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dans celle entreprise. » Bientôt il obtint le trésor qu’il convoitait. « -l’avais, ajoute-t-il, dans ma ville, un ami qui m’était dévoué; lu aurais dit qu’il était dans la même peau que moi. Il me dit : « C’est un beau « plan, et ton pied te conduira au bonheur. Je't’ap- « porterai ce livre pehlwi; ne t’endors pas, lu as de « la jeunesse et le don de la parole; tu sais faire un « récit héroïque. Raconte donc de nouveau le Livre « des Lois, et cherche par lui de la gloire auprès des « grands. » Puis il apporta devant moi ce livre, ét ma tristesse se convertit en joie. »
Appelé à la cour de Gaznin, on ne sait pas trop bien à quelle occasion, notre poète eut d’abord quelque peine à triompher de la jalousie de ses rivaux et à fixer l’attention du sultan. Enfui, un quatrain improvisé par ordre sur un favori de Mahmoud fit pour fllomère persan ce que n’avait point fait la portion de son grand ouvrage qu’il avait déjà exécutée; dès ce moment, bien en cour, le poète de Thous reçut, de la bouche même du souverain, le surnom de Firdousi, Paradisiaque , parce qu’il avait converti l’assemblée en ■paradis; bientôt après, il fut chargé officiellement par Mahmoud d’accomplir la grande œuvre nationale du Schah-Nameh. Le prince entoura le poète de tous les secours et de toutes les facilités qu'il pouvait désirer; il lui fit préparer un appartement attenant au palais et qui avait une porte de communication avec le jardin privé du roi. Les murs de son appartement furent
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rouverts de peintures représentant des armes de toute espèce, des chevaux, des éléphants, des dromadaires, des tigres, les portraits des rois et des héros de l'Iran et du Touran. Mahmoud pourvut à ce que personne ne pût l’interrompre dans son travail, en défendant la porte à tout le monde, à l’exception de son ami Avaz et d’un esclave chargé du service domestique.
Les diverses portions dont se compose le poëme de Firdousi furent récitées au roi à mesure qu elles étaient achevées par l’auteur; et. à en juger par une vignette curieuse d’un des plus anciens manuscrits du Livre des Rois , cette récitation lut accompagnée de musique et de danses, comme l’était souvent la poésie des Grecs, celle de Pindare en particulier.
Le sultan avait fixé, dans sa magnificence, à une pièce d’or le prix de chaque distique de Firdousi. Celui-ci préféra ne recevoir qu’à la fin du poëme la somme qui lui serait due. 11 avait, pour demander ce renvoi, un touchant motif. « Dans son enfance, son plus grand plaisir était de s’asseoir sur le bord du canal d’irrigation qui passait devant la maison de son père. Or, il arrivait souvent que la digue qui était établir* dans la rivière de Thous, pour faire affluer l’eau dans le canal, et qui n était bâtie qu’en fascines et en terre, était emportée par les grandes eaux, de sorte que le canal demeurait à sec; l’enfant se désolait de ces accidents, et ne cessait de souhaiter que la digue fût construite en pierre et en mortier. » Devenu grand
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fit célèbrp, Firdousi sc rappela le vœu de ses premières années, et son souhait le plus cher fut d’accumuler une somme assez considérable pour le réaliser. On verra bientôt que ce souhait généreux ne devait point s’accomplir de son vivant; on éprouve une sorte de consolation à penserqu’il le fut au moins après sa mort.
Firdousi travailla douze ans à terminer son poëme. Au bout de ce temps, il le fit présenter à Mahmoud. Le sultan, dans un premier mouvement de générosité, ordonna d’envoyer au poète autant d’or qu’en pouvait porter un éléphant; mais, persuadé par un de ses ministres ennemi de Firdousi, il fit porter à ce dernier, non les soixante mille pièces d’or qui lui avaient été promises, mais soixante mille pièces d’argent. Firdousi était au bain ; il donna un tiers de la somme au messager du sultan, un tiers au baigneur, et des vingt mille pièces qui restaient il paya un verre de bière (fouka). Plein de bonté et de fureur, le sultan s’emporta contre ceux qui lui avaient conseillé une bassesse, et menaça de jeter le hardi poète sous les pieds des éléphants. Firdousi l’ayant, appris, brûla quelques milliers de vers qu’il avait composés, et un bâton à la main, vêtu en derviche, partit de Gaznin. Mais, en partant, il laissa à son protecteur Ayaz un papier scellé, le priant de le remettre, dans vingt jours, au sultan. C’était une satire terrible contre Mahmoud ; le redoutable conquérant de l’Inde était outragé sans ménagement par le poète irrité. Faisant allusion à la nais-
sauce du sultan, dont le père avait été esclave, luidousi s’écriait: « S’il avait eu un roi pour père, il aurait mis sur ma tête une couronne d’or ; s’il avait eu une princesse pour mère, j'aurais eu de l’or et de 1 argent jusqu’aux genoux ; mais, comme il n’y avait pas eu de grandeur dans sa famille, il ne peut pas entendre
prononcer le nom des grands. »
Le mépris ne saurait être plus poignant ; tout en se Vengeant, le poète n’oublie pas de se louer : l’injustice en donne le droit. Un beau mouvement décoléré et de fierté a dicté les paroles suivantes, dont quelques-unes rappellent d’une manière frappante les célèbres vers d’Horace, ainsi imités par Lebrun :
Enlin, grâce au Dieu qui m’inspire, il est fini, ce monument Que jamais ne pourront détruire Le fer ni le flot écumant.
