de cet excès de richesse à un autre excès beaucoup plus fâcheux, et la maigreur extrême de la troisième partie de son dictionnaire par clefs égala l’ampleur outrée de la seconde. Ainsi le plan tracé par M. A. Rémusat n’a pas été rempli, peutêtre ne pouvait-il pas l’être, espérons qu’il est réservé à celui qui lui a succédé dans l’enseignement de nous donner un dictionnaire complet, ce qui peut s’obtenir en renonçant à quelques-unes des richesses inutiles dont M. A. Rémusat avait encombré son programme, comme tout ce qui tient aux variations de l’écriture, aux altérations locales de la prononciation ; et en donnant en revanche le plus possible d’exemples du style poétique et fleuri, partie difficile de la langue chinoise, où M. Stanislas Julien a déjà fait tant de progrès, et sur laquelle nous appelons la continuation de ses efforts et de ses succès.

Enfin deux chaires furent fondées pour les deux

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hommes qui avaient créé une étude, une branche de savoir dans leur patrie. M. A. Rémusat vint au collège de France fonder un enseignement qui ne s’éteindra plus parmi nous. Dans son discours d’ouverture, il rendit un hommage, que personne ne peut désavouer, à celte illustre mission de la Chine, qui a produit tant d’hommes distingués, et d où sont sortis tant de travaux miles; d apprécia avec impartialité le zèle et les efforts de Fourmont, admira sans restriction Des Ilauterayes et de Guignes, et réclama en leur nom pour la France la suprématie dans un district de l’érudition où les étrangers n’étaient entrés que. quand nous 1 avions quitté, et où ils n’avaient paru que pour rehausser notre gloire par leur infériorité. Il attaquait avec chaleur les préjugés si répandus sur les difficultés de la langue chinoise et son peu d’importance. J1 s écriait : « Une littérature immense, fruit de quarante siècles d’efforts et de travaux assidus, l’éloquence et la poésie s enrichissant des beautés d’une langue pittoresque, qui conserve à l’imagination toutes ses couleurs; la métaphore, l’allégorie, l’allusion concourant a former les tableaux les plus riants, les plus énergiques ou les plus imposants; d’un autre côté, les annales les plus authentiques que nous tenions de la main des hommes, déroulant à nos yeux les actions presque ignorées, non-seulement des Chinois, mais des Japonais, des Coréens, des Tartares, des Tibétains, ou des habitants de la presqu’île ultérieure de l’Inde, ou

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développant les dogmes mystérieux du Bouddha, ou ceux des sectateurs de la Raison, ou consacrant enfin les principes éternels et la philosophie politique de Confucius : voilà les objets que les livres chinois offrent à l'homme studieux qui, sans sortir de l’Europe, voudra voyager en imagination dans ces contrées lointaines. Plus de cinq mille volumes ont été rassemblés à grands frais à la bibliothèque du Roi; leurs litres ont été à peine lus par Fourmont; quelques ouvrages historiques ont été entrouverts par de Guignes et Des ilauterayes; tout le reste attend encore des lecteurs et des traducteurs. »

Tout cela était vrai.

Tandis que M. A . Rémusat se préparait à publier dans sa grammaire les fruits de son enseignement, il fut amené, par une élude toujours plus approfondie de l’écriture chinoise, à examiner les caractères figuratifs qui lui ont servi de base. Les résultats auxquels celle recherche le conduisit sont assez curieux pour nous y arrêter quelques moments.

