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Mais au fond de celle morale, qu’un sublime instinct a révélée au bouddhisme, sa métaphysique a déposé un germe mortel. Le bouddhisme est panlhéistique, et tout panthéisme conduit à l'indifférence. Si le panthéisme est grossier, l’homme qui ne voit dans l’univers d'autre mode d’existence que la vie matérielle, s’y abandonne et s’y endort. Si le panthéisme, plus subtil, s’élève, comme chez les bouddhistes, à l’idée de la substance absolue, sans attribut, sans forme, dont l'univers est la manifestation apparente, l’homme ne trouvant dans cet univers nulle réalité où se prendre, ne s’y arrêtera pas ; il tendra même à s'en dégager, et delà un déploiement d’énergie morale assez puissant. Mais par delà celte illusion qu’il aura traversée, que trouvera-t-il? Une unité si haute et tellement inaccessible, que la distinction du bien et du mal n’y atteint point. C’est dans le monde des
deux sectes s’entendent parfaitement sur le soin à prendre des animaux. Ce sentiment, touchant en lui-même, est là poussé jusqu’à la puérilité : « Laissez quelques aliments pour la nourriture des rats, y est-il dit; n’allumez pas la lampe, par pitié pour les papillons. » Ce dernier trait a delà grâce. Malheureusement, comme le remarque M. A. Rémusat, les sectaires, qui poussent si loin la sollicitude pour les animaux, n’ont pas, dans tout le livre, parlé une seule fois d'aumône en faveur des hommes. La faute en est au panthéisme qui, ne distinguant pas l’homme de la nature, ne le place pas au-dessus d’elle. C’est en partant de là qu’on en vient à le placer au-dessous et à fonder, comme aux Indes, des hôpitaux pour les bêtes, où une créature humaine est asservie à des puces. L’autre extrême, c’est le spiritualiste Malebranche, si convaincu que les animaux n’étaient que des machines, qu’il écrasait du pied, malgré ses cris, une petite chienne qu’il aimait.
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formes, des apparences, des changements, qu’il y a du bien et du mal, selon qu’on participe plus ou moins à l’essence des choses; mais si on l’a une fois atteinte, il n’y en a plus; car l’essence des choses en elle-même est insondable, inqualifiable, et flotte entre le bien et le mal, comme entre l’être et le néant.
De là résulte cette opinion des bouddhistes, que le degré suprême delà perfection morale est l’anéantissement de toutes les facultés absorbées dans la contemplation de Bouddha. Cesser d’agir, de sentir, de penser, c’est sortir du monde des changements et des apparences, c’est s’unir à la substance absolue, c’est s’identifier avec le principe de l’être, en se faisant aussi semblable au néant que lui.
Tel est l’état de la plus haute sainteté, le nirvriti, opposé à l’état dans lequel on participe à la vie du monde, et qui s’appelle sansara ; mais celte distinction même est encore une imperfection, parce qu’elle s’oppose à l’unification complète de toutes les pensées avec Bouddha. Aussi faut-il arriver à ce point où l’on reconnaît que le nirvriti et le sansara ne font qu’un.
La souveraine perfection consistant dans la souveraine unité, tout ce qui s’en éloigne, tout ce qui tend à la multiplicité, à la pluralité, est une chute et une souillure. Or, la multiplicité, la pluralité, c’est la vie. La vie est donc entachée et viciée dans son fond. La pensée, l’action, sont la source du mal ; et ce mal est
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la cause immédiate des êtres. Cette opinion, inhérente au bouddhisme, a influé d’une manière bizarre même sur sa cosmogonie. On y voit que l’ignorance ( avydia ), avec les erreurs et les passions quelle entraîne, est ce qui donne au monde sensible son apparence et aux intelligences leur individualité; existence apparente, existence individuelle : ce sont deux dégradations de l’unité suprême, où tout est enveloppé et confondu.
