‹ La science et les lettres en OrientChapitre 79 sur 101 · LA TROISIÈME RELIGION DE LA CHINE · texte numérisé non relu

LA TROISIÈME RELIGION DE LA CHINE

très-curieux pour 1 histoire des opinions cl 1 i noises : là même où les commentaires ne nous révèlent pas le véritable sens du texte philosophique, ils nous intéressent encore en nous apprenant quel sens on lui a prêté. Ceux qui s’écartent le plus de la pensée véritable de Lao-lseu et s’efforcent de se rapprocher des opinions reçues parmi les lettrés, ne sont pas les moins instructifs et ceux pour lesquels nous devons le moins d’actions de grâces à l’habile sinologue qui nous les a fait connaître. Ce n’était pas trop de sa connaissance aussi sûre qu’approfondie de la langue chinoise, de toute sa sagacité et du secours de soixantequatre commentateurs, pour parvenir à l'intelligence du langage concis, énigmatique, qui enveloppe les pensées extraordinaires et subtiles de Lao-tseu. Après tout ce travail du traducteur, il est difficile de se rendre bien compte du système d’idées exposé ou plutôt caché dans le livre du philosophe chinois.

Dés le temps de Lao-lseu, il était malaisé de l'entendre. Ceux qui me comprennent sont rares, disait-il, et il ajoutait : Je n’en suis que plus estimé; ce qui ne surprend pas quand on connaît l’admiration que l’esprit humain éprouve à certaines époques pour tout ce qui le surpasse. La difficulté de comprendre subsiste pour nous, et peut-être l’obscurité d’une opinion .métaphysique ne sera-t-elle pas pour tout le monde une raison de l’estimer davantage. Je sens donc combien est rude la tâclie que je m’impose en

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voulant donner à mes lecteurs une notion exacte et claire des singulières conceptions d’un philosophe dont le nom n’était probablement pas arrivé jusqu’à eux, quelque bruit qu’il ait fait dans un autre monde. J’essayerai celle fois encore d’initier le public sérieux à ces découvertes de la science orientale, qui, loin des sentiers battus et des redites de l’Occident, met en lumière des empires nouveaux, des siècles ignorés, des religions et des philosophies inconnues.

Il y a un grand danger pour l’esprit humain à creuser l’idée de Dieu. Celle idée est tellement supérieure à toutes les autres, qu’on peut être conduit à en retrancher successivement les qualités et les attributs qu’on aperçoit ailleurs. Si l’on suit jusqu’au bout l’entraînement de l'abstraction, si l’on n’est pas retenu sur la pente de la dialectique par le besoin de s’arrêter à un dieu intelligent et moral, on arrivera ainsi à nier même la spiritualité, la bonté, la personnalité du principe universel. Pourquoi serait-il esprit? pourquoi serait-il bon? pourquoi serait-il une personne? Toutes ces qualifications sont-elles applicables à l’être ineffable? Tout attribut n’est-il pas une limite de l’infini? L’unité divine n’esl-elle pas supérieure à toutes les différences qui distinguent les choses bornées? La plus grande, la plus haute de ces différences, celle qui sépare l’être du non-être, n estelle pas encore quelque chose d'inférieur a 1 idée que

LA TROISIÈME RELIGION DE LA CHINE nous devons nous faire de Dieu? Dire qu’il est , quand nous n’avons pas d’autre mol pour exprimer l’existence restreinte et passagère, n’esl-ce pas employer un terme inexact et insuffisant, alors qu’il s’agit de l’existence absolue et souveraine? Telle est la voie qu’ontsuivie les esprits qui, dans divers temps et divers pays, ont fini par avancer que Dieu était el n' était pus. (l’est le ojv p] wv de Proclus; c’est le principe sans nom, sans attribut, ni bon ni mauvais, ni esprit ni matière, supérieur à toutes tes qualités el à toutes les différences, qui est au fond de la plupart des doctrines religieuses el philosophiques de l’Inde; c’est aussi le tao de Lao-lseu, le lao qui, suivant un commentateur, est comme existant et comme non existant.

