I. A SCI EN CK EN OUÏE NT
sachant bien que ce sera pour son ennemi une raison •le le laisser tomber dans la mer. C’est ce qui arrive en effet; mais le héros tire son glaive de la main droite pour écarter les monstres marins, tandis qu’il nage du bras gauche, et gagne ainsi le rivage.
La tin de Khosrou ne ressemble exactement à aucune des différentes versions de la mort de Cyrus, telle que la racontent les auteurs anciens; mais, légende pour légende, celle ci est belle et louchante.
Après soixante années de règne, Khosrou est saisi d une pensée triste. « Jusqu’ici j'ai été juste, mais si j’allais devenir comme Zohak, Tour ou Kaous. » Poursuivi par celte crainte, il demande à Dieu de l’ôler de ce monde. L’ange Serosch lui apprend dans un songe que son vœu a été exaucé. Alors le roi rassemble ses guerriers, leur partage ses trésors, nomme un successeur, et se met en route vers la montagne sur le sommet de laquelle il doit disparaître. Tout le peuple pleure son roi et veut le suivre; Khosrou invite ceux qui l’accompagnent à retourner dans leur patrie. Un petit nombre de braves demeurent, fl leur dit adieu durant la nuit; et, quand l’aurore paraît, ils ne trouvent plus leur roi au milieu d’eux. Mais nul de ceux qui ont été témoins de sa disparition merveilleuse ne doit revenir parmi les hommes; surpris par une tourmente, tous périssent, ensevelis sous la neige.
Ce dénoùment semble une altération de la tradition • pie rapporte Hérodote, et selon laquelle Cyrus aurait
i. k sciiaii-.na.mkii péri au delà de l’Oxus, pendant, une expédition contre les Massagètes. Dans ces contrées septentrionales, il a pu être enseveli sous la neige avec son armée. Seulement la vanité nationale du peuple aurait fait de ce désastre, d’ou personne n’était revenu, le départ mystérieux de Khosrou pour l’autre monde.
Nous arrivons à des noms connus de l’iiistoire. A Khosrou, qui est bien vraisemblablement Cyrus, succède Lohrasp, dont le fils, Gustasp, porte certainement le même nom qu’IIystaspe, père de Darius; mais la vérité historique se borne presque aux noms et à quelques rares et incertaines allusions à des faits réels. Gustasp est, dans Firdousi, le héros d’une aventure des plus romanesques. S’étant brouillé avec son père, il fuit déguisé dans le pays de Roum, c’est-à-dire dans l’empire grec, plait à la fdle de l’empereur (Ivaisar), l’épouse, tue un monstre, et revient dans son pays à la tête d’nne armée. Je serais porté à croire que cette histoire romanesque, dans laquelle figure le César de Constantinople, est d’origine plus récente que le reste de la tradition, et ne se lie à aucun des souvenirs antiques de la Perse.
Mais à côté de cet épisode purement fictif se trouve mentionné un événement véritable et d’une haute importance historique, l’établissement de la religion de Zoroastre (Zerduscht). Tout porte à placer la venue de ce grand réformateur vers le temps d’Hyslaspe ou de Darius, et c’est sous Gustasp que Firdousi fait ap-
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paraître le saint vieillard, pour abolir le culte des idoles et fonder ou plutôt renouveler le culte du feu, qui remonte à Djemschid l. Il apporte la flamme céleste du paradis, où il a conversé avec Dieu. Il vient montrer aux hommes la foi véritable, et leur enseigner la loi. Ces expressions sont remarquables; elles font voir à quel point l’empreinte de l’antique religion de laPerse sur la tradition subsistait encore au temps de Firdousi, après quatre siècles d’islamisme.
Le mahomélan Firdousi fait parler Zoroastre à peu près comme l’eût fait parler un Guèbre. Dans plusieurs endroits de son poëme, ses personnages discourent et agissent suivant l’esprit de la religion de Zoroastre. Cependant, malgré les soupçons qui se sont élevés sur son orthodoxie, Firdousi était un musulman sincère. Scs professions de foi sont fréquentes et énergiques. Il n’a donc jamais pu introduire dans la tradition l’esprit du magisme; mais il l’y a souvent conservé : c’est une preuvede sa fidélité pour cette tradition, qu’il respectait et suivait encore, même quand elle s’écartait de sa croyance; c’èst un mérite de plus qu’a pour nous son poëme.
La mort du vieux roi Lohrasp, massacré à Balkh avec quatre-vingts prêtres qui, le Zend-Avesta à la main, priaient devant le feu sacré, se rattache évidemment à la tradition ordinaire du massacre des
i Rréïace de M. Molli, |>. ">7.