Ces conséquences funestes à l’activité morale de l’homme sont inévitables, quand on part du panthéisme. Il n'y a de moral que le théisme, qui conçoit Dieu, non comme l’essence, mais comme la cause du monde ; non comme une négation indéterminée, une abstraction dont on ne peut dire qu’elle est bonne on mauvaise, qu’elle est ou n’est pas ; mais comme une volonté vivante et aimante, une intelligence libre et infinie qui est identique au bien et essentiellement contraire au mal. L union de 1 homme avec un tel Dieu ne se fait pas par l’anéantissement de ses facultés, mais par l’harmonie de ce qui est en tous deux, l’harmonie de la volonté, de l’intelligence, de l’amour de l’homme, avec la volonté, l'intelligence et l’amour de Dieu. Dans ce Dieu, le bien moral a sa sanction ; car il y a son principe devant lui, la pensée, l’action, la vie, sont saintes, ou peuvent être sanctifiées ; il n’éteint point l’homme, il le développe; il ne l’écrase pas, il le relève.
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Ce Dieu, qui est celui des chrétiens et de Platon, le bouddhisme ne l'a pas connu : de là cet abîme où, malgré de nobles préceptes , sa morale vient s engloutir. Mais après avoir reconnu cette infériorité radicale et en avoir proclamé la cause, il faut, pour être juste, ajouter qu’avant d'approcher de ce terme funeste de l'activité morale que le bouddhisme s’efforce d’atteindre, il parcourt glorieusement un vaste champ de mérite et de vertu. Si le but est faux, la route est belle. Heureusement aussi elle est longue, cl trèsdifficile à suivre. Heureusement encore tout le monde ne peut prétendre à cette perfection, qui est un anéantissement. C’est le partage de quelques saints, Dieu merci, assez rares. Mais ce qui est à la portée de tous, ce sont des devoirs, inférieurs selon le bouddhisme, très-supérieurs en réalité. Pour arriver au nirvana, il faut commencer par être bienfaisant, charitable, humble, chaste, patient. Ce n’est , il est vrai, qu'une préparation; mais elle doit prendre quelque temps, et ce temps au moins est employé à un perfectionnement véritable. C’est un immense service rendu au monde que d’avoir enseigné efficacement ces vertus, et des prétentions même fatales à des vertus supérieures ne le peuvent effacer. D'ailleurs, ce qui dans le bouddhisme est un vice en théorie, a été quelquefois utile. Prêché à des races violentes et grossières, les races larlares par exemple, l’excès de son exaltation contemplative était pour elles sans danger, et a
LA SCIENCE EN ORIENT pu contribuer à les adoucir ; parmi des populations dominées par les intérêts matériels comme les Chinois, il était peut-être besoin, pour combattre cette tendance trop positive, d’une tendance exagérée à l'abstraction et au détachement des sens. Ce qui est certain, c’est que partout où l’on a pu observer son effet, on l’a trouvé très-salutaire; cl je crois avoir fait en faveur du christianisme des réserves assez décidées pour pouvoir conclure en disant que, sous le rapport de la morale, le bouddhisme est le christianisme de l’Orient ; christianisme imparfait, christianisme informe, si l’on veut: c’est encore beaucoup. La chose est si vraie que nulle part le christianisme n’a trouvé plus de facilité à s’établir que dans les pays où le bouddhisme avait été son précurseur. Le bouddhisme lui prépare le terrain et le féconde, tandis que le brahmanisme ou l'islamisme le sèche et le brûle.
Par cela môme que le bouddhisme rejetait les castes , il devait tendre à avoir un chef et une hiérarchie. Aussi, dès l’origine, voyons-nous à sa tête un patriarche qui est le représentant du Bouddha, et plus que son représentant. Dans une doctrine qui admet des existences successives, il était naturel d’en venir à supposer que chacun des chefs de la religion est une incarnation du même Bouddha. Ici ce n’est pas seulement la doctrine qui se transmet, c’est la suprématie. On conçoit quelleautorilé cette croyance peutdonner au prêtre-souverain 5 en qui elle voit une personnification
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toujours renaissante de son fondateur. De là sans doute est née en partie la possibilité de discipliner régulièrement le clergé bouddhiste; et cette discipline n’a pas été étrangère au succès de la doctrine. Les rangs de ce clergé sont d'ailleurs ouverts à tous; le poste suprême est vacant à la mort de chaque titulaire, et tout enfant peut prétendre à être nommé bouddha. 11 y a là un principedevie qui n’est pas dans F organisation immobile et fermée des castes; c’est un rapport de l’Église bouddhiste avec l’Eglise chrétienne. Du reste elles se ressemblent à plusieurs égards, car toutes deux ont des moines, des religieuses et un pape.
