I.\ SCIENCE EN ORIENT
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roule un panorama plutôt qu’il ne compose un tableau.
Firdousi ne sait guère que suivre les événements qu'il raconte; il ne sait pas se transporter librementd’un point à un autre cl donner au récit plusieurs centres indépendants. Enchaîné à ses personnages, il va là où ses personnages le mènent, il ne marche et n'arrive qu’avec eux. Homère, au contraire, se meut au sein de sa narration avec une pleine liberté. 11 n’a pas besoin qu’un de ses personnages suive une certaine route pour l'aire le même chemin. Le poêle persan 11e parle du pays de Touran que lorsqu'un héros iranien y est conduit par une aventure ; mais Homère va sans cesse du camp des Grecs aux remparts de Troie, sans que personne marche devant lui; le théâtre de la narration scdéploie et sedéplace chaque fois, et, sur ce nouveau terrain où le poète vient s’établir, il attend pour ainsi dire les événements cl les personnages qu’il y appellera. Chez Firdousi, la scène est immobile ou elle est portée pour ainsi dire à la suite des laits ; chez Homère, la scène est mobile, il la déploie à volonté, tour à tour au milieu de la mêlée, près du foyer, sous la tente, sur la plage, aux sommets de l’Olympe.
Les batailles sont multipliées dans le Livre des Rois , comme dans F Iliade, les Niebelungen , les poèmes chevaleresques, où lescoupsdelance,demassueet deglaivene font pas défaut. Notre goût trouve quelques longueurs et quelques redites dans tous ces belliqueux récits, en y
comprenant, si nous sommes francs, ceux même d’Homère. Mais il faut se souvenir que ce n’est pas pour nous, lecteurs pacifiques, qu’ils ont été composés, mais bien pour un auditoire guerrier, dans des temps passionnés pour la guerre. Pour cet auditoire et pour ces temps, la mêlée avec tous ses sanglants détails, fous scs incidents de meurtre et de carnage, la mêlée est le spectacle le plus fait pour intéresser. On ne se lasse point do ce qu’on aime ; la passion n’a que faire de la variété. Chaque époque a ses répétitions favorites : tantôt ce sont les coups de glaive et de lance, tantôt les enlèvements, les rencontres, les beaux sentiments, les princes accomplis el les princesses incomparables; dans de certains temps, les détails de mœurs, les analyses subtiles de l’âme. Nul siècle ne se plaint de la monotonie des peintures qu’il affectionne , et les âges héroïques se laissent redire d’interminables récits de batailles aussi volontiers que les enfants entendent raconter, pour la centième fois, des histoires de palais enchantés, de bonnes fées el de méchants génies.
Du reste, ici encore la supériorité d’art est du côté d’IIomère. Les combats de Y Iliade ont toute la variété que peut admettre l’uniformité inhérente à ce genre de récit. Souvent l’histoire d’un guerrier qui succombe, rappelée en quelques vers, contraste heureusement avec l’horreur de sa mort. Les comparaisons offrent un autre moyen de distraire et de reposer le lecteur. On a remarqué qu’elles sont fréquemment empruntées à
LA SCIENCE EN OIUENT
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la vie rustique, comme pour délasser l'imagination par un riant souvenir. Ces oppositions ne semblent point avoir été ménagées par Firdousi, il développe moins qu’Homère les sujets de ses comparaisons. Dans V Iliade, ce sont parfois des paysages complets suspendus parmi des tableaux guerriers ; dans le Livre des Rois, ce ne sont que quelques coups de pinceau rapides jetés à la bâte au travers d’une immense composition, comme un lointain agreste à peine indiqué dans un tableau d’histoire. Les caractères sont moins nuancés ; on ne trouve pas ces types admirables de la vaillance, delà majesté, de la sagesse, de la ruse, personnifiées dans Achille, dans Agamemnon, dans Nestor, dans Ulysse ; Rustein est le seul héros qui ait une physionomie bien tranchée. Ceci lient, en partie du moins, à la nature de l’ouvrage. Les personnages de Firdousi, à mesure que le temps les amène devant lui, passent pour ne plus revenir. Ceux d’Homère tournent autour d’une action centrale, et demeurent, pour ainsi dire, sous le regard de la poésie, tandis que la poésie n’a pas le temps de fixer les traits des premiers, comme le daguerréotype ne peut retracer les objets en mouvement. Les eaux qui fuient ne déposent point les cristaux, qui se forment dans les eaux tranquilles.
Le résultat de cette comparaison, c’est que, venu à une époque littéraire plus avancée, à une époque où le palais de Mahmoud était le théâtre de concours et de combats poétiques, à une époque où lui-même fit sa