‹ La science et les lettres en OrientChapitre 15 sur 101 · SCIENCES NATURELLES ET ARTS MÉCANIQUES · texte numérisé non relu

SCIENCES NATURELLES ET ARTS MÉCANIQUES

Avant desavoir le chinois, M. A. Rémusat avait étudié la médecine, et par là il avait pris quelque teinture de toutes les connaissances qui s’y rattachent. Il faut avouer qu un érudit naturaliste est presque aussi rare qu un naturaliste érudit; M. Cuvier a donné presque seul un glorieux démenti à cette seconde assertion, et M. A. Rémusa ta la première. Si quelqu’un avait le droit d établir des relations entre 1 érudition et les sciences

Un long intervalle dans la publication rendait ces explications nécessaires; aujourd hui elles sont devenues complètement inutiles

[Note de l’éditeur .)

LA SCIENCE EN OUI EN T

qui s’attribuent chez nous, un peu exclusivement, le nom de positives, et même le nom de sciences, c’était celui qui portait dans toutes ses recherches une méthode si sûre, une si rigoureuse exactitude. Peut-être, au reste, le devait-il en partie aux habitudes sévères qu’imposent à l’esprit les sciences d’observation.

Bien qu'il fût docteur en médecine, M. À. Rémusat a peu fait pour éclaircir la médecine chinoise ; sans doute elle l’avait rebuté par les pratiques bizarres et superstitieuses qu’elle mêle à ses recettes. Cette science du pouls, si vantée, au moyen de laquelle les Chinois croient discerner dans son mouvement des milliers de variations, et, par ce seul secours, reconnaître l'étal des organes ; tout cet appareil de diagnostique subtile et probablement chimérique, quoiqu’il ait séduit Bordeu, n’avait pas trouvé grâce devant le scepticisme de M. A. Rémusat ; aussi disait-il spirituellement, à propos d’un exposé des bases physiologiques de la médecine chinoise, qu on en devait conclure que les Chinois sont de biens mauvais médecins, s’ils se conduisent d’après leurs principes, ou de bien mauvais raisonneurs, si, en partant de pareils principes, ils parviennent à guérir leurs malades.

La vogue de l’acupuncture lui fournit l’occasion de donner quelques détails sur ce procédé usité à la Chine et au Japon, et peut-être trop vite abandonné parmi nous.

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Dans ce siècle, les premiers qui vinrent dire à l'Académie que des pierres élaient tombées du ciel, c'est-à-dire de l’atmosphère, furent moqués pour leur crédulité; maintenant, nul savant ne doute du fait; mais il était curieux de le trouver constaté dans les annales du peuple qui offre la série d'annales la plus longue et la plus continue ! C’est ce qu’a fait M. A. Rémusat en recueillant un grand nombre de faits de ce genre, attestés par des auteurs contemporains, dont les plus anciens remontent à l’époque de la fondation de Rome.

M. A. Rémusat s’efforcait de pénétrer, au moyen de renseignements écrits, cet empire fermé au-x explorateurs européens, et, grâce à lui, la science sédentaire en a plus d’une fois devancé et préparé les découvertes.

Ainsi, interrogé par M. Cordier sur le lieu où les Calmucks recueillent le sel ammoniac qu’ils portent dans toute l’Asie, il lui indiqua, d’après l’encyclopédie chinoise, deux volcans en ignition dans les régions centrales de l’Asie, à quatre cents lieues de la mer: fait géologique important, puisqu’on avait voulu expliquer les éruptions volcaniques par le voisinage de la mer, qu’en général leurs foyers semblent suivre. Il ajou lait qu’on ne pouvait mieux faire que de consulter les ouvrages composés à la Chine sur l’histoire naturelle des climats qu’elle renferme, en attendant que le génie des sciences y conduisit les Dallas et les Humboldt. Le génie qu’in-

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voquait M. A. Rémusat l'a entendu. M . de Ilumboldt est allé non loin de ces volcans de la Tartarie chinoise ; les relations que des témoins oculaires lui ont fournies, ont confirmé les assertions de l’encyclopédie, et l’illustre voyageur a rattaché avec reconnaissance les indications puisées aux sources chinoises par M. A. Rémusat et M. Klaproth, à ses importantes considérations sur les systèmes de montagnes qu’on réunit sous le nom vague et, selon lui, très-impropre, de plateau central de l’Asie.