Tous les caractères chinois sont formés par la combinaison d un certain nombre de signes que la fantaisie des écrivains a groupés, brisés et entrelacés de mille manières, mais dont le nombre ne s’élevait pas originairement au delà de deux cents. Ce sont les éléments fondamentaux de la langue écrite; ce sont les molécules primitives qui constituent cette énorme agglomération M. A. Rémusat eut l’idée simple cl fé-

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conde de prendre un à un ces signes élémentaires, d’examiner successivement chacun d’eux sous sa forme la plus ancienne, et de demander à cet examen des lumières sur l’état primitif de la société chinoise, que nul autre monument ne pouvait lui fournir. 11 est évident en effet que les images primordiales qui depuis ont servi à former toutes les outres, devaient contenir l’expression fidèle et comme le registre exact des idées et des connaissances possédées par ceux qui Rs avaient tracées. Cette vue était ingénieuse. M. A . Réî.iusat procéda à l’analyse des signes fondamentaux de lecrilure chinoise avec l’excellente méthode qui le caractérisait; voici à quels résultats il fut amené.

D abord, le nombre seul de ces signes est une chose frappante, car il ne passe pas deux cents. C'est déjà une induction pour un bien petit nombre d’idées et de besoins, par conséquent pour un degré de civilisation peu avancé à l’époque où ils furent inventés, toute la suite du travail le confirma dans celle présomption. Ainsi, il reconnut que le ciel n’avait fourni aux inventeurs de l’écriture chinoise que sept caractères , on voit qu ils n’étaient pas grands astronomes; ils n étaient pas non plus bien avancés en métaphysique et en théologie. Toute idée abstraite de Dieu est absente de ce vocabulaire figuratif. Mais on v trouve la i epi ésentation d une victime offerte en sacrifice, et la- tète d un démon ou mauvais génie. Ainsi, comme 1 observe 1 auteur du mémoire, ils étaient supersli-

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lieux avant d’être religieux; il ajoute : « Cela n’a rien d’étonnant pour qui connaît la marche de l’esprit humain. » Je crois, au contraire, que plus on l’a étudiée, plus on a lieu d’être surpris d’un pareil résultat ; mais le fait, pour être embarrassant, n’en est pas moins certain. Ce n’est pas du reste le seul cas où la Chine semble une exception en dehors des lois générales de l’humanité.

On ne trouve parmi ces signes primitifs ni tours, ni jardins, ni ville, ni rempart, ni roi, ni lettré, ni général, ni militaire, mais la figure d’un homme qui se courbe en avant, laquelle a fourni, depuis, le caractère qui signifie sujet ou ministre, et celle d’un sorcier; l’une emblème de souplesse servile, l’autre de superstition craintive; elles annonçaient le peuple des lettrés et des bonzes. 11 est curieux de trouver dès lors un homme faisant la révérence, je ne sais pas devant qui, car il n’y a pas encore de roi, mais il y a déjà un sujet qui s’incline en attendant ; peut-être est-ce devant le sorcier.

Les vêlements sont extrêmement simples. C'est la pagne et le bonnet; le seul ornement qu’on trouve ici consiste en deux grains enfilés semblables au collier dont se parent les sauvages. Du reste, ni instrument de musique, ni monnaies, ni verre, et, ce qui est le plus significatif, point de métal.

Les armes ne manquent pas cependant; il y a, pour cet article, neuf à dix signes, mais rien n’y indique

1 emploi des métaux. Même à présent, le caractère de hache contient l’image de pierre , comme pour rappeler de quoi furent faites les premières haches : probablement elles étaient en silex comme celles des Germains et de tant d’autres peuples barbares.

Les animaux désignés par un signe simple sont, parmi les animaux domestiques, le chien, le cheval, le mouton, le cochon et le bœuf, les premiers serviteurs de l’homme ou ses premières victimes; parmi . les animaux sauvages, le léopard, le cerf, le rat, l’élan, le rhinocéros, deux sortes de lièvres. Cette distinction entre deux espèces d’un même genre, dans un temps où 1 on distingue si peu, me semble indiquer les habitudes et la sagacité exercée d’un peuple chasseur. Du reste, point encore de ces animaux fantastiques qui, depuis, ont joué un si grand rôle dans les traditions chinoises. Parmi les végétaux, on ne trouve ni le froment, ni l'orge, mais le riz, le millet, et un petit nombre de plantes potagères, ce qui

semble indiquer de faibles commencements de culture.