Le tao est le principe universel des êtres qui émanent de son sein et retournent s’y perdre. Considéré en lui-même dans son essence, il est ineffable, il ne peut cire nommé, il est le principe de toute existence, el à peine peut-on dire qu’il existe. Il est vide, c’est-à-dire étranger à toutes les qualités de la matière ou de l’esprit (vide est une expression métaphorique pour absolu). Il est pur, parce que sa substance est distincte de toutes les existences; il est éternel, parce qu il est en dehors de la succession des temps. Supérieur à 1 idée d un dieu personnel, il semble avoir précédé le maître du ciel ; il est le modèle et l’image de tous les êtres. Tel est le tao en lui-même, dans son

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essence. Lorsqu’il se manifeste par la production, il prend un nom. 11 est la mère ou l’aïeul des êtres; il n’est plus vague, ineffable, il apparaît sous une forme déterminée; en lui-même, il est l'inexprimable unité; quand il se produit au dehors, il se divise, et alors il a un nom.

Celle notion du vide considéré comme l’essence absolue, le principe de tous les êtres, s’exprime chez Lao-lseu par des métaphores d’une ingénieuse étrangeté. Il s’agit de rendre sensible une idée métaphysique, la plus subtile de toutes, savoir que ce qui n’a aucun des caractères de l’existence est le fondement de toute existence. Lao-lseu dit1 : «Trente rais se réunissent autour d’un moyeu, c’est de son vide que dépend l’usage du char; on pétrit de la terre glaise pour faire des vases, c’est de son vide que dépend l’usage des vases; on perce des portes et des fenêtres pour faire une maison, c'est de leur ride que dépend l’usage de l'a maison. » Comparez ces métaphores mesquines et triviales, mais claires et exactes, avec les symboles poétiques, mais vagues, employés par le génie indien, pour exprimer la même pensée, savoir que le vide est le principe des choses, et vous aurez le spectacle de la diversité du génie de deux peuples. Rien ne montre mieux qu’une traduction d’un même texte la différence, de deux esprits et de deux langues.

1 Liv. I, cil. xi.

LA TROISIÈME il ELU. 1 0 N 'UE LA CHINE 453 Au point de vue de Lao-lseu, l'unité est l’essence de tout; essentiellement donc rien n’est divers, distinct; il n’y a ni vrai ni faux, ni beau ni laid, ni être ni non-être. Ce sont là de simples rapports, des distinctions apparentes au dessus desquelles le sage éclairé par le tao doit s’élever. Aussi Lao-tseu s’oppose-t-il à ceux qui éprouvent des sentiments et qui croient savoir quelque chose; lui se réfugie dans l’insensibilité et l’ignorance 1 : « Je suis calme, mes affections n’ont pas encore germé, je ressemble à un nouveau-né qui n’a pas encore souri à sa mère... Les hommes du monde sont remplis de lumières; moi seul je suis comme plongé dans les ténèbres. » Il n’a pas la fausse science des hommes; il ne veut pas de cette science, mais il connaît le tao. « Moi seul, ajoute-t-il, je diffère des autres hommes, parce que je révère la mère qui nourrit tous les êtres. »

Celui qui est en possession du tao est supérieur à toutes les affections qui troublent l’âme des hommes; il est impassible comme l’univers; « le ciel et la terre n’ont point d’affection particulière, ils regardent la création comme le chien de paille du sacrifice2. Le saint homme n’a point d’affection particulière, il regarde tout le peuple comme le chien de paille du sacrifice3.

* Ch. xx.

S Ch. v. — Chien fait avec de la paille liée, que l’on couvre des plus riches ornements pendant que dure le sacr lice, que l’on jette ensuite, et qui est foulé aux pieds par le peuple.

3 Ce singulier éloge du sage, en qui l'on vante son indifférent»

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Te quiétisme que Lao-tseu recommande à son sage débute, comme tout quiétisme, par quelques vertus chrétiennes et philosophiques, le détachement, la pureté, l’humilité, la modération des désirs.

