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fragments; mais ils n’en sont pas moins impérissables; ils sont construits avec tant de solidité que les siècles, on peut en être sûr, ne les ébranleront pas. Burnouf est de cette rare famille d’esprits à qui il n’est pas donné sans doute de tout dire, mais qui dans ce qu'ils disent ne se trompent jamais.
On doit concevoir maintenant comment Ampère, ravi de pareils travaux, tenait à les faire estimer des autres autant qu’il les estimait luimême; et comment il a voulu en étendre l’utilité au delà des limites toujours fort restreintes du monde savant. En cela, il a eu parfaitement raison. Dans les destinées nouvelles que la civilisation chrétienne prépare à la vieille Asie, il est bon que chacun de nous, même parmi les moins érudits, connaisse dans une certaine mesure le passé de ces peuples, que nous transformons peu à peu, et qui ne sauraient mieux faire que de se mettre à notre suite. L’ignorance inévitable où nous sommes nous porte trop souvent au mépris de tou tes ces races, dont quelquesunes sont plus anciennes et presque aussi intelligentes que les nôtres. Il faut qu’on nous apprenne ce qu’elles ont été, qu’on nous explique, d’après les monuments les plus certains, leurs antiques
PREFACE
et vénérables croyances, et qu’on nous en fasse comprendre le véritable sens et la portée. Peutêtre, en connaissant davantage ces nations, deviendrons-nous aussi plus bienveillants et plus justes envers elles, dans les rapports que nous les contraignons d’avoir avec nous.
On a pu dire jadis Ex Oriente lux; et quand on se rappelle ce que la Judée et la Grèce ont donné au monde, cet éloge est certainement trèslégitime. Mais aujourd’hui il est bien plus exact encore de dire le contraire : Ex Occidente lux ; et si l’Asie doit jamais reprendre une vie nouvelle, c’est des peuples occidentaux et chrétiens qu’elle la recevra. La Chine commence à s’ouvrir à toutes nos influences, soit par la guerre, soit par le commerce, soit par l’étude; le Japon, qui était plus fermé qu elle encore, sera bien tôt ouvert complètement, presque aussi original et plus estimable, à bien des égards. L’Inde, avec ses deux cents millions d’habitants, est sous l’empire et à 1 école des Anglais. La Cochinchine se met à la nôtre; Java est, sous l’administration des Hollandais, la perle des colonies présentes et passées, le modèle des colonies futures dans cette partie du monde ; l’Australie, avec son avenir sans limites, est tout européenne, c’est à-dire loute