Loi est le degré de civilisation peu avancé où en étaient les Chinois quand ils inventèrent l’écriture. . A’ Rémusat remarque avec raison que les deux cents images distribuées en dix ou douze groupes, suivant la nature des objets quelles expriment, et considères isolement, ramènent toujours au même résultat Cl cululül^tU a îles conclusions qui se continuent

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réciproquement, sans que rien vienne les infirmer ou les démentir. « On voit, dit-il, que ceux qui employaient ces signes étaient à peu près au même degré d'habileté en astronomie, en économie rurale, en histoire naturelle; qu’ils n’étaient ni plus savants ni plus ingénieux, ni meilleurs, qu’il ne convient, de supposer une réunion de familles sauvages sur un sol encore couvert de forêts dont nulle main n’a fouillé le sein ni fertilisé la surface. On croirait voir les tribus de la Nouvelle-Zélande ou des lies des Amis s’essayant, dans l’enfance de la société, aux arts qui marquent la naissance de la civilisation. »

Mais faisons une remarque importante. Ces tribus sauvages dont parle M. A. Rémusat, n’ont point inventé un système d’écriture qui subsiste depuis quatre ou cinq mille ans, qui, en se perfectionnant, s’est accommodé aux besoins d’un grand empire civilisé et d’une littérature immense. C’est un résultat prodigieusement curieux du travail de M. A. Rémusat de voir l’écriture naître, pour ainsi dire, avant la société. Il serait dort intéressant de suivre l’influence de cette précocité de l’écriture, et d’une écriture idéographique, sur la langue parlée. Il me semble probable que là est l’origine du monosyllabisme et de la pauvreté de celte langue. En général, l’écriture est inventée plus tard, quand les langues sont déjà plus riches; d’ailleurs, un système alphabétique se plie à toutes les variations, à toutes les flexions, à toutes les combinai-

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sons nouvelles de la parole ; il les suit et les reproduit par sa mobilité. Au contraire, un système idéographique n'ayant aucun égard au langage, ne se prête point à scs transformations, et par là les arrête. Un «tel système fixe et stéréotype, pour ainsi dire, chaque mot, qui demeure comme incrusté dans le signe unique et immuable auquel il est attaché. Les mots qui existaient quand l’écriture a été inventée, dureront à jamais immuables comme leurs signes. On n’ajoutera point de mots nouveaux au vocabulaire; car comment les peindrait-on? Et même si de nouveaux caractères se forment, on leur appliquera, pour les désigner, des mots déjà existants ; en effet, pour en inventer de nouveaux, il faudrait combiner autrement les éléments de la parole, et ces éléments ne sont pas analysés par l’écriture. En outre, comment ces mots s uniraient-ils, se fondraient-ils, pour passer de la nature monosyllabique à la nature polysyllabique, quand les signes qui leur correspondent sont nécessairement distincts les uns des autres? Comment s’infléchiraient-ils selon les cas et les temps, quand les signes se refusent, par leur nature, à exprimer la moindre flexion ?

On voit donc, selon moi, que les principaux attributs de la langue chinoise parlée, savoir : le monosyllabisme, le petit nombre et l’inflexibilité des mots dérivent de cet accident si curieux d’une écriture idéographique inventée à une époque très-primitive

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et toujours conservée depuis, l'ait que M. A. Rémusat a su lire dans celle écriture elle-même.

En 1821, M. À. Rémusat publia ses Éléments de grammaire chinoise, et l’élude du chinois fut complètement établie en France. C’est aussi de cette époque que date l’institution de la Société et du Journal Asial'ujue auquel il coopéra si ardemment. Dans une lettre adressée au rédacteur de ce journal, il s’applaudissait, avec un juste orgueil el une convenance parfaite, des progrès qu’avait faits en France la connaissance nu chinois depuis huit années, des préjugés vaincus, des entreprises, commencées, des élèves qui s'étaient déjà formés autour de lui. Heureux s’il n’avait jamais mis son ambition d’influence et son activité qu’au service de si nobles intérêts! Lui et la science y auraient gagné. Mais revenons à sa grammaire.