« Le saint homme se met après les autres, et il devient le premier. Le sage redoute la gloire comme 1 ignominie ; son corps lui pèse comme une grande calamité ; la gloire est quelque chose de bas; il n’y a pas de plus grand malheur que de ne pas savoir se sul'tire. » Mais ce quiétisme poussé plus loin arrive, 'comme toujours, à l’absorption de la volonté, à l’anéantissement de l'intelligence et de la moralité. L’homme, pour s unir complètement au tcio , doit

i Uitf les hommes qu'il gouverne, Frappe encore plus dans l'original. \1 . .Ldieti a suivi ii i un commentateur qui rend par affection pai ticuticre le mot jin, ce caractère énergique, composé du caractère homme et. du caractère deux , et par là exprimant le rapport de l'homme à l’homme, l 'humanité, la charité ■ C’est une des vertus les plus recommandées par la morale de Conlucius. Cest cette vcit.u. , ’est le sentiment d'humanité, de charité, que Lao-tseu interdit ici a

son sage. Le commentateur, en voulant, comme à son ordinaire, rapprocher les idées de I.ao-tsen des idées communes, dit: «Ce passage Hgudk’ que celui qui est grandement bienveillant et affectionné pour tous mes! bienveillant et ali'eelionné pour personne en particulier. » Mai- Lao-tseu me paraît avoir exprimé ici le mépris qu’à son point de vue moral, selon lequel la perfection se trouve dans l'absence de tous les sentiments de l'àine. dans le vide du cœur, il devait porter a cette vertu vulgaire de l 'amour des hommes, bonne pour ceux qui ne se sont pas élevés jusqu'à la contemplation exclusive du lao. On a vu avec quel dédain il répondait à Confucius, qui résumait la morale dans l'humanité [jin et la justice. Ou lit an chapitre xvm du 1" livre : « Quand la grande 'nie eut dépéri, on vit paraître 1 humanité et la justice ■>

LA TROISIÈME RELIGION RE LA CHINE « se délivrer des lumières de l’intelligence ; » pour lui, il n’y a pas lieu à l’amélioration morale : « celui qui conserve le tao garde ses défauts; » il n’y pas lieu à l’action : « le sage arrive sans marcher, sans agir il accomplit de grandes choses ; le dernier terme de la perfection, c’est le non-agir. »

Ces bizarreries morales s’expliquent et se justifient par ce principe, que la nature des choses est bonne, qu'il faut lui laisser son cours. Pour que le bien se fasse, il faut qu’il se fasse de lui-même; l’activité humaine ne peut que troubler l’action spontanée et bienfaisante du tao. Aussi Lao-lseu reprochait-il à Confucius de troubler la nature humaine par ses \ertus pratiques, l’humanité, la justice. « Les hommes d’une vertu supérieure la pratiquent sans y songer, naturellement , » ajoute le commentaire. Ailleurs Laolseu dit : « La vertu ne doiLpas avoir conscience d'ellemême. »

Si le christianisme, où triomphe l’énergie morale de l’homme, a pu s’égarer dans le fanatisme des quiétistes et dans le mépris des œuvres que le jansénisme a prêché après les religions panthéistes de l'Inde, on ne saurait s’étonner qu’une doctrine animée de l’esprit de ces religions ait sacrifié la liberté humaine au développement irrésistible du principe absolu duquel émanent les êtres.

Lao-tseu représente en Chine le quiétisme oriental. « Celui qui est parvenu au comble du vide garde 1er-

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moment le repos, » dit-il . Le grand précepte de celte morale, c’est l'absence de désir et la quiétude absolue qui en résulte. « L’homme doit clore sa bouche, fermer ses oreilles et ses yeux. S' il ouvre sa bouche et augmente son désir, il ne pourra être sauvé; augmenter sa vie s'appelle une calamité. » Ceci montre combien le génie de l’Orient est opposé au génie de l’Occident. Au lieu de se livrer à sou activité cl d’en vivre, 1 homme conçoit la pensée de s’y soustraire. Pénétré de la misère de sa nature, il veut lui échapper pour ainsi dire en s’abstenant. 11 supprime le désir, suspend l’action, éteint la pensée, et arrive ainsi par la mort au calme. L’Européen est insatiable d’émotions, d’entreprises, d’idées; il est constamment tourmenté du besoin de ce que les Anglais appellent excitement. Il ne sent sa vie que lorsqu’il la dépense; il n en jouit que lorsqu il la prodigue; il a delà peine à comprendre l’Asiatique qui travaille à sortir du tourbillon ardent de la vie, a se reposer dans 1 impassibilité absolue. C est a exécuter ce tour de force contemplatif qu’aspire Laotseu. Pour lui, le grand secret de la vie est de vivre le moins possible. « A peine l’homme est-il né, dit-il, que treize causes de mort l’entraînent rapidement au trépas. Quelle en est la raison? C est qu il veutvivie avec trop d’intensité l. » H y a plus, on entrevoit ici l’espoir de se dérober à l’empire de la mort en se de-