LE SC 11 AI1-NA.MEU marres, immolés avec Zoroastre lui-même. Ce qui concerne ce législateur dans le Livre des Rois est ce qu on possède de plus ancien sur sa vie et sur rétablissement de son culte, et le silence de Firdousi fait justice des fables contenues dans les ouvrages persans postérieurs, fables puériles et très-probablement imaginées plus
lard.
Sous le règne de Gustasp parait sur la scene son (ils Isfendiar, le plus brillant héros de l'Iran apres l’invincible Rustem.
Isfendiar est présenté dans le Livre des Rois comme le grand propagateur de la religion de Zoroastre. Ses conquêtes sont celles du culte nouveau. En outre, on incline à voir en lui Xerxès, fils de Darius llystaspe, comme Isfendiar est tils de Gustasp. S’il en était ainsi, les expéditions du père et du fils contre les Grecs, ces expéditions dont l’immense appareil a élé tant célébré, et probablement tant amplifié par les vainqueurs ‘, ne seraient représentées dans la tradition persane que par la mention rapide et insouciante d une expédition d’Isfendiar dans l’ouest. C’est que la tradition nationale n’enregistre pas volontiers les défaites, c est que ces événements si importants pour les destinées de l’Occident se passaient loin du centre de 1 empire
4 Hérodote, et après lui Isocrate et Plutarque, portent le nombre des soldais de Xerxès à cinq millions environ ; mais Diodore de Sicile Pline, Ælien, s'accordent pour en retrancher les quatre cinquièmes. (Malcolm, Histoire de la Perse, I, 547.)
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persan, et n'y ont retenti que faiblement. Les luttes ignorées des populations de la Perse contre les populations scythiques, et le rôle qu’ont joué dans ces luttes quelques chefs militaires des provinces du nord et de l’est, voilà ce qui a vécu dans la mémoire des masses, voilà ce qui a inspiré les chants des poètes. 11 n y avait point de place dans ces chants pour fine guerre qui intéressait la civilisation du mondé, mais qui ne touchait pas l'Orient. L’Orient a célébré Rustem et Afrasiab, personnages inconnus à l 'Occident; il s est tu sur Xerxès et sur Thémistocle. Singulières vicissitudes de la renommée! Ce que Pascal dil de la vérité, on peut le dire plus justement de la gloire : Quelques degrés du méridien décident de l’illustration des hommes, célèbres en deçà, ignores au-delà!
Il y a un singulier rapport entre là destinée d’isfendiar et celle du fils de Pélée ; son corps est invulnéi ci blé, saut en un point, ou la mort doit le frapper. Encliaîné impitoyablement par son père, quand on vient le chercher pour aller guerroyer, il refuse; et on le décide à combattre en lui apprenant la mort d’un ami qui était le Patrocle de cet Achille. Mais ce héros, si brillant qu’il soit., doit tomber sous les coups de Rustem. Le vieux roi a promis à Isfendiar de lui abandonner le sceptre et la couronne; pressé par l'impatience de son fils, il se décide à lui ordonner d’accomplir un exploit périlleux, d’aller s’emparer de Uuslém, et de
LE S G II A 11 -N AM Eli l’amener chargé de liens. Le héros, sous le poids d’un pressentiment sinistre, enlreprehd, malgré les craintes de sa mère, celte expédition, dont il comprend le vrai motif, et dont il prévoit le triste dénoûmenl.
Arrivé dans le Seistan, patrie de Ruslem, lsléndiar envoie vers lui son fils Bahman et dix mobeds pour lui faire part des ordres du rdi et l’engager à s’y soumettre. Lejeune envoyé arrive sur une montagne, au lieu où se plaisait à chasser le hêlos du Seistan, et de là découvre un homme « qui, par sa taille, ressemblait au mont Bisouloun. Il tenait, en guise de massue, un tronc d’arbre, avec lequel il avait tué un âne sauvage; il portait sa proie vers le feu sans effort, comme si c'eût été un oiseau. » Ce géant était Rustem. Ruslem embrasse le fils d’Isfendiar, et, avant d’entendre son message, l'invite à manger avec lui. Ceci est dans les mœurs homériques et dans les mœurs de l’Orient.
Rustem mange comme un lion, et, quand Bahmau a fait sou message, il reçoit cette réponse : « Personne ne m’a jamais chargé de liens... Mais viens vers moi avec ton armée, nous passerons deux mois ensemble, vivant joyeusement ; nous chasserons et banquetterons; je t’instruirai dans l’aride la guerre, car lu es jeune et je suis vieux (Rustem a déjà vécu sept siècles ) . Hûand tu voudras me quitter, je Couvrirai mes trésors et t’accompagnerai moi-même vers le roi, atin que la haine s'éloigne de son âme. »
lsléndiar répond qu’il ne peut sc dispenser d’obéir