‹ La science et les lettres en OrientChapitre 90 sur 101 · LE R A MAYA N A · texte numérisé non relu

LE R A MAYA N A

enlrenl en pourparlers et en arrangement avec lui. C’est que les personnages divins eux-mêmes ne peuvent résister à la toute-puissance que les solitaires puisent dans les vertus de la pénitence; souvent les dieux l’éprouvent à leurs dépens. Un solitaire qui a à se plaindre de la déesse Ganga (le Gange) la punit en l avalant ; un autre se venge de Siva, roi des dieux, en le mettant, par l’efficacité de la prière, dans l’étal où Saturne fut réduit par Jupiter. Tel est le pouvoir que les anachorètes de l'Inde peuvent acquérir par la mortification. L'homme, en réprimant ses sens, devient maître de l’univers et supérieur aux dieux. Celte exagération insensée de l’énergie que possède la volonté de l’homme affranchi de ses passions a un

coté sublime.

Autre singularité qui caractérise le génie indien : a côté de l’ascétisme est la philosophie. Les brahmanes sont représentés discutant sur la nature des choses; l’un d’eux, pour avoir trop médité sur la misère delà

condition humaine, sur le triomphe des méchants et le malheur des bons, en est venu à mettre en question l’autorité des Vêdas. Ainsi, dès ces temps reculés, la spéculation métaphysique revendique ses droits en présence de l’autorité religieuse la plus forte et la plus tyrannique qui fut jamais, et même le bon sens moral s’est fait jour dans celte poésie tout imprégnée d’extase au point d’y introduire une pensée qui sent son dix-huitième siècle. « fin roi n’obtient

t'ii I, A SCI EN Cl R EN ORIENT

yias le ciel par des sacrifice?, maiscn bien gouvernant scs Etals. » Je connais peu d’exemples d'une poésie ■philosophique plus élevée que celle que respire le passage suivant sur la mort. « Les hommes se réjouissent lorsque le soleil se lève, et, lorsque le soleil se couche, ce devrait être pour eux un avertissement que tout a son aurore et son couchant. Us se réjouissent du printemps quand tout nous semble jeune et nouveau. Hélas! à mesure que l'année entraîne les saisons, notre vie nous échappe. Comme une goutte de rosée qui tremble sur une fleur de lotus, le bonheur de l'homme est toujours vacillant et près de disparaître ; et comme au sein du grand océan un hois flottant en rencontre un autre, ainsi les êtres se rencontrent un moment sur la terre. » Il v R dans ces vers une mélancolie

pleine de grandeur. Du reste, la grandeur est le caractère de la poésie du Râmùyana; ce caractère ne l'abandonne jamais. Un roi sur son trône est comparé au père universel environné par les dieux qui gouvernent le monde. L’arc divin de Si va est si pesant, que huit cents hommes ont peine à le traîner; Rama le soulève facilement, et en le tendant, le brise avec un bruit semblable au fracas d’un rocher qui se précipite, au retentissement de la foudre qu’Indra lance contre le sommet d’une montagne. Nulle part ce caractère de grandeur ne se montre avec plus de puissance et d’originalité que dans le récit de la descente delà déesse Ganga du ciel sur la terre. Voici les ci r-

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