J’ai parlé tout à l’heure d’encyclopédie, et on a pu s'étonner d’en trouver une à la Chine ; il y en a plusieurs. La. plus considérable est celle qui a été publiée au Japon, et dont M. A. Rémusat à donné une table analytique complète en traduisant les titres de tous les chapitres.

11 ne faut pas être trop surpris en trouvant une ressemblance de plus entre notre Europe et cette Chine, qui semble avoir pris à tâche d’en offrir en tous points une reproduction, ou plutôt une contrelaçon achevée. Les ouvrages encyclopédiques appartiennent à deux périodes de la vie des peuples, aux époques primitives et aux époques très-avancées. Quand on sait peu, on éprouve le besoin de tout embrasser ; quand on sait beaucoup, on sent la nécessité de tout résumer. Les premiers livres des peuples contiennent la masse entière de leurs connaissances, sous une enveloppe poétique ou religieuse, dans une vaste et confuse unité.

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Toujours on commence par une vue de l’ensemble; puis on va de l’universel au particulier; puis enfin, après avoir étudié en délai! chaque partie du loul, on reconstruit ce tout qu’on avait décomposé; et ainsi, on finit comme on avait commencé, par des encyclopédies.

Là où la société est à la fois jeune et vieille, peu avancée et très-arrêtée, ignorante de beaucoup de choses, érudite en quelques-unes, il y a double motif pour que les encyclopédies se produisent. C’est ce oui a eu lieu au moyen âge. Le moyen âge est un enfant né vieux; la caducité de la société ancienne est empreinte sur la naïveté de la société nouvelle ; son berceau est un sépulcre. Aussi le moyen âge est savant dans les langes, et, encore au sein de sa nourrice morte, il balbutie confusément les choses passées. De cette science précoce et incomplète, naquirent ces vastes recueils véritablement encyclopédiques, au moins dans l’intention de leurs auteurs, nommés trésors, images du monde, qui contenaient, sous une forme tantôt allégorique, tantôt purement didactique, la somme des connaissances de nos pères. Comme on croyait, dans Aristote, la Bible et quelques anciens, posséder tout savoir, on ne reculait pas devant un ouvrage complet, de omnï scibili , et comme, en fait, le savoir était très-limité, il était assez facile de l’y faire tenir tout entier. Il en csL un peu de même à la Chine. La science y est renfermée dans des bornes

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étroites; mais elle a des prétentions à nue généralité absolue, puisqu’il n’y a qu’un mot dans la langue pour désigner l’empire chinois et le monde. Celle science est dans l'enfance; mais c’est une enfance caduque comme celle delà nation elle-même qui, aux erreurs du premier âge, associe souvent la pédanterie du dernier. La Chine est donc aussi dans celle situation doublement favorable aux encyclopédies, quand on ose les entreprendre parce qu’on croit tout savoir, et qu’on parvient à les achever parce qu’on ne sait pas grand’chose.

Je parle ainsi de l’encyclopédie japonaise par comparaison avec les lumières de l’Europe. Ce n’en est pas moins un ouvrage fort curieux, et duquel il y aurait beaucoup à tirer. Dans ce vaste recueil, qui n’a pas moins de quatre-vingts volumes in-8°, les objets ne peuvent être classés alphabétiquement, puisqu il n y a point d’alphabet en chinois; c’est donc une encyclopédie méthodique oui les sujets de même nature se trouvent réunis. Chaque objet est figuré, et a côté de la heure est le nom en chinois et en japonais, et une synonymie offrant les mots étrangers. M. A. Rémusat, en faisant sur cet ouvrage le travail dont j ai parlé pins haut, a eu soin d'indiquer la pagination d’après l’édition qui est à la bibliothèque royale, de sorte qu’oîi peut y trouver ce qu on y voudrait cherchei , aussi facilement qiie dans notre encyclopédie méthodique.