Et Firdousi ne connaissait pas Horace.
« 0 roi! je t’ai adressé un hommage qui sera le souvenir que tu laisseras dans le monde; les édifices que l’on bâtit tombent en ruine par l’effet de la pluie et de l’ardeur du soleil; mais j’ai élevé, dans mon poème, un édifice immense auquel la pluie et le vent ne peuvent nuire. Des siècles passeront sur ce livre, et quiconque aura de l’intelligence le lira Pendant trente
ans, je me suis donné une peine extrême; j’ai fait revivre la Perse par cette œuvre persane, et, si le roi
a était un avare, j'aurais une place sur le trône. » La satire se terminait ainsi : « Et voici pourquoi j’écris ces vers puissants ; c est pour que le roi y prenne un conseil, qu'il connaisse dorénavant la force de la parole, qu il réfléchisse sur l’avis que lui donne un vieillard, qu il n afflige plus d’autres poêles, cl qu’il ait soin de son honneur; car un poète blessé compose une satire, et elle reste jusqu au jour de la résurrection. Je me plaindrai devant le trône du Dieu très-pur en répandant de la poussière sur ma tète et en disant : « O Seigneur! brûle son àmedans le feu et entoure de lumière 1 âme de ton serviteur qui en est digne! »
Telle est la marche et le mouvement de ce morceau remarquable qui commence par une glorification du poète et finit par l’ironie et l’anathème, il est d’autant plus important de le noter, que la satire est rare en Orient, où l'hymne abonde. L’Orient est trop grave pour la raillerie légère, et, dans le pays du despotisme, l’invective libre et hardie ne saurait être commune; mais il n’est rien qui puisse contenir la fierté blessée d’un poète.
Le fugitif fut partout poursuivi par la haine de son formidable ennemi. Bagdad môme ne lui fut pas un sûr asile; l’autorité du chef des croyants était faible en présence de ces dynasties guerrières qui s’élevaient sur l’écroulement du kalifat. Une lettre menaçante de Mahmoud força le kalife Kader-Billah à congédier le poêle. Celui-ci , chassé de pays en pays par la haine de
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Mahmoud, au lieu cle s’humilier, s’apprêtait à composer un livre où il voulait éterniser 1 injustice du sultan. Le vieux lion, traqué sans merci, allait se retourner et mordre le chasseur, avant de succomber. Un ami prudent lui persuada de n’en rien faire, et s’interposa entre lui et le sultan pour amener une réconciliation. Mahmoud reconnut ses torts, et envoya au poète les pièces d'or jadis promises, et qu’il n était pas
destiné à recevoir. Au moment où les chameaux char-
gés d'or arrivaient à une des portes de la ville de Tlious, patrie de l irdôusi, où il s’était hâté de revenir, le convoi funèbre du grand homme, toujours malheureux, sortait par la porte opposée. Réparation tardive cl vaine, qui rappelle les couronnes triomphales déposées sur le cercueil du Tasse.
La noblesse de sentiments dont Firdousi tit preuve lorsqu’il distribua a ceux qui l’entouraient une récompense indigne de lui, avait passé à sa fille, car elle ne daigna pas accepter cet or qui avait causé le malheur de son père ; elle refusa en disant : « Ce que j’ai suffit a mes besoins, et je ne désire point les richesses. » Alors une sœur du poète se rappela qu'il avait désiré, depuis son enfance, bâtir en pierre la digue de Tlious, et le vœu de toute sa vie fut du moins accompli.
