‹ La science et les lettres en OrientChapitre 75 sur 101 · LE B II A G A Y AT A.-P U R A N A · texte numérisé non relu

LE B II A G A Y AT A.-P U R A N A

blit entre tous les êtres membres d’un même tou!, accidents d’une même substance. On en vient ainsi, après avoir mis les animaux sur la même ligne que les hommes, à sacrifier les hommes aux animaux, et à livrer durant toute une nuit un malheureux aux insectes pour les repaître de son sang

Enfin l’opinion d’après laquelle cet univers n’est, qu’une apparence décevante, et la vie humaine une illusion douloureuse, l’opinion qui voit dans les œuvres un piège qu’il faut fuir, et dans l’indifférence le terme le plus haut de la sagesse, est peu propre à faire des hommes énergiques, à produire les vertus du citoyen et du guerrier. Aussi depuis bien des siècles l’Inde, sous le poids de ces doctrines énervantes comme le climat qui les inspire, a-t-elle baissé la tête sous la tyrannie d’une caste ou sous l’oppression de l’étranger.

La supériorité des brahmanes, la haute opinion qu’on a de leur importance, sont écrites à chaque page des Pouranas. On voit que les brahmanes gouvernent les rois eux-mêmes. Plusieurs légendes en font foi, entre autres celle qu’on va lire 2 :

« Dans le royaume sur lequel régnait Sanlana, il n’avait pas plu depuis douze années. Craignant que le pays ne devint un désert, le roi assembla les brahmanes et leur demanda pourquoi la pluie ne tombait pas,

* Bhdgavata-Purâna, pag. 137.

- Vishnu-Purâna, pag. 458.

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et quelle faute il avait commise. Us lui répondirent que c’était comme si un frère plus jeune se mariait avant son frère aîné; car il était en possession d’un royaume qui de droit appartenait à-son frère Dévapi.

« Que dois-je faire? dit le radja. 11 lui fut répondu : Jusqu’à ce que Dévapi déplaise aux dieux en s’écartant du sentier de la justice, le royaume est à lui, èt c’est votre devoir de le lui abandonner. Asmarisarin, ministre du roi, ayant entendu cela, réunit un grand nombre d’ascètes qui enseignaient des doctrines contraires à celles des Yédas, et les envoya dans la forêt. Là, ayant trouvé Dévapi, ils pervertirent le prince, qui était simple d’esprit, et l’amenèrent à partager leurs opinions hérétiques. Pendant ce temps, Santana, étant très-aftligé d’avoir commis le péché que lui avaient reproché les brahmanes, les envoya devant lui dans la forêt, puis s’y rendit lui-même pour restituer la couronne à son frère aîné. Quand les brahmanes arrivèrent à l’ermitage de Dévapi, ilsl’informèrentque, conformément aux doctrines des Yédas, la succession au trône était le droit du frère aîné; mais il entra en discussion avec eux, et il mit en avant divers arguments qui avaient le défaut d’être contraires a la doctrine des Yédas. Ayant ouïces choses, les brahmanes retournèrent vers Santana, et lui dirent : 0 radja, tu n as plus à t’inquiéter de tout ceci; la sécheresse touche à sa fin. Cet homme est dégradé de son rang, car il a prononcé des paroles irrespectueuses contre 1 autorité

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desVédas, incréés, éternels ; et quand le frère aîné est dégradé, il n’y a pas de péché à ce que le frère puîné se ma°rie (ou règne).. Mors Sanlana retourna dans sa capitale, et son frère aîné Dévapi fut dégradé de sa caste pour avoir répété des doctrines conti aires aux Yédas. Indra (le dieu du ciel) répandit une pluie abondante qui fut suivie de riches moissons. »

Rien ne saurait mieux que ce récit donner une juste idée de la société indienne. On y voit les brahmanes arbitres souverains de la conscience, et, pai la, de l’ autorité royale. A leur voix, Sanlana va dépose)’ la couronne ; mais le prince légitime est atteint d hérésie. Dès ce moment, il est déchu du trône, comme il est dégradé de sa caste, et le ciel, de concert avec les brahmanes, rend hommage ou droit de Sanlana, fondé sur son orthodoxie. Le gouvernement théocratique n’a jamais été pratiqué avec cette rigueur dans notre Occident.

Les sentiments de la nature doivent se taire devant l’ascendant suprême de la caste sacrée. Une mère pardonne au brahmane qui a tué ses enfants pendant leur sommeil, parce qu'un brahmane a toujours un maître spirituel Le coupable qui est consumé par la malédiction d’un brahmane, est-il dit aussi dans le Bhâgavata \ ne trouve de pitié ni dans l’enfer, ni parmi les êtres, quels qu’ils soient, au milieu desquels il vient à renaître.

On trouve dans le mèmePourana 1 histoire suivante

l'ag. 415.

LA SCIENCE EN ORIENT

qui fait bien voir la puissance de celte malédiction. Un brahmane était assis dans son ermitage, retenant sa respiration, les yeux fermés, dans l'état, d’extase {yoga). Le roi Parikchit, qui s’est égaré, arrive à l’ermitage. Le brahmane, absorbé dans sa contemplation, n’offre au roi ni le siège de gazon, ni l’offrande de l’eau, ni les paroles bienveillantes. Le roi, irrité, voyant auprès du brahmane un serpent mort, le prend, de colère, avec l’extrémité de son arc, et le lui jette sur l’épaule, puis regagne sa capitale. L’injure était grave. Cependant le brahmane, qui s’était élevé à Y indifférence , ne l’aurait point ressentie ; mais son fils, jeune enfant qui jouait avec d’autres enfants, ayant appris l’outrage fait à son père, s’emporte en ces termes contre le roi et contre la caste guerrière des kehattriyas à laquelle ce roi appartient :

« Ah ! la conduite outrageuse de ces radjas, nourris, comme les corbeaux, de ce qu’on leur jette, ressemble à celle des cliiens et, des esclaves gardiens de la porte qui insultent leur maître.

« Un misérable kchattriya est le gardien de la porte des brahmanes. Comment celui qui se tient à la porte serait-il admis à manger la nourriture du maître? »

Puis l’enfant du brahmane prononce celte imprécation :

«Dans ce jour, un serpent suscité par moi anéantira ce contempteur des lois, ce brandon de sa race qui nous a fait injure. »

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