Telle est celte religion, dont l’histoire , encore à faire, serait l’histoire de la civilisation dans une grande portion du monde. Je vais suivre, comme je l’ai dit, les principales phases et migrations du culte du Bouddha , à travers la nuit qui les couvre, et où brillent çà et là quelques traces lumineuses ; ce sont en général les points par où M. A. Rêmusat a passé.
On est maintenant unanime à penser que la religion du Bouddha est née dans le centre de l’Inde, dans la province appelée autrefois Magadha, maintenant Béhar. Une hypothèse étrange avait prétendu faire du Bouddha un nègre, arguant d’une disposition bizarre de la chevelure que présentent fréquemment les statues du Bouddha, comme si la race nègre avait jamais donné quelque chose à une race supérieure ! Le détail de coiffure, pour lequel on renversait aussi lestement, et
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contre toute analogie, l’ordre des familles humaines, a été expliqué par un usage singulier de certains sectaires bouddhistes. Celte explication d’un fait sans autre importance par lui-même que celle que l’esprit de système avait voulu lui donner, a été accompagnée par M. A. Rémusal de curieux renseignements sur les trente-deux qualités visibles et les quatre-vingts sortes de beautés que les textes chinois et mongols prêtent au législateur-dieu Bouddha. L’imagination minutieusement descriptive de ses sectaires a fait de lui un signalement fantastique, il est vrai, mais où la tradition a conservé les traits dominants de la race à laquelle appartenait le promulgaleur du bouddhisme. Il y est dit positivement que le Bouddha avait les cheveux bouclés, et point crépus, les lèvres roses, le nez proéminent ; en un mot, s’il y a un Bouddha humain, il était beau comme l’ont été tous les fondateurs de religion ; il n’était pas plus un nègre que la vierge Marie n’était une négresse, quoiqu'elle soit représentée noire comme une Africaine dans les anciens tableaux, dont les auteurs la confondaient avec sainte Marie l’Égyplienne ; il appartenait à la race à laquelle appartiennent les Brahmes, race que la conformité de sa langue et de ses traits rapproche des populations grecques et germaniques, ainsi que des autres branches de celte grande famille de peuples à laquelle nous tenons, qu'on appelle Caucasique, et qu’on pourrait appeler HimalayennOs
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L'époque de la naissance du bouddhisme est plus difficile à fixer que le lieu de son origine, aussi les opinions ont-elles varié considérablement sur ce point. Pallas hésite entre deux dates séparées par une distance de mille ans. M. Langlès, par une distraction inexplicable, fait naître le Bouddha vers quatre cents ans avant Jésus-Christ, et mourir en 542 , cent quarante deux ans avant sa naissance, âgé de quarante-neuf ans, confusion assez plaisante, que M. A. Rémusat rfa eu garde de laisser passer sans la remarquer.
Pour lui, il a donné à la chronologie du bouddhisme une base nouvelle, parla découverte qu’il a faite, dans l’encyclopédie japonaise, d’une liste des trente-trois premiers patriarches bouddhistes, avec la date de la naissance et de la mort du plus grand nombre d’entre eux rapportée à la chronologie chinoise. D’après ces documents, la mort du Bouddha aurait eu lieu en 950 avant Jésus-Christ, qu’il aurait ainsi précédé de près de dix siècles. Sâkya-Mouni (c’est le nom terrestre du Bouddha) meurt à soixante-dix-neuf ans. Le premier des patriarches, celui qui reçut immédiatement de lui sa doctrine, fut un brahmane : au brahmane succèdent, l’un après l’autre, trois patriarches pris dans chacune des autres castes, un kehaltriya, un vaisya, un soudra; signe évident, dès l’origine, de la communauté de privilèges religieux établie entre tous les hommes.
Le document dont nous parlons dit peu de chose
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sur chacun clos patriarches; il les peint menant une vie austère et mortifiée qu’ils terminent d’ordinaire en se précipitant volontairement dans les flammes, comme les anciens le racontent de plusieurs bouddhistes que, sous le nom indien de samanéens et le nom grec de gymnosophistcs, ils distinguent des brahmanes.