La destinée de 1 Homère persan ne manque donc point d intérêt et d’une sorte de poésie mélancolique; elle a droit de prendre place a côté de celle de Dante,
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r,is
tle Camoëus, de Torqualo, ses émules en malheur cl en génie.
Jusqu’ici j’ai suivi pas à pas le savant traducteur de Firdousi. Tout ce qui précède est tiré de la préface de M. Mohl, dans laquelle on trouve à la fois un modèle de critique historique et littéraire, et une excellente biographie.
Maintenant que, grâce à cette préface, et grâce à la traduction de M. Mohl, complétée par l’abrégé de Gœrres, j’ai pu faire connaître au lecteur la vie du pocle et la matière du poème, je vais terminer celte étude par un petit nombre de considérations sur le caractère de l'œuvre de Firdousi, sur les rapports qui la rapprochent et les différences qui la séparent de quelques autres grands monuments du génie épique chez différents peuples ; car, en môme temps que Firdousi fut l’écho fidèle de la tradition persane, il fut aussi l’artiste puissant qui sut imprimer à cette tradition le sceau de son propre génie ; il n’en altéra nullement le fond, mais il en détermina la forme. Après avoir apprécié le Livre des Rois comme œuvre historique, on ne saurait donc faire abstraction de son caractère comme œuvre d’art, et c’est sous ce dernier aspect qu’il nous reste à l’envisager.
Le Livre des Rois offre les caractères généraux de la poésie orientale, qui sont l’éclat et la grandeur. Les mœurs dont Firdousi présente le tableau sont empreintes de celte magnificence qu’on a coutume d’at-
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tnbuer à l'Orient, et qui avait dû frapper les yeux du poêle a la cour de Mahmoud, de ce conquérant qui avait dépouillé de leurs trésors les temples de l’Inde. Le palais de Feridoun est le palais agrandi et idéalisé de Mahmoud le Ghaznévide; il y a un incroyable éclat dans les peintures qui nous montrent le roi des rois assis sur son trône, entouré de ses grands tout brodés d’or de la tète aux pieds, avec des massues d’or et des ceintures d or, et toute Ici terre qui u pris la couleur du soleil. L’imagination de Firdousi se complaît dans ces descriptions étincelantes. Il faut l’avouer, par moments la vue se trouble et se baisse devant tant de flamme. Le lecteur, ami de la beauté sereine, voudrait qu’un nuage vint amortir cet éclat qui l’éblouit : mais ici, comme au désert, le soleil brille incessamment dans le ciel. La poésie de 1 Occident n a point de telles splendeurs, elle éclaire les objets d’un jour plus doux et plus 'tempéré. L’Occident a ses nuages et ses brumes; mais ce sont les brumes qui produisent les accidents de lumière les plus variés, ce sont les nuages qui font les reflets.
Le style grandiose du dessin n’est pas moins remarquable que la vivacité du coloris. Quel plus grand spectacle que celui de cet empire primitif de Djemschid qui s’étend, non-seulement sur le genre humain, mais encore sur les génies, sur les bêtes des forêts et les oiseaux du ciel ; c’est que, selon les notions orientales, l'idée de l'empire se confond avec l’idée de l’u-
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nivers. La Chine et la terre s’appellent d’un même nom, le dessous du ciel ; celte prétention à l’empire universel a été celle des grands peuples de l’antique Orient, des Chinois, des Babyloniens, des Persans. Puis, du (ils du ciel , du grand roi , elle a passé un jour à un peuple, le peuple romain ; plus tard elle s’est incarnée de nouveau dans un homme. Chez les Césars, chez les empereurs modernes, c’étaiL toujours, mais restreinte et moins absolue, la conception orientale du souverain empire. Il y a plus : la nature elle-même est soumise, en Orient, au pouvoir suprême qui régit l’humanité. On reproche à l’empereur de la Chine les tremblements de terre et les inondations, comme des désordres et des abus dont il est responsable ; de même le fondateur et le type vivant de la royauté persane, Djemschid, commande à tous les êtres . « Il était ceint de la splendeur royale, et l’univers entier se soumit à lui ; le monde était calme et sans discorde, et les divs, les oiseaux, les péris, lui obéirent. » Quand Kaioumors marcha contre le div noir, « il rassembla les péris, et, parmi les animaux féroces, les tigres, les lions, les loups et les léopards; c’était une armée de bêtes fauves, d’oiseaux et de péris, sous un chef plein de bravoure. » Rien n’est plus majestueux que cette royauté primitive, dont l’autorité, égale et semblable à celle de Dieu même, commande à la création tout entière.
