‹ La science et les lettres en OrientChapitre 40 sur 101 · TRADUITE PAR M. MOHL · texte numérisé non relu

TRADUITE PAR M. MOHL

L’ouvrage dont je vais parler est un des six grands monuments épiques formés spontanément par la tradition nationale des peuples. L'Inde a le Mahabharat cl le Ramayana , la Grèce a Y Iliade etl 'Odyssée, le moyen âge a les Niebelunyen , la Perse a le Livre des Rois (, SchaU-Nameh ). Ces compositions, si diverses à certains égards, ont cela de commun, qu'on ne peut les considérer comme l’œuvre du caprice individuel; elles sont évidemment le produit del imagination des masses et le résultat de la tradition des siècles. Je reviendrai sur les différences qui séparent ces grands monuments épiques. Disons dès à présent que celui de Firdousi se distingue de tous les autres en ce qu’au lieu d’offrir le

LA SCIENCE EN ORIENT

tableau d’un grand événement, il comprend un certain nombre de récits formant une série qui commence avec les temps les plus obscurs et les plus fabuleux de la civilisation persane, et qui se prolonge jusqu’au jour où cette civilisation expire sous l’islamisme. L’unité de tous ces récits , c’est l’unité de celte civilisation ellemême, représentée de siècle en siècle par des rois de même race, civilisation fondée dans les temps modiques par Djemschid, régénérée par Zoroastre, vaincue et respectée par Alexandre , opprimée par les Arsacides, relevée par les Sassanides, tuée par les Arabes.

Les iécits ne sont point de 1 histoire; ils contiennent la tradition telle que le temps l’a faite et telle que l’a recueillie lirdousi vers 1 an 980 de notre ère; mais une tradition nationale n’est jamais entièrement dénuée de vérité : elle n’invente pas les faits, elle les altère et les transforme. La manière dont ces altérations et ces transformations s’accomplissent est elle-même un fait historique ; en outre, la tradition supplée au silence de 1 histoire ou la complète, car souvent le génie des peuples se révèle mieux dans ce qu’ils croient que dans ce qu’ils savent.

Un livre qui renferme les traditions de la Perse, recueillies et chantées par son grand poète, est donc un des livres les plus importants que puisse offrir la littérature du genre humain. Ce livre, qui contient soixante mille distiques, n’avait jamais été traduit dans aucune langue de l’Europe. Ce qu’on avait de mieux était un

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