‹ La science et les lettres en OrientChapitre 48 sur 101 · I. A SCIENCE EN p MENT · texte numérisé non relu

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Celle reconnaissance, ainsi amenée, est profondément pathétique. Ce qui ne l’est pas moins, c’est la résignation de Zohrab, qui console son père, c’est la douleur de Ruslem, et surtout celle de la mère de l’infortuné Zohrab eu présence du cercueil de son fils. « Elle frappa son visage, elle tomba sur la terre, elle ne pouvait plus parler, elle avait perdu tout sentiment; on eût dit que le cours de son saqg s’était arrêté. Enfin, la malheureuse revint de son évanouissement, et ses lamentations recommencèrent... Elle prit l'ornement de tètp de son fils, cl elle pleura. Elle pressa sur son sein les sabots du cheval qui avait porté le héros au jour du combat. L’animal se tenait près d'elle tout étonné; elle lui baisait tour à tour les yeux et la tête, elle baignait ses pieds d’un lorrpq), de sang; elle prit le royal vêtement de Zohrab et l’embrassa comme son enfant. La terre fut rougie du saqg de ses yeux. Elle plaça devant elle la cuirasse, lq cotte fie mailles, l’arc, la lance, la massue pt le glaive du jeune homme; elle frappa sa tête de la lourde massue, et, dans l’amertume de ses souvenirs, elle déchira de nouveau son sein; elle prit la selle, et la bride, et le bouclier, et les pressa contre ses joues; elle prit le lacet de Zohrab et le déploya sur la terre. Elle pleura sur tout ce qu’il avait possédé, et se lamenta saq? mesure. Elle tira le glaive de Zohrab, coupa la bride du cheval, et le laissa aller en liberté. Elle donna aux pauvres la moitié de ses trésors. Vêtue de noir, elle

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gémit jour et nuit sans relâche, jusqu’à ce que la pauvre désolée expirât dans sa douleur, et fût rejoindre son bien-aimé Zohrab. »

Après la touchante histoire de Zohrab vient celle deSiavesch. C’est la vieille aventure de Phèdre et de l’impératrice du roman des Sept sages. La reine veut séduire le fds de son époux, et, comme la femme de Puliphar, accuse celui qui l’a repoussée. Siaveschsorl victorieux de l'épreuve du feu, dont l’origine orientale et non chrétienne est attestée par ce passage et par •celui du Ramayana , dans lequel la belle Sita prouve son innocence par le même moyen.

Bientôt le jeune prince est victime de la générosité des sentiments que Rustem, son maître, lui a inspirés. Le roi des Touraniens, Afrasiab, a fait des propositions de poix, et, sur la demande de Siavesch, lui a envoyé cent otages. Kaous, avec son impétuosité or dinaire, condamne les négociations entreprises par son fds et demande les otages pour les pendre. Siavesch ne peut consentir à ce manque de foi, il aime mieux quitter son armée, et, sous un nom supposé, aller cacher sa destinée à la cour d’Afrasiab. Celui-ci l’accueille avec tendresse et lui donne en mariage une fie ses fdles, bien que les devins aient annoncé qu’un de ses pelits-fds doit détruire le pays de Touran, et qu’il craigne, en unissant sa tille à un héros iranien, de hâter l’accomplissement de cette prédiction. Cependant Siavesch finit par exciter l’envie du frère

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d’Afrasiab, cl le roi de Toucan lui-même ordonne sa mort.

Mais bientôt riait ce fils annoncé comme le lléau des Touraniens. C’est Khosrou, dans lequel on est porté à reconnaître Cyrus. Malcolm fait remarquer quelle est, à travers bien des différences, la coïncidence qui se trouve entre le récit d'Hérodote et celui de Firdousi. « Un petit-fils naît à un roi qui, craignant pour sa propre sûreté, cherche à se défaire de cet enfant et charge de ce soin son ministre. L enfant est conservé par la personne qui avait ordre de le faire périr. Le monarque le sait et consent à le laisser vivre. Le jeune prince fait ensuite la guerre à son grand-père, dont l’armée se trouve être commandée par le même ministre ’. » Certes, ces analogies, sans parler de celle du nom, sont frappantes. On peut remarquer, en outre, l’extrême ressemblance de toute cette histoire avec celle de Romulus, qui disparaît aussi du milieu des siens, comme nous le verrons tout à l’heure de Khosrou. C'est une raison de plus de ne voir qu’une légende dans ce que racontent les premiers chapitres de Tite-Live. Les innombrables batailles de Khosrou contre Afrasiab paraissent être un vague souvenir des expéditions de Cyrus contre les Scythes. Xénophon dit positivement2, en deux endroits, que, de son temps, des chants célébraient les aventures et les exploits de

4 Histoire de la Perse, par Malcolm, traduction française, p. 554

2 Préface de Gœrres, p. 155.

LE SCIIAII-N A.ME11 Cyrus. Dans ces chants populaires se conservait probablement la tradition qui a fourni la base de celle partie du Livre des Rois.

Ici ces guerres, qui, dans la réalité, fuient causées par des inimitiés nationales et par les causes politiques et géographiques qui, à toutes les époques, ont mis aux prises les habitants de la Perse et leurs sauvages voisins du nord ; ces guerres ont pour motif la vengeance du meurtre de Siavesch. L expiation du sang par le sang est le principe des mœurs et des sentiments héroïques de la Perse, comme des mœurs et des sentiments germaniques.

Un fils d’Afrasiabest fait prisonnier par les Iraniens. Le jeune prince, menacé de la mort, s écrie qu il a été l’ami de Siavesch, qu’il a pleuré son malheur et maudit ses meurtriers. Saisi de pitié, un guerrier va porter ces paroles à Rustem: mais celui-ci, indigné, s’écrie: « Tu songes peu au sang du noble fils de Kaous. Il faut qu'un chagrin profond soit préparé pour le cœur d’Afrasiab, une peine qui ne s’épuise jamais. »

* Au milieu de ces interminables combats se dessine la grande figure de Rustem. Outre la guerre générale, il accomplit encore d’autres exploits qui lui sont particuliers; telle est sa singulière aventure avec le div Akwan. Celui-ci saisit Rustem et l’enlève dans les airs, après quoi il lui demande s’il préfère être jeté dans l’océan ou précipité sur la terre. Rustem, qui comprend la malice du mauvais génie, choisit la terre,

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