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d’après lequel ou place le. général en chef selon le rite des funérailles, c’est-à-dire à gauche, du côté consacré à la mort. Et à ce sujet, le plus ancien des commentateurs de Lao-lseu rapporte ce fait remarquable : « Dans l’antiquité, quand un général avait remporté la victoire, il prenait le deuil; il se mettait dans le temple à la place de celui qui préside aux rites funèbres, et, vêtu de vêtements noirs, il pleurait et poussait des sanglots. »
On ne saurait s’étonner qu'une doctrine qui répugne à l’action proscrive la guerre. Lao-tseu la réprouve formellement. « Les armes les plus excellentes sont des instruments de malheur; ce ne sont point les instruments du sage, il ne s’en sert que lorsqu’il ne peut s’en dispenser; il met au premier rang le calme et le repos; s’il triomphe, il ne s’en réjouit pas ; s’en réjouir, c’est aimer à tueries hommes; celui qui aime a tuer les hommes ne peut, réussir à régner sur l’empire. » Eu ce point comme en plusieurs autres, partant de principes fort différents, Lao-tseu et Confucius airivent aux mêmes conclusions : la glorification de la paix, trait commun à leur double doctrine, trait tondamental de l’ancienne constitution morale et politique de la Chine contenue dans les Rings.
Une autre idée essentielle de Lao-tseu, qui se trouve chez Confucius et dont la racine est dans les Rings , c’est que la nature de l’homme est essentiellement bonne; que, pour atteindre à la perfection; morale, il
LA TROISIÈME RELIGION DE LA CHINE tl->
n'a qu’à revenir à sa pureté, à sa simplicité native. C’est, comme on voit, le contraire de l’idée chrétienne sur la tache originelle, c’est 1 idee philosophique de Rousseau ; 1 homme nail hon, la société le dépi ave, Ion! est bien en sortant des mains de 1 auteui de la nature. Lao-tseu pousse celte idee jusqu a sesdernieres conséquences. Dans son horreur pour la lutte, il exalte sans mesure l’état d’innocence primitive. Pour lui, le dernier terme de perfectionnement auquel puisse s clever le sage, c’est de revenir a 1 état d enfant. De la celte pensée remarquable, « plus l’on s’éloigne et moins l’on apprend. » he Christ aussi a dit : Soyez semblables à un de ces petits enfants; mais il a dit encore : Cherchez et vous trouverez. Le christianisme nous enseigne un pieu.v respect pour l’innocence qui ne sait pas, mais il nous enseigne aussi à admirer la science et la vertu; il place les séraphins dans le ciel à côté des chérubins. L’idée de la chute, puisée dans le repli le plus profond de notre cœuret le plus malade, l’idée de la rédemption, sublimerévélation de l’espérance et d’oi'i résulte la nécessité de la lutte morale, s’élèvent d une hauteur infinie au-dessus de ces conceptions de 1 Orient, profondes, mais tristes, dans lesquelles l’homme n’a qu’à se faire chose et à se laisser entraîner passivement par la nature dans la voie universelle et inévitable des êtres. Ce point de vue tout oriental, et quia plusd’une fois, sous le nom de quiétisme, tenté de faire irruption dans les croyances chrétiennes de l’Occident, n’a
LA SCIENCE EN OUI EN T
peut-être jamais trouvé d’expression aussi tranche, aussi nette que celle que lui a prêtée Lao-lseu. Le quétisme est en général vague et vaporeux; chez Laolseu, il est positif et pratique. La puissance d’abstraction et la sévérité positive de l’esprit chinois ont permis à celte philosophie d’être mise pour ainsi dire en compartiment et en relief. Jamais ce qu'il y a de plus subtil cl de plus abstrait n’a été exposé d’une manière plus catégorique et mis pour ainsi dire sous une forme plus palpable.