Les Chinois, qui ont un grand nombre de dictionnaires, dont un surtout, le Dictionnaire impérial, de Kanghi, fait sur un plan analogue à celui de Johnson et de la Crusca, n’est pas inférieur à des modèles de la lexicographie européenne, les Chinois n ont pas de grammaire de leur propre langue. On le conçoit d’après la nature de cette langue; ils apprennent une partie de ses règles en apprenant à parler, cl l’autre en apprenant à écrire. Dès 1812, M. A. Rémusat avait placé à la suite du Plan d'un dictionnaire chinois , dont j’ai parlé, un plan de grain-

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maire chinoise plus vaste que celui qu’il a rempli, mais dans lequel, obéissant à une disposition d’esprit que j’ai déjà signalée en lui à cel te époque, il donnait une trop grande place aux variations de la prononciation et de l’écriture. Ce plan était précédé d’un compte rendu succinct des travaux européens sur la grammaire chinoise ; il y jugeait ces travaux avec impartialité, ne négligeant pas les anecdotes qui pouvaient amuser la malice de son esprit. Dans cette notice, telle qu’elle a été insérée par son auteur dans les Mélanges asiatiques , on peut voir comment le grave Fourmont, qui, à l’en croire, avait tiré fout ce qu il savait des livres chinois lus et pénétrés à force de travail et comme par divination, s’était toutefois aidé de la grammaire d’un père Yaro qu’il eut 1 audace de publier sous son nom, quoiqu’il n’eût eu d autre peine que de la traduire d’espagnol en français et de français en latin. On est confondu de la candeur effrontée avec laquelle Fourmont raconte que lui et un père Horace de Costerano s’exprimèrent réciproquement leur étonnement de 1 extrême ressemblance de leurs deux ouvrages. 11 y avait à cela une explication bien simple qu’a mise en lumière M. A. Rémusat :

« est que le père Horace avait, comme Fourmont, pillé le père Yaro, et mes bons savants admiraient la similitude de deux copies, faites sur le même original. Cependant ils devaient connaître cet axiome de mathématiques élémentaires t deux quantités sem-

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1, labiés à une troisième sont semblables entre elles.

Le procédé de Fourmont, au sujet de la grammaire du père Prémare, n'est pas non plus très-édifianl. Voici le fait : le père Prémarc, un des plus savants missionnaires, avait envoyé, de la Chine, à Fourmont une grammaire de sa composition (jui pouvait lui clic d’un grand secours et lui faire grand plaisir; mais elle lui perça le cœur. Son siège était fait, avec les troupes du père Yaro, il est vrai ; n importe, au lieu d’étudier l’ouvrage du père Prémare, il n’eut de repos que quand il eut persuadé à tous ceux qui ne savaient pas le chinois, et à lui-même qui ne le savait guère, que sa grammaire, ou du moins celle qu’il appelait ainsi, était beaucoup meilleure que cet ouvrage, qui arrivait si mal à propos de la Chine pour troubler son triomphe. Enfin, il s’avisa de ce que M. A. Rèmusat appelle une délicatesse étrange : ce fut d’adresser au père Prémare une critique de Ja grammaire que celuici avait composée en partie pour lui faciliter l’étude du chinois. Cette singulière épître dédicatoire est de la comédie toute pure.

« Que pensez-vous vous-même, lui dit-il, delà division générale de votre livre, mon très-cher ami ? Elle n’est assurément pas très-philosophique Vous dé-

truisez de la main gauche ce que vous avez voulu élever

de la droite Je vous ai excusé tant que j’ai pu,

mais j’ai perdu ma peine ; certains hommes doctes trouvent que votre ouvrage manque de méthode, qu il

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