M. A. Rémusat attachait une confiance entière à celte liste de patriarches qu’il avait découverte. Les principales époques qu’elle assigne au développement du bouddhisme s’accordent assez bien avec le peu qu’on sait de l'histoire de cette religion, et avec les traditions des autres peuples de l’Orient qui l’ont embrassée, notamment des Singalais. Cependant, quoi qu’en dise M. A. Rémusat, il est difficile que chacun des patriarches ait eu une vie moyenne de soixante-dix-neuf ans. Ce qu’il me semble alléguer de plus décisif pour établir que la liste n’a pas été forgée après coup, c’est que, sur le nombre total des patriarches, il y en a deux dont l’époque n’est pas indiquée, et huit pour lesquels on se borne à un rapprochement indéfini avec les règnes des empereurs chinois. Un faussaire, dit M. A. Rémusat, n’eût pas manqué de donner toutes les dates avec une feinte exactitude : cela est vrai; mais sans recourir à un faussaire, sans admettre que toutes les dates soient inventées, on peut Croire qu’il y a eu dans celte série des lacunes, et qu’elles ont été remplies arbitrairement; le monument n’en est pas
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moins très-important. Il suffit que la Vraisemblance de l’ensemble soit constante; il n’est pas besoin que la certitude des détails soit démontrée.
Le cosmopolitisme, qui est l’essence de la religion du Bouddha, a dû susciter, dès l’origine, des missionnaires dans son sein, et faciliter par là les conquêtes de son prosélytisme. Aussi voit-on, cent soixante-sept ans avant Jésus-Christ, le vingt-deuxième patriarche voyager jusqu’à Fergana, dans la petite Boukharie, à quatre cents lieues de l’Inde, du pays arrosé par les fleuves sacrés, et hors duquel, selon les Brahmanes, il n’est point de salut.
Ceux-ci commencèrent par tolérer la secte nouvelle qui s’était détachée de leur religion, et se bornèrent, pendant douze siècles, à la condamner comme hérétique; sitôt qu’ils commencèrent à la redouter, ils la persécutèrent. Le bouddhisme alors chercha un refuge au midi, dans File de Ceylan. Cette ile, déjà célèbre dans les traditions brahmaniques, théâtre des aventures qui remplissent une partie du Râmàyana, et d’où Rama enleva sa femme Sita, par le secours de son ami, le roi des Singes, Ceylan devint le sanctuaire de la religion rivale.
MM. E. Burnouf et Lassen, qui, dans leur Essai sur le pâli, ont su rattacher à leurs découvertes philologiques des éclaircissements importants pour l’histoire des religions, ont démontré que, du sixième siècle avant notre ère, datait la transplantation du boud-
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dhisme à Ceylan ; ils ont fort bien établi qu’il a passé delà dans l’Inde ultérieure, chez les Birmans, dans le Pégu, à Siam, en même temps qu’il pénétrait aussi à Java .
Ainsi, la religion persécutée allait s’étendant au sud et à l’orient de son berceau ; elle ne tarda pas à se répandre dans un pays immense où elle est devenue la foi du plus grand nombre, et où son histoire rentre plus particulièrement dans le sujet de celle notice; elle s’établit à la Chine.
Prés de quatre siècles avant Jésus-Christ (590), quelques livres bouddhistes y avaient déjà pénétré, et avaient été traduits en chinois, mais ce ne fut qu’environ neuf cents ans après, à la tin du cinquième siècle de notre ère, que le vingt-huitième patriarche bouddhiste, nommé Bodhi-Dharma , transporta de l'Inde avec lui le centre de la religion dont il était le chef, dans l’empire du Milieu.
Les Chinois lui donnent le nom de Ta-Mo, et à cause de ce nom il a été confondu, tantôt avec saint Thomas, tantôt avec un certain Thomas disciple de Manès; mais la date de sa mort (491 ans après Jésus-Christ), avérée par le témoignage irrécusable de l’histoire chinoise contemporaine, met à néant ces suppositions erronées. Cette époque coïncide à peu près avec la grande persécution du bouddhisme dans l’Inde. Ce fut alors en effet que la haine sourde que les Brahmanes nourrissaient depuis longtemps contre les
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bouddhistes éclata, croit-on, par un massacre. Il parait que les inimitiés philosophiques furent de moitié dans cette persécution avec l’intolérance sacerdotale, car c'était un philosophe de la secte, il est vrai, la plus théologique, appelée Mimansa, ce Khourila-Batla qui souleva contre les sectateurs du Bouddha les chefs et les populations de l'Inde, et qui lit retentir ce terrible anathème : « Depuis la mer du midi jusqu’au pied de l’Himalaya couvert de neige, que celui qui épargnera les femmes ou les enfants des bouddhistes soit livré à la mort. »
Celte sanglante extermination, qui semblait devoir anéantir le bouddhisme, fut ce qui lui livra piesque toute la haute Asie. Repoussé de l’Inde, il se répandit sur tous les pays environnants, à l’est sur la Chine, au nord sur le Thibet, et même à l’ouest sur la Perse, enfin chez les diverses nations lartares. Suivons ses destinées dans ces différents pays.
