‹ La science et les lettres en OrientChapitre 83 sur 101 · LE H AM A Y AN A · texte numérisé non relu

LE H AM A Y AN A

On n’en sait pas plus sur IHomère indien que sur l’Homère grec; on ignore jusqu’à l’époque où il a vécu; la tradition l’a fait contemporain du héros qu’il a chanté. Dans une introduction poétique placée en tête du Ra~ mâymui, il est raconté comment le sage solitaire Valmiki, quand il eut composé son grand poëme en l’honneur de Rama, confia le soin de le répandre parmi les hommes à deux jeunes fils de Rama lui-même, lesquels, après avoir enchanté de ces beaux récits les anachorètes des solitudes, tirent entendre à leur père sa propre histoire. Il y a dans celle tradition une grâce louchante. Ces deux jeunes gens célébrant ainsi la gloire de leur père en sa présence, ces tendres et pieux rhapsodes font un charmant contraste avec le vieux mendiant aveugle de Chio. M. Gorresio croit la tradition véridique, et pense que Yalmiki a été en effet contemporain de Rama. 11 appuie son opinion de l’exemple, selon moi peu applicable ici, de Camoëns chantant des héros et des exploits dont il fut le contemporain. Je pense que les Lusiades et le Rdmâyana sont le produit d’époques et de sociétés trop distantes pour pouvoir être comparés. Je sais que, dans l 'Odyssée, Démodocus chante les événements de la guerre de Troie devant Ulysse, et que les larmes du héros coulent silencieuses tandis qu'il entend célébrer sas propres aventures; cependant je ne puis admettre pour 1 e Rdmâyana cette coexistence du pocte et du héros. Il faut toujours qu’il s’écoule un certain temps entre le moment où la tra

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il >11

dition héroïque nail de la réalité et celui où celle tradition, formée et développée parla muse populaire, arrive aux mains du poëte habile qui l’arrête et la fixe définitivement en lui donnant la forme durable de l’épopée.

Il v a, bien avant le poëte définitif, des chantres précurseurs qui sont comme des intermédiaires entre lui et la tradition naissante; mais ces chantres ne sont point le poëte. Démodocus n’est pas Homère. Homère n’csl venu qu’après Démodocus. De même Valmiki n’a pu agir librement sur la tradition, la manier en artiste, que lorsqu'elle était déjà affranchie par le temps du joug qu'impose à l’imaginalionle spectacle de la réalité présente. La légende, en faisant Valmiki le contemporain de Rama, a voulu indiquer tout au plus qu’aux époques primitives la poésie commence avec les souvenirs, et qu’il y a des chants dés qu’il y a de la gloire.

Cette introduction au Bâmâyana contient une autre tradition touchante aussi gracieuse, non celle fois sur

la composition du poëme, mais sur l’invention du mètre

dans lequel il a été composé, de ce distique indien de trente-deux syllabes appelé çloka. Ce préambule singulier ne doit pas trop surprendre, car il est de la nature de la poésie indienne de vouloir rendre compte de toutes les origines.

Un jour, le sage Valmiki, après s’être purifié, se promenait dansune forêt. Le regard du solitaire suivait avec complaisance un beau couple de hérons qui marchaient en toute sécurité sur la rive d’un fleuve. Un

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