LE K A M A. Y A N A
du fond de l’Orient pour fournir plus lard, après avoir couru l’Europe, le sujet d’un conte charmant ou d’une fable exquise au génie insouciant de notre la Fontaine, génie si original par l’exécution, mais qui ne s est jamais donné la peine d’inventer ce qu’il créait. Ce qu'offre de plus piquant la généalogie du corde que j’ai cité tout à l'heure, c’est qu’à moitié chemin entre l’Inde et la France, il a été recueilli et placé dans une pieuse légende par un saint. Saint Jean de Damas, qui a écrit au septième siècle, sous le nom d’ Histoire de Barlaam et de JosapJiat , un roman dévot souvent reproduit au moyen âge, y a inséré le vieux récit que devait rajeunir la Fontaine. Seulement, au lieu de dire au jeune homme que les êtres qui lui ont tant plu sont des oies, le vieillard qu’il interroge lui dit que ce sont des diables, ce qui, de la part de l’auteur, est tout à la fois plus édifiant, plus poli et plus vrai. Cette réponse est aussi plus semblable à celle que le père fait à son fils dans 1 eRdmayana. La comparaison des femmes aux mauvais génies, aux démons, c’est l’idée primitive, l’idée orientale; les Oies sont la parodie.
Si, laissant de côté la question des remaniements divers qu’a pu subir la tradition qui est la base du Râmâyana , on veut déterminer à quelle époque elle a pris la forme poétique sous laquelle elle nous apparaît aujourd'hui dans le poëme indien; si, en un mot, on prétend fixer la date de la rédaction définitive de ce poëme, on est rejeté vers une assez haute antiquité,
LA SCIENCE EN ORIENT
vers une époque antérieure, d’une part, à la naissance du bouddhisme, qui ne se montre pas encore dans le Râmûijana l, et de l’autre à l’usage où sont depuis longtemps les veuves indiennes de se brûler avec le corps de leurs maris, usage dont il n’est point lait mention dans l’antique poëme. Or, celte coutume cruelle était déjà en vigueur, et probablement depuis longtemps, à l’époque d’Alexandre, et, comme rétablissement du bouddhisme remonte pour le moins au sixième siècle avant l’ère chrétienne, voilà la date du Râmaymiâ reculée jusqu’au delà de celle époque. Les plus modérés s’accordent à reporter la composition du poëme indien au dixième siècle avant notre ère : M. Gorresio va jusqu'au treizième. C’est, dans tous les cas, une antiquité fort respectable, et un monument de cette étendue, conservé soigneusement par l’admiration continue des générations et des siècles, présentant l’image des mœurs, des sentiments, de la civilisation de l’Inde à cette date lointaine, un tel monument est digne, on en conviendra, de fixer l’attention de ceux qui veulent connaître l’humanité sous toutes ses laces et à tous ses âges, sans parler de l’art et de la poésie, intéressés l’un et l’autre à l’étude de cette Iliade colossale dont l’Homère s’appelle Yalmiki.
1 Un seul vers dans tout le poëme fait allusion au bouddhisme; ce vers est rejeté par Schle^rel. Si le bouddhisme eut existe au temps où le Râmàymu a été composé, il n’en serait pas question dans un endroit seulement du poëme.