1 Ch. i.

LA TROISIÈME RELIGION RE LA CHINE robanl à la puissance de la vie. Si l’homme parvient à contenir son énergie vitale, il ne l’usera point, il ne mourra point. De là sans doute l'origine des recettes merveilleuses pour prolonger la vie, pour assurer l’immortalité que prétendent posséder les tao-ssé modernes. Ce qui était dans le principe une idée philosophique devient souvent dans la vieillesse des sectes une pratique superstitieuse.

On ne saurait imaginer jusqu’où peut aller ce divorce de l’âme humaine et de la vie, cet élan par lequel l’homme croit s’élever au-dessus de l’existence, cette aspiration à un étal supérieur qu’aucun accident ne peut troubler, et que la mort même ne peut atteindre. On trouve dans les commentaires de Lao-tseu, traduits parM. Julien, ce curieux passage1 : « Celui qui aime la vie peut être tué; celui qui aime la pureté peut être souillé; celui qui aime la gloire peut être couvert d’ignominie; celui qui aime la perfection peut la perdre. Mais si l’homme reste étranger à la vie, qu’est-ce qui peut le tuer? s’il reste étranger à la pureté, qu’est-ce qui peut le souiller? s’il reste étranger à la gloire, qu’est-ce qui peut le déshonorer? s’il reste étranger à la perfection, qu’estce qui peut la lui faire perdre? Celui qui comprend cela peut se jouer de la vie et de la mort. »

En effet, si l’homme pouvait s’abstraire ainsi de ce

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qui est l’objet et l’essence même de sou activité, il serait au-dessus de tout, il dominerait tout; mais pour lui c’est chercher l’impossible, c'est tenter un effort dans lequel il périt nécessairement, c’est se détruire pour ne pas souffrir, c’est prétendre vivre sans respirer.

Celte doctrine, ennemie par son principe de l’énergie et de l’activité, exalte ce que toutes les morales condamnent, la mollesse cl la faiblesse. Elle forme la contre-partie la plus complète du stoïcisme; c’est la conduite du roseau de la fable érigée en principe avec une franchise extraordinaire. « Quand 1 homme vient au monde, il est souple et faible; quand il meurt, il est roide et fort. La roideur et la force sont les compagnes de la mort.; la souplesse et la faiblesse sont les compagnes de la vie. » Seul peut-être entre tous les'philosophes, Lao-lseu a préconisé la faiblesse; il a dit : « Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. » Ce singulier axiome devait se réaliser dans le pays de l’auteur, bien des siècles après sa mort, le jour où la mollesse et la faiblesse chinoises triomphèrent de la force et de la dureté tartares.

Rien n’est plus curieux et souvent plus bizarre que l’application de ce quiétisme à la politique. L idéal de la politique comme de la morale, c’est le non-agir. Celui qui gouverne doit annuler en lui le principe du désir et de la volonté, s’unir intimement par la