JJieu qu’à en juger par les litres des chapitres et par l’histoire du tapir asiatique que M. À. Rémusa t en a extraite, les fables les plus ridicules tiennent une grande place dans cette volumineuse collection, on ne peut nier qu’elle ne doive fournir des documents utiles. Un livre où il est traité de tous les genres de connaissances, depuis l’astronomie jusqu’à l’art de dévider la soie; de toutes les conditions sociales, depuis l’empereur jusqu’aux vétérinaires, aux sagesfemmes et aux femmes de chambre : un tel livre contient nécessairement bien des faits neufs et intéressants pour nous. Le texte peut être éclairci par les figures qui l'accompagnent, sauf à l’article des supplices; là, par exception, la place où les objets décrits devaient être représentés, a été laissée en blanc : délicatesse assez étrange de l’éditeur qui, en sa qualité de Japonais, ne devait pas avoir une horreur excessive du sang. Malheureusement la portion de l’encyclopédie relative à la géographie des peuples étrangers n’en mentionne pas un grand nombre. Il semblerait que la description du Japon devrait être la partie la plus complète de l’ouvrage, et c’est une des moins satisfaisantes ; elle est envahie par une foule de légendes locales qui se rattachent à la religion d’origine indienne qui, sous le nom de culte de Fo, s'est introduite aù Japon comme à la Chine; à ce bouddhisme dont 1 histoire, elicore presque ignorée, a joué un si grand rôle dans les destinées du monde et

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dans les travaux de M. A. Rémusai. Nous en dirons quelque chose à l’article des religions; revenons à l’ihistoire naturelle.

Je ne parlerai de la notice sur le tapir de la Chine, tirée de l’encyclopédie japonaise, que parce qu’elle a fourni au docteur Rouliu l’occasion de curieux rapprochements entre le rôle merveilleux que joue dans les imaginations américaines le tapir des Cordillères qu’il a découvert, et les attributs fabuleux que la crédulité chinoise a prêtés au tapir asiatique. Dans le nouveau monde, cet animal, très-innocent et inoffensif de sa nature, a été transformé en un être monstrueux et terrible; il épouvante les Indiens des Andes, qui lui attribuent des dimensions gigantesques, et croient que sous cette forme l’âme d’un de leurs anciens héros apparaît, quand un malheur menace leur nation. Les Chinois ont donné des pieds de tigre à ce pachyderme, en cette qualité cousin germain du pourceau, et une queue de bœuf à un animal sans queue. On ne s’en serait pas tenu là, suivant M. Roulin, et le tapir aurait eu les honneurs du mythe classique ; les griffons d’IIérodote, gardiens de trésors, et en guerre avec les Arimaspes, seraient des tapirs défigurés pai 1 ignorance des populations scythiqu’es, et transformés par l’imagination des Grecs en un composé merveilleux. Le bec crochu du griffon figurerait, dans cette hypothèse, la courte trompe du tapir qui , lorsqu elle est pendante, peut en effet ressembler à un bec recourbe.

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Le pied de tigre ou de lion que les Chinois lui ont donné lui serait resté ; puis on aurait attaché les ailes d’un aigle à celui qui en avait déjà la tête ; enfin, pour dernier ornement, on lui aurait fait présent d’une belle queue, enroulée et épanouie en feuille d'acanthe. Cet ornement grec était du moins plus gracieux que la queue de bœuf des Chinois ; le goût des peuples se peint jusque dans leurs plus grotesques fantaisies.

C'est toute une poésie populaire que cette création monstrueuse et fantastique qui se forme dans l’esprit des hommes d’après la création véritable. 11 se passe là quelque chose d’entièrement semblable à ce qui a lieu dans la formation spontanée des types héroïques ; la tradition les compose ainsi de toutes pièces, attachant sur un corps, quelquefois assez difforme, ailes d’aigles, griffes de lion. Dans cette opération, la fantaisie populaire est prompte, et fait faire rapidement bien du chemin à la donnée qu’elle travestit. Peu d’années lui suffisent pour rapetisser ce qui était grand, grandir ce qui était petit, transporter un personnage du monde réel dans le monde fabuleux. Quelque soixante ans après sa mort, Charlemagne est déjà, dans la chronique du moine de Saint-Gall, une espèce de géant et de matamore tout à fait invraisemblable ; il est, dans les romans de chevalerie, roi et père imbécile, tandis qu un roitelet gallois y figure comme le plus puissant des monarques. Aujourd’hui, malgré 1 invention de 1 imprimerie et les révélations des iné-