Le gigantesque, trait dominant de l’imagination
LE SC II A H-N A M Eli orientale, est. un caractère fréquent de la poésie de Firdousi. 11 dira des approches d’une bataille : « D’un côté était le feu, de l’autre l’ouragan; l’étendard de Kaweh était porté devant eux, et le monde en reçut un reflet jaune, rouge et violet. La face de la terre, couverte de cette multitude, était agitée comme un vaisseau quand s’élèvent les vagues dans la mer de la Chine. Les boucliers couvraient les boucliers dans les plaines et sur les montagnes, et les épées étincelaient comme des flambeaux ; le monde entier était devenu comme une mer de suie au-dessus de laquelle auraient flotté cent mille lampes. On aurait dit que le soleil s’était écarté de sa voie, effrayé du son des clairons et du bruit de l’armée. » Et., pour exprimer la grandeur du carnage : « Lesang rejaillit jusqu’à la lune. »
Ces métaphores colossales dégénèrenl souvent en exagérations tellement démesurées, qu’elles approchent du ridicule. Les héros élèvent leurs tentes jusqu'aux nuages ; le butin entassé occupe tant de place que la flèche d'un archer ne pourrait passer par-des sus. D’autres fois leur bizarrerie n’est pas sans grâce ; « Toute l’armée, avecses lignes de combat et avec le bruit de ses timbales, était ornée comme une fiancée... Tu aurais dit que c’était un banquet, tant résonnaient les clairons et les trompettes. La plaine devint comme une mer de sang; tu aurais dit que la face de la terre était couverte de tulipes. » On ne peut exprimer l'effusion du sang par une image à la fois plus hardie et
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plus gracieuse. Ailleurs on trouve ces paroles : « La nuit vint, le ciel fut comme un jardin dont, les roses étaient des étoiles. » Il semble qu’on lit des vers cïiltos de Caldéron, tant la poésie castillane a été fidèle au génie de la poésie orientale.
Dans certains passages on retrouve un délire d’hyperboles que peut seule enfanter l’imagination effrénée de l’Orient : « Les épées qui étincelaient comme des diamants, les lances qui s’échauffaient dans le sang paraissaient au milieu de la poussière comme des ailes de vautour sur lesquelles le soleil aurait versé du vermillon. L’intérieur du brouillard retentissait du bruit des timbales, et lame des épées se rassasiait de sang rouge. » Mais il ne faut pas oublier que cette richesse poétique, qui nous semble à bon droit surabondante, ne coule aucun effort aux imaginations qui la répandent ; que cette recherche même est naturelle, on pourrait presque dire naïve. Les expressions qui nous paraissent les plus étranges et quelquefois les plus forcées font souvent partie du langage usuel et journalier. Dans le Livre des Rois , tout beau jeune homme est un cyprès ou un palmier, toute femme une lune, et quelquefois un palmier au visage de lune. 11 n’y a dans cette manière de dire rien d’extraordinaire. Malcolm raconte qu’un Persan amusa beaucoup les Anglais de son escorte, en appelant l’un d eu x palmier ( you date tree). Ce Persan faisait de la poésie hé: roïque sans le savoir.
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En Orient, les dépêches diplomatiques ne sont pas écrites dans un style beaucoup moins figuré que les passages les plus fleuris du Livre des Rois. Je le répété, tout cela n’est guère qu’une habitude de langage qui ne change rien au fond des choses, et ou peut juger des sentiments, des mœurs, des caractères qu’invente ou dépeint Firdousi, aussi bien que s’ils étaient exprimés à la manière européenne, en faisant seulement la part d’un certain convenu, dont il faut tenir compte; souvent môme on n a pas à prendre ce soin . l’héroïsme et la passion introduisent, comme malgré le poète et le peuple pour lequel il écrit, une certaine simplicité dans le langage. On a pu le remarquer dans diverses citations que j’ai faites, et entre autres dans tout ce qui se rapporte au pathétique épisode de la mort de Zohak.
Ce qui appartient bien en propre à Firdousi, ce sont les réflexions religieuses et morales qu’il jette quelquefois avec un peu de profusion au travers du récit. Elles sont, en général, empreintes d’une gravité douce et d'une tristesse sérieuse. On n’entend pas sans un certain recueillement la parole désabusée d’un sage s’élever parmi la fureur des orages, le choc des populations, l’écroulement des empires.
