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Bientôt le roi se repent de son crime, et désire l’expier par la mort; il va sur les bords du Gange attendre, entouré de pieux solitaires, que la malédiction qu’il a méritée s’accomplisse, et il s’écrie : Adoration en tous lieux aux brahmanes !
Plusieurs passages des Pouranas n’expriment pas moins que la malédiction de l’enfant citée plus haut un sentiment d’aversion et môme de mépris pour la caste guerrière des kchaltriyas; quelquefois mémo certains passages semblent faire allusion à d'anciennes luttes entre les kchaltriyas et les brahmanes, luttes oubliées par l’histoire, mais qui semblent obscurément indiquées dans la tradition par celles de différents dieux et de différents cultes ; tel est ce passage :
« La race des kcbatti iyas, que le destin avait multipliée pour le malheur du monde1, cette race qui opprimait les brahmanes et qui avait abandonné la vraie voie, devait sentir les douleurs de l’enfer; le héros magnanime aux forces terribles déracina vingt et une fois, avec sa hache au large tranchant, celte épine de la terre. »
Bien ne donne une plus liante idée de la grandeur et de la puissance des brahmanes que le récit suivant2. Des brahmanes se présentent à la porte du palais des dieux. Deux personnages divins ((levas), gardiens du seuil, les repoussent avec injure. Les brah-
1 Bhâgavata-Purâna , pag. 255.
2 Ibid., pag. 421 et suiv.
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mânes condamnent ces dieux à descendre sur la terre. Ceux-ci se reconnaissent coupables, et acceptent le châtiment qui leur est infligé. Ce n’est pas tout. Yiclmou, le dieu suprême, va trouver les brahmanes et leur fait, on peut le dire, les plus humbles excuses.
« Je regarde, leur dit-il, comme faite par moi-même l'injure que vous avez reçue do mes serviteurs... Je me couperais moi-même le bras si ce bras s était opposé à vous1... Qui donc, ajoute-t-il, ne supporterait pas les brahmanes, quand moi je porte sur mon aigrette la poussière de leurs pieds? » L’imagination la plus complaisante ne saurait faire davantage, pour l’apothéose des brahmanes, que de prosterner le créateur à leurs pieds.
Tels sont les principaux traits qui peuvent caractériser les Pouranas, cl par eux les Hindous; mais le travail nécessaire pour donner l’intelligence de ces curieux monuments, si l’on n’y prenait garde, tromperait sur leur nature. Afin de faire connaître les Pournnss, j’ai considéré successivement dans les deux qui étaient à ma disposition les différentes matières qu’ils traitent, les différents aspects philosophiques et poétiques qu’ils présentent. On est bien obligé de faire ainsi, de [décomposer ce qu’on étudie; mais, ce travail accompli, il faut se retourner vers 1 œuvre patiemment analysée, et 1 embrasser daiis son ensemble, cai
* RMgnvnfn-Pitrâm. png. 455.
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jamais tous les éléments de la pensée ne furent à ce point fondus et soudés les uns dans les autres. La poésie des Pouranas a tous les caractères du panthéisme qui l’inspire, une profonde unité de laquelle tout émane, et à laquelle tout revient aboutir, et en même temps une variété infinie de formes toujours changeantes, toujours renouvelées.
Celte poésie, comme le panthéisme indien, est tour à tour et presque en même temps empreinte d’un grossier matérialisme et d’un idéalisme raffiné. L’idée et le symbole, la réflexion et l’imagination, l’abstraction et les images sensibles, sont amalgamés dans celle composition désordonnée. On croit entendre parler tour à tour, ou plutôt tous ensemble, un métaphysicien, un poêle et un prêtre, et quelquefois un enfant. Les peintures théologiques sont employées pour exprimer des idées philosophiques; les conceptions les plus hautes interviennent dans des récits fantastiques ou môme puérils. Rien ne saurait, je crois, donner du génie indien une idée pluscomplèle que la lecture d’un Pourana.
Si je voulais revenir, en terminant, sur les diverses phases de la littérature sanskrite que j’indiquais au commencement de cet article, je pourrais trouver dans I Inde elle-mêmerimage des produits littéraires qu’elle a enfantés. L’austère simplicité et l’immuable durée des Védas seraient figurées par les rochers de l’Himalaya, qui dominent tout, indestructibles, immobiles,
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cl ne portant sur leur tôle nue que le ciel étoilé. Les deux grands fleuves qui roulent parallèlement leurs eaux à travers la terre indienne offriraient une image assez ressemblante des deux vastes épopées, le Rûmûyana et le Maluîbhûrata , fleuves aussi, au large sein, à la source mystérieuse comme celle du Gange, au cours majestueux et parfois embarrassé, aux affluents nombreux, aux sinuosités infinies. La poésie de Kalidasa, par les parfums dont elle semble imprégnée, par l’éclat éblouissant dont elle rayonne, rappelle les forêts embaumées de Ceylan et les mines de Golconde. Enfin les Pouranas offrent l’image de l’Inde tout entière. A l'horizon l’Océan sans bornes cl des sommets qui touchent le ciel, au centre ces impénétrables jwiyles où le voyageur s’égare à chaque pas, mais où la vie, sous toutes les formes, bruit et scintille sur sa tête et à ses pieds; où le cri de mille oiseaux, le murmure de mille insectes, le craquement des vieux troncs et le frôlement des herbes sous les pas des éléphants, remplissent l’oreille de bruits confus, tandis que l’œil contemple le plumage des perroquets et l’éclat des .fleurs, s’amuse au balancement des lianes, s’éblouit enfin et se fatigue aux innombrables reflets de cette lumière qui ne se voile et ne se tempère jamais.