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moires, nous voyons se construire sous nos yeux la figure idéale, épique, pour ainsi dire, du héros de ce temps, et nous sommes tous plus ou moins dupes de cette construction à laquelle nous assistons. Déjà existe, dans l’imagination des peuples, un type convenu de Napoléon, qui commence à ne pas lui ressembler beaucoup et lui ressemblera moins de jour en jour ; dans soixante ans, ceux qui l’ont connu, s’ils vivaient alors, ne le reconnaîtraient plus. Ainsi va l'activité incessante de l’imagination humaine, défaisant, refaisant sans cesse, brodant le vieux, cousant le neul. En vérité, à la voir procéder de la sorte, il n’est rien qu’on puisse refuser de croire, pas même qu’un tapir soit devenu griffon.

En faisant des éléments de l’écriture chinoise la belle analyse dont j’ai rappelé les piquants résultats, M. A. Rémusat avait été frappé de voir la nomenclature employée par les Chinois pour désigner les objets naturels, se rapprocher, en plusieurs points, de la nomenclature si philosophique qu a inventée Linnée, et qu’ont adoptée tous les naturalistes. On sait qu’elle consiste à désigner les individus d’un genre par un substantif commun, et à différencier les espèces par un nom, soit substantif, soit adjectif, joint au premier : canis leo , canis viüpes , rosa ccinina , viola tricolor... Eli bien! les Chinois, guidés par cet instinct de classification systématique qui leur est naturel, ont rencontré, en inventant leur

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écriture, ces procédés de la terminologie linnéenne;

1s ont formé les caractères destinés à désigner les espèces, comme Linnée formait ses appellations binaires, de deux parties, l’une commune à toutes les espèces du genre, l’autre variable avec le nom de chacune d’elles. Seulement, comme leur langue écrite ne s'adresse qu’aux yeux, ils ont dessiné par des figures ce que Linnée exprimait par des mots. Pour désigner le loup et le renard, par exemple, ils ont tracé deux caractères ayant chacun une partie variable, qui désigne l'espèce, et une partie commune, qui est le nom écrit du chien, type du genre. On voit, je le répète, que c’est une traduction, une transcription en signes figuratifs de l’appellation binaire de Linnée.

Ce qui fait le plus d’honneur à l’esprit d’observation et d analogie des Chinois, c’est d’avoir reproduit sou- ’ vent, dans leur classification, des rapports existant réellement entre les êtres, et avoués des naturalistes modernes. Ainsi, dit M. A. Rémusat, le loup, le renard, la belette et les autres carnassiers furent rapportés au chien ; les diverses espèces de chèvres et d’antilopes, au mouton ; les daims, les chevreuils, l’animal qui poite le musc, au cerl ; les autres ruminants au bœuf, les rongeurs au rat, les pachydermes au cochon, les solipèdes au cheval... Voilà des familles vraiment natui elles. Ce n est pas un petit honneur pour les Chinois de reproduire, en quelque chose, la nomencla-

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ture inventée par Linnée, et les divisions adoptées par

Cuvier.

La désignation des insectes par nn mot qui veut dire : les animaux dont les os sont en dehors du corps , est remarquable. Des idées récentes sur l’anatomie comparée, particuliérement des crustacés, que les Chinois confondent avec les insectes, aboutissent précisément à justifier cette singulière expression.