LA TROISIÈME RELIGION DE LA CHINE contemplation au principe des êtres, au tao. C’est ce que Lao-lseu exprime ainsi : « Lorsque le saint homme

gouverne, il vide son cœur Il pratique le non- agir ,

et alors il n’y a rien qui ne soit bien gouverne. » En isolant celle phrase, on dirait que Lao-tseu a deviné notre axiome de gouvernement constitutionnel : le roi ne gouverne pas. La pensée de Lao-lseu est que le bien s’opère de lui-même par une secrète influence de la vertu du tao , et non par une action directe de l’homme sur l’homme- « Le sage, dit-il, est comme l’eau; l’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point. Il ne lutte point. C'est pourquoi il n'y a personne dans l'empire qui puisse lutter contre lui. » De là le non-agir donné comme le seul moyen de devenir le maître de l’empire. De là aussi ce singulier axiome de politique pratique : « L’empire est comme un vase divin auquel l’homme ne doit pas travailler. »

Toujours ce principe, que l’action humaine trouble la nature des choses. 11 faut se conformer à cette nature, s’unir à son principe, s’y assortir. C’est ce que Lao-tseu appelle pratiquer le non-agir. Si l’on fait ainsi, le peuple est attiré invinciblement à imiter l’exemple de son roi; il se modifie et s’améliore de lui-même.

Cette quiétude doit s’étendre du roi au peuple. De là ces préceptes d’une singulière politique. « Le sage qui gouverne s’étudie constamment à rendre le peuple ignorant et exempt de désirs. Il lait en sorte que ceux

LA SCIENCE EN ORIENT qui ont du savoir n’osent pas agir. » Ces maximes, révoltantes en elles-mêmes, ne sont qu’une application du principe général de la philosophie de Lao-tseu. Le peuple ne peut se plaindre d’être traité plus mal que le sage, dont la perfection est placée également dans l’ignorance et l’inaction.

Cette théorie politique, si différente des nôtres, s’en rapproche pourtant par certains côtés. L’inégalité des castes cl des races a toujours été une idée étrangère à la Chine. Lao-tseu exprime avec assez d’énergie ce principe tout occidental, et je dirais presque tout révolutionnaire, que ceux qui gouvernent ne valent que par le peuple d’où ils sortent cl qu'ils représentent. A l’occasion de ces paroles, « les nobles regardent la roture comme leur origine, les hommes élevés regardent la bassesse de la condition comme leur premier fondement, » un commentateur dit : « Dans l’ordre de la nature, les grands vassaux et les rois sont de la même espèce que l’humble homme du peuple. » Un autre interprète ainsi ces paroles énigmatiques de Lao-tseu, si vous décomposez un char , vous n’avez plus de char : « C’est la réunion et l’ensemble du peuple qui forment un prince ou un roi. Prince ou roi sont des noms collectifs du peuple.

ivous faites abstraction du peuple, il n’y aura plus ni prince ni roi. »

La Chine est un pays essentiellement traditionnel, la société y repose sur la famille. Tout s’v fait par

I A TROISIÈME REt.IOION DE I. A CHINE 41 1 continuation et transmission. Les idées s’y produisent toujours comme un développement d’idées plus anciennes. Ailleurs, souvent on prétend innover quand l'on répète, là on prétend répéter même quand on innove. Confucius, en établissant sa doctrine, affirmait ne faire autre chose qu’exposer l’ancienne doctrine des Kimjs; il trouvait les préceptes moraux et politiques qu’il désirait faire prévaloir dans les signes mystérieux de YY-king et dans les chants populaires de l’antiquité; toutes les philosophies chinoises les plus diverses dans leur résultat, depuis le mysticisme contemplatif jusqu’au grossier matérialisme, emploient les mêmes expressions et les mêmes formules fournies *par la tradition, qu’elles se bornent à interpréter et à commenter diversement. Confucius a aussi un tao, mais c’est un tao pratique. C’est la voie morale et politique, tandis que chez Lao-tseu, la voie est la porte mystérieuse par laquelle les êtres entrent dans le monde. Rien de plus différent pour l’idée, mais l’expression est semblable. Comme Confucius, Lao-tseu en appelle à l’antiquité. Il parle souvent de ce qu’étaient dans les temps anciens ceux qui excellaient à pratiquer le tao , il invoque des maximes antiques qu'il développe dans le sens de sa doctrine; car Lao-tseu prétend aussi bien que Confucius s’appuyer sur la tradition et les vieux usages. Dans un énergique passage contre la guerre, il cite, à l’appui de la condamnation qu’il en porte, le cérémonial

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