« 0 monde ! que tu es méchant et de nature perverse ; ce que tu as élevé tu le détruis toi-même. Regarde ce qu’est devenu Feridoun, le héros qui ravit l’empire au vieux Zohak. Il a régné pendant cinq
siècles, et a la lin il est mort, et sa place est restée \ide ; il est mort et a laissé a un autre ce inonde l'rai-ûle, r! de sa tortune il n a emporté cjue des regrets, lien sera de même de nous tous, grands et petits, cjue nous ayons ete bergers on que nous ayons été tioupeau. « Il va une grande mélancolie dans ces contemplations rapides par lesquelles le poêle interrompt un moment la course des événements. Ailleurs il dit : « Au commencement, la vie est un trésor; à sa fin est la peine, et puis il faut quitter celte demeure passagère. »
Linquendii lellns et domus...
Cette mélancolie se mêle singulièrement à des images gracieuses dans le passage suivant qui précède le récit de la mort de Zohrab, et que je traduis d’après Gœrres : « O jeune homme qui m'écoutes, ne détourne pas ton visage de l’amour et de la joie, car l'amour et la joie conviennent à la jeunesse; après nous, bien souvent encore doit revenir la saison où la rose brille, où le printemps se renouvelle. Beaucoup de nuages passeront, beaucoup de fleurs se fermeront : ton corps se dissoudra et se mêlera avec la terre noire. » Je trouve un grand charme de tristesse à ce morceau qui commence comme Anacréon et finit comme Job.
Pour achever de faire connaître au lecteur le grand ouvrage dont je viens de 1 entretenir, je rapprocherai de la poésie héroïque persane quatre autres poésies
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de même nature: je comparerai successivement l'épopée de Firdousi à l'épopée chevaleresque, à 1 épopée germanique, à l’épopée homérique et à l’épopée indienne. . . .
J’ai déjà fait remarquer, en passant, certains incidents du Livre des Rois , qui sont de véritables aventures fort analogues à celles des romans de chevalerie. On pourrait pousser ces rapprochements beaucoup plus loin. Les mœurs guerrières des héros de l’Iran offrent de grandes analogies avec les mœurs chevaleresques.
Il y a dans Firdousi de véritables défis et de véritables joutes entre les deux armées. On se livre a des exercices militaires fort semblables à nos tournois. Les guerriers, montés sur des chevaux couverts de fer comme eux, se précipitent 1 un sur 1 autre, brisent leur lance sur Vécu d’un adversaire et cherchent réciproquement à s’enlever de la selle. Un jeu guerrier, qui consiste à frapper un bouclier avec la lance ouïe javelot, ressemble beaucoup à la quintaine. L’usage des armoiries est universel ; chaque guerrier porte so'n insigne : c’est un lion, un léopard, un soleil, [.es chevaux et même les éléphants sont caparaçonnés de fer. Les vignettes 'des manuscrits de firdousi semblent empruntées à nos poèmes du moyen âge, tant l’accoutrement des héros est pareil à celui de nos chevaliers. L'une d’elles, publiée par Gœrres, monlrc un guerrier aux genoux d’une belle. On croirait voir un
LA SCIENCE EN ORIENT de ces preux qui prient sous leur armure, agenouillés au marbre d un tombeau. Il y a môme un certain rapport entre le rang du chevalier et le litre de pehhùan, originairement l’homme de la frontière [marchio, d’où marquis). Behram jette dans la poussière la tôle de Kebadeh, parce que cette tôte n’esl pas celle d’un pehlwan.
La féodalité est intimement liée à la chevalerie, et c’est une sorte de féodalité qui régit la Perse héroïque. Les terres conférées par investiture sont de véritables fiefs ; et les chefs, dans leurs châteaux placés à la cime des montagnes, sont de véritables barons sous la suzeraineté du grand roi.
Un état social, assez analogue à celui de l’Europe au moyen âge, adû nécessairement produire des mœurs en partie pareilles; mais cette parité est loin d’être complète, elle est plus apparente et superficielle que réelle et fondamentale. La différence entre la chevalerie de l’Orient et celle de l’Occident, entre la chevalerie musulmane et la chevalerie chrétienne, se fait sentir principalement dans ce qui touche les sentiments et avant tout le sentiment de l’amour.
Il y a bien çà et là dans le Livre des Rois quelques expressions éparses qui pourraient convenir à l’amour chevaleresque; mais en y regardant de près on reconnaît bientôt le caractère différent qu’elles présentent.
J’ai cité, dans des études sur la chevalerie qui ont