Ces heureuses rencontres des Chinois, dans quelques parties de l’histoire naturelle, contribuèrent sans doute à diriger de ce côté les travaux de M. A. Rémusat . Ce qu’il avait entrepris était immense; il voulait faire un tableau complet des connaissances que les Chinois possèdent relativement aux animaux, aux végétaux et aux minéraux, donner pour chaque objet la synonymie en chinois, en japonais, en tonkinois, etc., dans les principales langues du haut Orient ; y joindre la synonymie européenne établie d après les descriptions et les figures, et des notices médicinales, usuelles, économiques, tirées des auteurs chinois. Tel est le vaste plan dont la mort a interrompu l’accomplissement, comme de tant d’autres du même auteur, encore plus regrettables. La partie botanique seule est trèsavancée ; pour le reste, il n’existe que le cadre d un travail, que M. A. Rémusat avait préparé sans doute, mais dont il ne paraît pas avoir commencé l’exécution.

L’utilité d’un pareil ouvrage serait d’établir des rapports certains entre les objets de la science orien-

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1 aie et ceux de la science européenne, et par là de meüre à notre portée les recettes et les procédés de la première. Peut-être ce résullat ne vaut-il pas toute la peine qu'il coûterait; on peut juger de la difficulté et des avantages qu’il peut y avoir à déterminer quel nom européen correspond au nom chinois d’une substance, par le travail de M. A. Rémusat sur la pierre Ju. Consacrer deux cents pages à préciser l’espèce minérale à laquelle ce nom doit se rapporter, et intéresser à une discussion si longue sur un sujet si restreint; rattacher naturellement cette question minéralogique à l’histoire du commerce antique de la liaule Asie, à l’origine des noms de Cachemir et du Caucase; résoudre en passant la question des vases murrhins ; à propos des pierres précieuses qui formaient le pectoral du grand prêtre, et les matériaux mystiques de la Jérusalem céleste, rencontrer en son chemin 1 Exode et l’Apocalypse ; c’est un tour de force, mais c est aussi, ce me semble, une prodigalité d’érudition, de temps et d’esprit. En général, c’est faire un emploi assez vain de l’érudition que de lui donner pour matière de ses recherches les' connaissances dont la nature est 1 objet et doit être la source. Les naturalistes ne tiennent pas grand compte de ces travaux ; ils estiment plus la découverte du moindre fait, que le labeur curieux par lequel on arrive à savoir à peu piès quels laits ont été connus ou ignorés à telle ou telle époque, en tel ou tel pays. L’histoire des

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sciences naturelles ne se rattache que bien rarement à celle de l’homme; or, c’est l'homme qu’il faut chercher dans 1 histoire, et la nature dans 1 observation.

Quant aux arts mécaniques, on sait la supériorité des Chinois dans quelques-uns. Surpassés maintenant dans la fabrication de la soie, ils l’emportent encore sur nous pour la porcelaine et pour la composition de leur encre ; seuls ils savent cultiver et préparer le thé, dont l’usage presque universel a fait de leur commerce un besoin pour le monde. La priorité de leur industrie dans certaines inventions d’une utilité capitale est incontestable ; nul doute que de temps immémorial on n'ait connu la boussole a la Chine que l’imprimerie n y date de 1 an 952, et le papiermoYinaie de 1154; qu il ny ait eu de laitilleiie au dixième siècle, et au commencement du douzième des caries à jouer, deux cents ans avant qu on fasse mention en Europe de la gravure sur bois.

La question est de savoir si 1 Occident a îeçu de l’Orient ces diverses inventions, ou si, comme on le croit généralement, il y est arrivé par lui-même de son côté. — Cette question est importante; on ne peut dire qu’il soit indifférent pour l’histoire de la civilisation de connaître d’où sont venues des découvertes qui ont influé à tel point sur elle ; et notre dédain poulies Chinois, qui nous semblent plutôt des magots que des hommes, serait un peu humilié, s’il se trouvait

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que nous leur devons ces Irois chose's : l’imprimerie, la boussole et la poudre à canon.

Cette grave question a occupé M. A. Rémusat, et s'il n’a pas cru pouvoir la trancher par une solution précise, on voit assez de quel côté il inclinait.

L’antériorité démontrée de ces inventions à la Chine et l’incertitude où l’on est en Europe louchant leur berceau et les auteurs qu’on leur a prêtés, forment, il faut l’avouer, un préjugé favorable pour l’opinion qui les fait venir de l’Orient.

