‹ La science et les lettres en OrientChapitre 35 sur 68 · I.E S Cil A II -N A 51 EU · texte numérisé non relu

I.E S Cil A II -N A 51 EU

de même nature: je comparerai successivement l’épopée de Firdousi à l’épopée chevaleresque, à l’épopée germanique, à l’épopée homérique et à l’épopée indienne.

J’ai déjà fait remarquer, en passant, certains incidents du Livre des Rois, qui sont de véritables aventures fort analogues à celles des romans de chevalerie. On pourrait pousser ces rapprochements beaucoup plus loin. Les moeurs guerrières des héros de l’Iran offrent de grandes analogies avec les mœurs chevaleresques.

Il y a dans Firdousi de véritables défis et de véritables joules entre les deux armées. On se livre à des exercices militaires fort semblables à nos tournois. Les guerriers, montés sur des chevaux couverts de fer comme eux, se précipitent l’un sur l’autre, brisent leur lance sur l’écu d'un adversaire et cherchent réciproquement à s'enlever de la selle. Un jeu guerrier, qui consiste à frapper un bouclier avec la lance ou le javelot, ressemble beaucoup à la quintaine. L’usage des armoiries est universel ; chaque guerrier porte son insigne : c’est un lion, un léopard, un soleil. Les chevaux et même les éléphants sont caparaçonnés de fer. Les vignettes des manuscrits de Firdousi semblent empruntées à nos poërnes du moyen âge, tant l’accoutrement des héros est pareil à celui de nos chevaliers. L’une d’elles, publiée par Gœrres, montre un guerrier aux genoux d’une belle. On croirait voir un

de ces preux qui prient sous leur armure, agenouillés au marbre d’un tombeau. Il y a même un certain rnpport entre le rang du chevalier et le titre de pehlwan, originairement l'homme de la frontière (marchio, d’où marquis). Behram jette dans la poussière la tête de Kebadeh, parce que celte tète n’est pas celle d’un pehlwan.

La féodalité est intimement liée à la chevalerie, cl c’est une sorte de féodalité qui régit la Perse héroïque. Les terres conférées par investiture sont de véritables fiefs; et les chefs, dans leurs châteaux placés à la cime des montagnes, sont de véritables barons sous la suzeraineté du grand roi.

Un état social, assez analogue à celui de l'Europe au moyen âge, adû nécessairement produire des moeurs en partie pareilles; mais cette parité est loin d’être complète, elle est plus apparente et superficielle que réelle et fondamentale. La différence entre la chevalerie de l’Orient et celle de l’Occident, entre la chevalerie musulmane et la chevalerie chrétienne, se fait sentir principalement dans ce qui touche les sentiments et avant tout le sentiment de l’amour.

11 y a bien çà et là dans le Livre des R ois quelques expressions éparses qui pourraient convenir à l’amour chevaleresque ; mais en y regardant de près on reconnaît bientôt le caractère différent qu’elles présentent.

J'ai cité, dans des études sur la chevalerie qui ont

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