D’abord, il faut dire que le fer et le feu, aux mains du fanatisme religieux et philosophique, n avaient pas suffi à extirper radicalement le bouddhisme du sol de l’Inde. On y rencontre des vestiges de celte croyance, encore après le onzième siècle et jusqu’au seizième. Maintenant elle n’y existe plus sous son nom ; mais on la retrouve dans quelques sectes qui semblent sorties de son sein, entre autres la secte des Djainas. La même cause qui avait fait émigrer en Chine le chef de la religion bouddhiste, porta au septième siècle
LA SCIENCE EN ORIENT les mêmes doctrines dans les contrées montagneuses du Thibet, qui reçurent aussi à cette époque leur éciiluie de 1 Inde, contrée à laquelle ils doivent ce qu ils ont de civilisation, bien loin de lui avoir rien donné, comme on lavait cru. Celte importation du bouddhisme indien au Thibet ne fut point la source du lamisme quis y constitua plus lard. Le lamismese rattache au bouddhisme chinois, qui avait usa tête le successeur des patriarches émigrés de l'Inde. On voit bien au neuvième siècle un religieux chinois qui vient tenter 'une réforme du bouddhisme plus grossier des Ihibélains ; mais il est vaincu dans une discussion solennelle par un Indien défenseur de l’orthodoxie thibétaine, et retourne en Chine, laissant une de ses lettres pour tout souvenir et adieu à ses partisans, qui paraissent avoir été peu nombreux. Au Thibet on continua de se passer de la doctrine plus épurée que le réformateur chinois était venu apporter sous le nom de Grande Doctrine, et d’aller à Ceylan étudier les traditions bouddhistes de l'Inde, qui s’y étaient transportées dans leur intégrité avant de se modifier à la Chine.
Les prédications chinoises furent plus heureuses dans d autres pays plus civilisés, et où les missionnaires indiens ne les avaient pas devancées. C’est ainsi qu elles établirent le bouddhisme au Japon et en Corée, probablement vers le sixième siècle après Jésus-Christ.
D’autre part, il continuait à se répandre de l’Inde
au nord et à l’ouest parmi les nations tarlares et ces nations gothiques qui étaient les barbares du monde chinois, comme leurs frères étaient les barbares du monde romain. Au quatrième siècle de notre ère, des pèlerins chinois trouvèrent dans la partie nord-est de la Perse des populations gothiques qui, descendues des plateaux de l’Asie centrale, avaient fondé sous l’influence du bouddhisme un État civilisé.
Sur les plateaux même, dans les steppes de la petite Boukharie, le bouddhisme en se propageant semait des monastères, et établissait des relations commerciales entre l’Inde et les villes tarlares. L’un de ses foyers principaux, qui furent en même temps des foyers de commerce et de civilisation, était cette ville de Kolhan, dont M. A. Rémusat a traduit l'histoire, et qu’il appelait la métropole du bouddhisme en Tartarie. Cette histoire, assez maigre dans sa première partie, et dont la seconde est remplie de merveilles extravagantes, n’en contient pas moins des indications précieuses pour l’ histoire du bouddhisme. Ainsil’on voit qu’il n’y était pas encore établi à la fin du premier siècle de notre ère; en l’an 75, le roi deKothan, qui fait la guerre aux Chinois, ne connaît pas la doctrine ; il est entouré de devins, il adore Dieu sous le nom d 'Esprit. Telle était la religion formée d’un théisme vague et d'incantations qui avait cours parmi les nations tartares avant le bouddhisme, comme on le peut voir dans l’histoiredeGengis-Khan; c’est ce qu’on a improprement
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