La boussole a été apportée par les Arabes dont les embarcations commerciales allaient, comme on sait, rencontrer les jonques marchandes des Chinois dans les ports de l’Inde. La poudre à canon et 1 imprimerie seraient venues par la voie de terre. Remarquez que ces deux découvertes sont réclamées par plusieurs pays, et que leur date n’est pas bien certaine. En outre, d’après toutes les vraisemblances, c’est en Allemagne qu on les voit d’abord se produire; or, c’est en grande partie par l’Allemagne que s’établirent, au moyen âge, avec l’orient de l’Europe, et par suite avec toute 1 Asie, ces communications prodigieusement multipliées, qu une des gloires de M. A. Rémusat a été de mettre en lumière. Il n’y aurait rien d’impossible à ce que le moine allemand inconnu qu’on fait inventeur de la poudre à canon, à ce que ce mystérieux fust, dont on a mêlé 1 [îisloire à la légende fabuleuse du magicien Faust, à ce que ces hommes, ou d’autres,

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eussent reçu ces secrets de quelques-uns des nombreux voyageurs que l’esprit d’aventure, de prosélytisme ou de commerce poussait dans l’ombre aux extrémités de l’Asie.

Seulement il semble que ces connaissances auraient dû pénétrer plus tôt en Occident, au temps des invasions mongoles, qui parait avoir été celui des rapports les plus fréquents entre l’Orient et l'Europe. 11 est singulier aussi que Marc-Pol, qui passa plusieurs années au service d'un empereur de la Chine, qui fut envoyé par lui dans diverses parties de ses vastes Etals, pour y observer ce qui était digne de l’être, et qui, de ces observations faites pour le monarque tartare, a composé la relation si intéressante qu il nous a laissée; il est singulier qu’un homme qui avait tout vu et savait si bien voir, n’ait pas rapporté un secret qu’il devait connaître, puisqu'il 1 époque où il se trouvait en Chine, la typographie y était employée depuis trois siècles. Quoi qu'il en soit, une gloire restera à l’Europe, bien supérieure à celle de l’invention première qui peut être due au hasard, la gloire du perfectionnement et de l’application, où le hasard n’entre point. La poudre à canon ne servait pas aux Chinois, comme on l’a dit, seulement pour les feux d’artifice, puisqu’au dixième siècle ils avaient des chars à foudre , de véritables canons désignés par l’onomatopée assez expressive de pao. Plus tard, ils sont mentionnés dans une expédition du général mongol Souboutai, et le petit-

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fils de celui-ci avai ( un corps d’arlilleurs chinois dans son armée, en 1255, un siècle avant la bataille de Crécy, la première en Europe où celle arme ail figuré; mais depuis celte époque, l’artillerie chinoise n’a pas fait un progrès. Quelle distance au contraire d’un artilleur de Crécy à un artilleur de Waterloo !

L'imprimerie a débuté en Europe par le procédé où elle s'est arretée à la Chine, l’emploi des planches de hois mobiles, et celte analogie est une raison de plus de croire à une influence de la seconde sur la première. Mais l’imprimerie européenne, encore entre les mains de ses inventeurs ou de ceux qui passent pour l’avoir été, entre les mains de Fust et de Guttenberg, s’est élevée à un degré supérieur de perfection, et dès lors les caractères mobiles ont été trouvés. Telle est en toute chose l’opposition constante de 1 Orient et de 1 Occident : l’Orient invente et conserve, l’Occident applique et perfectionne. Langues, religions, systèmes, sciences, arts, jeux, il n’est presque rien qui ne nous soit venu de l’Orient; mais il n’est rien que nous n oyons amélioré et développé ; le progrès, le perfectionnement, tel est le génie de l'Occident. LOrient est une mer immense et immobile; 1 Occident est un fleuve qui en découle et s’en nourrit, mais qui marche toujours de plus en plus large, clair et profond, et a travers mille détours, mille erreurs, de rive en rive, de cataracte en cataracte, au-

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jourd’liui lent, demain rapide, s’achemine majestueusement vers des régions inconnues.

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