Faire connaître Lao-lseu, c’était donc servir doublement l’histoire de la philosophie en y faisant entrer un monument qui se rattache à la fois à quelque chose de très-général, la religion de l’absolu, le quiétisme, et à quelque chose de très-particulier, l’absolu et le quétisme sous une forme singulière, sous une forme qui ne ressemble à aucune autre, sous la forme chinoise. En outre, c’était agrandir l’histoire intellectuelle de la Chine en donnant pour la première fois une idée véritable de la moins connue des trois doctrines adoptées dans cet empire. Enfin, la publication deM. Julien offre aux sinologues un texte accompagné d’une excellente traduction, qui peut les aider puissamment dans leurs études philosophiques et philologiques. On ne saurait donc être trop reconnaissant d’un si difficile et si beau travail. Du reste, M. Stan. Julien a reçu une approbation qui vaut mieux que la nôtre. Schelling, dans une lettre adres-
LA TROISIÈME RELIGION LE LA CHINE -455 sée à M. Julien, s’exprimait ainsi au sujet de sa traduction de Lao-tseu: « D’après tout ce que M. Abel Rémusat nous avait dit sur l’impénétrable obscurité des paroles et des idées du livre de Lao-tseu, je n’aurais jamais cru qu’un jour viendrait où je lirais ce même livre sans difficulté et avec pleine assurance d’en avoir parfaitement compris le sens et saisi la portée. C’est justement ce que je dois, monsieur, à votre travail aussi consciencieux que judicieux. . . Je me fais un plaisir d’ajouter qu’à fort peu d’exceptions près je me suis toujours trouvé philosophiquement obligé de me rendre à votre avis... Je me sens éclairé et avancé dans mes connaissances par les résultats si positifs de-votre travail, qui témoigne d’une haute intelligence autant que de la plus noble persévérance. »
Nous n’ajouterons rien à un tel suffrage et à un semblable jugement.
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Ceux qui veulent bien suivre dans la Revue des Deux-Mondes mes pérégrinations égyptiennes attendaient un autre titre et une autre date : c' était Thèbes que j’avais annoncée au lecteur, quand je l’ai laissé -sur le Nil, après l’avoir conduit jusqu’à Denderah'. Des circonstances très-peu importantes pour lui, mais assez graves pour moi, en ont décidé auliement. De climat de Paris, n'ayant pas, l’hiver dernier, ressemblé le moins du monde au climat de l’Égypte, a sévi sur les larynx malades et les bronches délicates; il n’a été que trop rude et trop funeste. A côté des
1 (Nous avons conservé ce début parce que c’est une page de la \ie de notre ami, et que nous ne pouvions, sans altérer gravement le texte, substituer aux allures un peu vives d’un article la forme plus sêvere d’un chapitre. ]
LE ISAM A VAN A
coups lamentables qu’il a frappés, hélas! et bien près de moi, il ne m’est guère permis de parler.de mes petits maux: mais il fallait expliquer au lecteur, en supposant qu’il fût. assez bon pour s’en apercevoir, pourquoi, au lieu de trouver un article sur Thèbes , daté des bords du Nil, il en trouvait un sur le Hamayana , daté des Pyrénées, et comment ce. n’est plus le voyageur à la poursuite des hiéroglyphes qui va l’entretenir, mais le professeur enroué, à la poursuite d’un peu de voix, dont il aura besoin, cet hiver, an Collège de France, pour parler de Montesquieu et de. Rousseau . Ne pouvant emporter aux eaux avec moi tous les matériaux qui me servent, à compléter par l’étude les résultats de l’observation, et ne voulant m’écarter que le moins possible du sujet de mes recherches, j’ai résolu de faire cette fois une excursion épisodique dans l’Inde, sauf à revenir bien vite sur les bor ds du Nil, à peu près comme un voyageur qui, à Suez, prendrait, le bateau à vapeur de Bombay, et, quelques semaines après, se retrouverait au pied des Pyramides.
Quand je dis que j’ai cherché dans l’Inde un sujet qui ne m’éloignât pas trop de l’Égypte, je parle plutôt d’après autrui que d’après moi-même, car je suis moins frappé que ne Font été plusieurs écrivains des rapports de l'Inde avec l’Egypte, et je ne vois, pour ma part, aucune raison d’admettre que la civilisation ait jamais voyagé des bords du Gange aux rives du Nil.
Ru reste, cette opinion remonte assez haut, car on
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i;i rencontre déjà dans Philosfrate et dans Eusèbc ; plus récemment elle a conduit à d’étranges conclusions. L’aventureux Garros retrouve les Védas dans les prétendus livres d'Hermès; avant lui, le respectable, mais un peu superficiel AV. Jones, avait déclaré que c’était dans les Védas qu’on découvrirait la clef des hiéroglyphes; depuis, cette clef a été découverte par Champollion, Al. E. Burnouf a savamment interprété les Védas dans son cours, et chacun peut s’assurer aujourd’hui que ces curieux monuments de la poésie et de la religion primitives des Hindous n’ont, rien à démêler avec les signes graphiques des anciens Égypt iens.
