‹ La science et les lettres en OrientChapitre 43 sur 101 · LE SCH AH-NAMEII · texte numérisé non relu

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riocle d’oppression et de crimes. Les prophètes lui annoncent que le vengeur de tant de maux va venir, et Feridoun naît pour changer le Sort de la terre.

L’impur Zohak avait fait mourir le père de Feridoun.

La mère du futur libérateur de la Perse le cache au sommet du mont Alborz, dans une forêt où il est nourri par une vache merveilleuse. Quand l’heure est venue, Feridoun descend de sa montagne, il apprend de sa mère les crimes de Zohak et jure de mettre en poudre le palais du tyran. Mais voici ce qui advint alors. Zohak, pour imposer silence à sa conscience, imagine de faire attester, par tous les sages et tous les grands de son empire, « que, comme roi, il n’a semé que la semence du bien, n’a prononcé que les paroles de la vérité, n’a jamais enfreint la justice. » Les grands signèrent par peur celle déclaration mensongère. Tout à coup se fit entendre à la porte du roi le cri de quelqu un qui demandait justice. C’était un forgeron nommé Kavveh, auquel on avait pris dix-sept fils pour nourrir de leur cervelle les serpents qui sortaient des épaules du roi. Ce malheureux père venait demander qu’on lui laissât le seul fils qui lui restait. En voyant la singulière attestation que Zohak avait arrachée à la faiblesse des grands, « Kaweh se leva, criant et tremblant de colère; il déchira la déclaration et la jeta sous ses pieds; puis, suivi de son noble fils, il sortit de la salle en poussant dans les rues des cris de rage. . . Lorsque Kaweh fut sorti de la présence du roi, la foule s’assembla autour de

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lui. A l’heure du marché, il courait demandant du secours et appelait le monde entier pour obtenir justice; il prit le tablier avec lequel les forgerons se couvrent les pieds quand ils frappent du marteau, et le mit au bout d’une lance. » t

Kaweli va chercher Feridoun ; celui-ci, armé de sa massue à la tète de bœuf, vient assiéger Zoliak dans son palais. Il n’y trouve que deux filles de Djemschid, dont le tyran avait fait ses épouses et qui apprennent au vainqueur que Zoliak s’est enfui dans lTIindoustan, où il erre désespéré, se baignant dans le sang pour taire cesser les intolérables douleurs que lui causent les morsures des deux serpents. Bientôt, furieux d’apprendre que ses femmes sont au pouvoir de Feridoun, Zoliak s introduit dans sa ville, mais la population est contre lui. « Toutes les terrasses et toutes les portées étaient couronnées par le peuple de la ville, par tous ceux qui pouvaient porter des armes ; les vœux de tous étaient pour Feridoun, car leurs cœurs saignaient de l’oppression de Zoliak. »

Feridoun, vainqueur, entraîne son ennemi et le porte dans les cavernes du montDemavend, le Caucase persan, où il est suspendu les mains clouées au rocher. V aurait-il là un retentissement du mythe de Prométhée à travers l’Orient?

Ce qui est plus certain, c’est que l’antique insurrection qui renversa la puissance usurpée dont Zoliak est le symbole, apparaît dans le récit qui précède comme

LE S G U AH -N AME H profondément nationale. Chacun, du toit de sa maison, prend part à la défaite de l’ennemi. On s’écrie :

« Quand une bête féroce serait assise sur le trône royal, tous, vieux et jeunes, nous lui obéirons; mais nous ne souffrirons pas sur le trône Zohak, cet impur dont les épaules portent des serpents. » Celui qui a levé l’étendard de la révolte est sorti des rangs du peuple, l’étendard lui-même est un tablier de forgeron. Il est beau de voir ce rustique emblème de l’indépendance nationale, conservé par le respect des âges, demeurer l’oriflamme de la monarchie persane.

Il dura autant quelle, et fut porté devant tous les rois, depuis Feridoun jusqu à Jezdejird. Élargi de îègne en règne pour qu’on pût placer les joyaux dont chaque monarque voulait le parer, le glorieux tablier avait atteint une dimension de vingt-deux pieds sur quinze, quand il tomba aux mains des Arabes; il fut alors déchiré et partagé par les vainqueurs, comme l’empire dont il était le palladium populaire et sacré.

Feridoun réorganise la société deDjemschid. « Cha^ cun a son devoir, dit-il; lorsque l’un entreprend l’œuvre de l’autre, le monde se remplit de désordres... » Puis, Feridoun fit le tour du monde pour voir ce qui était découvert et ce qui était caché; partout où il vit une injustice, partout où il vit des lieux incultes, il lia par le bien les mains du mal, comme il convient à un roi. »

Feridoun marie ses trois fils aux trois filles du roi

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d \emen, union qui fait croire à d’antiques alliances entre les peuples iraniens et les populations arabes; ensuite il partage entreeux le monde : Selm, roi deRoum, c’est-à-dire de l’Occident, et Tour, roi du Nord, c’està-dire des populations turques et tartares qui, à cause de lui, ont porté le nom de Touraniennes, se soulèvent contre Iredj, roi de 1 Iran ou de la Perse proprement dite. Iredj porte une âme douce et tendre, il ne veut point combattre ses frères, il va au-devant d’eux sans armée, sans défense ; il leur dit : « Je ne veux ni l’Iran, ni 1 Occident, ni la Chine, ni l’empire, ni la vaste surface de la terre... Je suis las de la couronne et du trône, je vous donne le diadème cl le sceau royal; mais soyez sans haine contre moi, je ne vous attaque pas, je ne vous combats pas, je ne demande pas la possession du monde, si cela vous attriste... Je suis habitué à être humble, et ma loi me commande d’être humain. »\ Mais Tour, le farouche frère d’Iredj, le Caïn de ce tendre Abel, frappe d un lourd siège d’or la tête innocente de son frère, qui lui demande la vie d’une manière touchante : « Ne fais pas de mal à une fourmi qui traîne un grain de blé, s’écrie-t-il, car elle a une vie, et la douce vie est un bien. Je me contenterai d’un coin de ce inonde où je gagnerai ma vie par le travail de mes mains. » Mais Tour, le père du peuple maudit, achève son crime en poignardant son frère.

Le fratricide envoie au vieux Feridoun la tête de son malheureux fils. Feridoun « pleura dans son amertume

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