Bolilen, qui a composé son ouvrage sur l’Inde particulièrement en vue de l’Kgyple, comme le titre l’indique, ne s’est pas fait faute de rapprochements de tous genres entre les deux pays; mais aucun de ces rapprochements ne me semble démonstratif. Saul quelques idées générales, qui se trouvent à peu près dans toutes les mythologies, comme l’adoration des puissances de la nature, du soleil en particulier, rien de plus différent que la religion abstraite et sensuelle de l’Inde et la religion matérielle et sévère de l’Égvpte. Des ci payes ont cru, dit-on, reconnaître leurs divinités nationales dans un temple de Denderah. Ceci ne prouve rien du tout. Les soldais norvégiens qui, sous le nom de Warangues, allaient servir les empereurs de Constantinople, crurent reconnaître aussi les dieux Scandinaves dans les statues païennes de 1 hippodrome.
LE RAMAYANA Personne n’en a conclu à des influences de la civilisation grecque sur la civilisation de la Norvège. Une vache adorée dans l'Inde ressemble beaucoup à une vache peinte sur le mur d’un temple égyptien. Qu’on mette un Napolitain ignorant devant Isis allaitant Horus, et je ne serais pas surpris qu’il se crût en présence de la Madone. La ressemblance fortuite de quelques noms de divinités n’est pas une meilleure preuve ; car les racines sanskriles des uns ne correspondent point aux racines copies des1 autres. De plus, les deux langues n’appartiennent point à la même famille. Depuis le beau travail de M. Benfey, on ne peut douter que l’ancien égyptien et le copte, qui en est un dérivé moderne, n’aient des analogies essentielles avec les langues sémitiques, avec l’hébreu surtout., et non avec le sanskrit. Les rapprochements qu’on a tenté d’établir entre l’organisation sociale de l’Inde et celle de l’Égypte reposent en général sur une opinion qui, pour être fort répandue, n’en est pas plus vraie, l 'hérédité des professions en Egypte. Je suis en mesure de démontrer1, par la comparaison d’un grand nombre de monuments égyptiens, que cette assertion des anciens tant répétée, et qui a passé à l’état de lieu commun, est radicalement fausse, comme beaucoup d’autres lieux communs. On ne peut donc conclure de l’existence supposée des castes à l’identité d’origine de la
1 [Ce travail fait partie d’un autre volume actuellement sous presse relatif à l’Égypte, et dont l’édition est confiée aux soins de M. de Loménie.]
société hindoue et de la société égyptienne, car les castes, dans le sens qu’a pris ce mol portugais appliqué à l’organisation sociale de 1 Inde, étaient, étrangères à l’Égypte. L’Égypte et l'Inde n’ont donc rien de commun dans leurs origines; elles diflèrent proiondément par la religion, par la langue, par le gouvernement, et il n’est pas plus sage aujourd’hui de voir dans les Égyptiens une colonie hindoue qu’il ne le serait de croire aux fabuleuses colonies conduites dans l’Inde par Osiris cl Sèsoslris, ou d'admettre, avec Huet et le P. Kircher, que les Chinois sont des Égyptiens transplantés un peu loin, il est vrai, et ayant beaucoup changé sur la route. Ce qui demeure certain, c’est que l’Inde et l’Égypte sont les deux pôles de l’Orient; que ces deux pays, d’antique renommée et de grand avenir, merveilleux par leur ancienne culture et par les gigantesques monuments qu elle a laissés, sont bons à mettre en regard, non pour en exagérer les rapports et en confondre les origines, mais pour en caractei isci le génie moins encore par les ressemblances que par les contrastes.
Il en est un qui se présente tout d’abord , au moment où nous allons parler de l’épopée indienne : c’est que l’épopée héroïque ne paraît pas avoir été connue des Égyptiens. Us avaient des chants religieux, on U sait par le témoignage des anciens, on le voit par les monuments sur lesquels sont représentés des personnages à genoux et chantant, tandis qu’ils s’accompa-